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2014 dans le monde

L’année où Poutine franchit le Rubicon

russie
OLJ/AFP
05/01/2015

Vladimir Poutine a franchi le Rubicon le 27 février. Ce jour-là, un commando investit sur ses ordres le Parlement de Crimée, en Ukraine. Une annexion qui bouleverse la carte de l'Europe et ouvre une ère de confrontation globale entre la Russie et les Occidentaux.
Plus de dix mois après le rattachement express de la petite péninsule, nul n'a encore pris la mesure de l'ampleur des conséquences de la décision du président russe.
Mais pour beaucoup, l'année 2014 a été l'année Poutine, celle d'un changement de nature et de stature du chef de l'État, et d'une revanche de la Russie sur la scène internationale.
Lorsque la crise ukrainienne commence, Vladimir Poutine a déjà une longue expérience à la tête de l'État russe. En quinze ans au pouvoir, comme président (trois mandats) ou comme Premier ministre (à deux reprises), il a connu, certains diront usé, trois présidents américains et autant de chefs de l'État français et de chefs de gouvernement britannique.
La guerre de Tchétchénie, la reprise en main des médias indépendants, l'atonie de l'opposition russe lui valent déjà une réputation de président autoritaire. Dans son pays, il est l'homme de la stabilité économique, de l'apparition d'une classe moyenne après les années chaotiques de la présidence de Boris Eltsine. Il est l'artisan du renouveau, le maître d'une Russie qui relève la tête après l'humiliation de la chute de l'URSS.

Champion de l'antiaméricanisme
Le mouvement de contestation proeuropéen de Maïdan en Ukraine et la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch en février constituent l'événement de trop pour Moscou : les Occidentaux viennent interférer dans le pré carré russe, l'Otan est aux portes de la Russie, accuse Moscou.
La réponse de Vladimir Poutine ne sera pas longue à attendre : rattachement de la Crimée via un référendum tournant au plébiscite puis soutien militaire, accusent Kiev et les Occidentaux, aux rebelles séparatistes de l'Est ukrainien.
Le malentendu entre Russes et Occidentaux prend forme. Vue de Moscou, l'annexion de la Crimée n'est qu'un retour naturel au sein de la Russie d'un territoire « sacré », la « Jérusalem » russe. Vu depuis les capitales européennes, le chef de l'État a redessiné d'un coup de crayon la carte de l'Europe et s'est approprié un territoire comme plus personne ne le fait sur le Vieux Continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Boudé jusqu'à l'ostracisme par les dirigeants occidentaux qui l'accusent d' « agression » en Europe, caricaturé à l'extrême en nouveau Hitler par des tabloïds européens, mais plus populaire que jamais en Russie, il acquiert à 62 ans un nouveau statut : champion, notamment aux yeux des antiatlantistes européens, de la contestation du « leadership américain » et du modèle libéral occidental.
Cette volonté de puissance du dirigeant russe entraîne le retour d'un mot disparu en 1991 en même temps que l'Union soviétique: « Guerre froide ».
Le terme n'est pas heureux, la Russie n'étant pas, à la différence de sa devancière soviétique, porteuse d'une idéologie, d'un modèle, mais elle a le mérite de parler à tout le monde, en attendant de mieux définir le « long hiver » des relations à venir entre Russes et Occidentaux.
Vols de bombardiers stratégiques près des pays européens, déploiement de navires de guerre pour des exercices navals qui inquiètent les généraux de l'Otan : le regain d'activité russe a des airs de déjà-vu. Le président russe n'y voit qu'un juste retour des choses : les Occidentaux n'ont jamais tenu leur promesse de ne pas élargir l'Otan jusqu'aux portes de la Russie, pourquoi la Russie se gênerait-elle ? Qui menace qui ? demande Moscou.

L'héritage Poutine
Depuis, les mêmes questions reviennent : que veut Poutine ? Jusqu'où ira-t-il?
« Il se voit en leader éternel chargé d'une mission : sauver la Russie de l'Occident. Il fait des rappels constants à l'histoire, cherche sa place parmi les dirigeants qui ont sauvé la Russie de la menace », estime la très critique Maria Lipman, analyste indépendante.
Pour Konstantin Kalatchev, directeur du Groupe d'expertise politique, Vladimir Poutine « pense à ce que diront de lui les livres d'histoire ». « Dans 50 ou 100 ans, les historiens ne s'intéresseront pas au cours du rouble, mais au rattachement de la Crimée et à la confrontation avec les États-Unis », pronostique-t-il.
Selon les experts, la crise ukrainienne a au fond montré que Vladimir Poutine ne voulait qu'une chose : le respect et une égalité de traitement avec les États-Unis.
Qu'attendre désormais de la Russie? La poursuite de sa politique de reconquête. Une réorientation de ses priorités énergétiques de l'Europe vers l'Asie, la réactivation des liens avec les pays d'Amérique du Sud et du Proche-Orient, comme le président l'a récemment annoncé, et la poursuite du soutien au régime syrien de Bachar el-Assad avec en arrière-plan un rôle incontournable dans les négociations sur le nucléaire iranien.
Et la confrontation avec l'Occident ? Il « fait le pari que les nerfs des Occidentaux ne sont pas aussi solides que les siens », estime Konstantin Kalatchev.

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