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Le propre et le figuré

On ne remerciera jamais assez le ministre de la Santé pour sa sain(t)e campagne contre toutes ces saloperies qui empoisonnent notre subsistance quotidienne, comme si la triste actualité politique n'en faisait pas déjà assez. De la labné souillée à la viande en décomposition en passant par les charcutiers officiant dans de vagues instituts de rafistolage esthétique, Waël Bou Faour en vient maintenant aux silos du port de Beyrouth. Là, en effet, une masse grouillante de rats et de cafards laissés sans surveillance ont la primeur du blé qui fait notre pain.


Le téméraire n'a pas échappé aux critiques : celles des empoisonneurs, bien sûr, mais aussi de plus d'un de ses pairs. Sa fougue, on n'a voulu y voir parfois que regrettable impulsivité, ses raids télévisés et ses conférences de presse en rafale, on les a mis sur le compte d'une coupable soif de publicité. Il reste qu'aux yeux de l'opinion publique, le ministre de la Santé a indéniablement réussi son coup. Il a même réussi au-delà de toute espérance en faisant école, en incitant quelques-uns de ses collègues à se soucier à leur tour de la fange sur laquelle reposent leurs trônes ministériels.


L'émulation, il n'y a rien de tel pour mobiliser les bonnes volontés gouvernementales et décrasser une administration pourrie jusqu'à la moelle : cela pour le plus grand bénéfice, bien sûr, du citoyen à l'abandon. Encore faut-il cependant que l'émulation ne se résume pas à la frime, à l'esbrouffe, et que les intentions louables ne viennent pas se heurter aux contraintes partisanes ou même communautaires. Le test le plus probant, c'est celui que va devoir passer le ministre des Finances. Celui-ci s'est courageusement attaqué à deux dossiers monumentaux : les biens publics dont se sont emparés, par pans entiers, des particuliers, avec la complicité de fonctionnaires véreux ; et la corruption qui, au port comme à l'aéroport de Beyrouth, sévit aux douanes et qui éclabousse même, selon le ministre, certains organismes sécuritaires.


Ali Hassan Khalil, n'en doutons pas un seul instant, est un ministre sérieux, assidu au travail, doublé d'un homme à l'honnêteté irréprochable. Mais il relève aussi d'une fraction politique dont la clientèle traditionnelle n'est pas pour peu dans les abus précités. Et cela qu'il s'agisse des constructions illégales édifiées tout le long de la côte d'Ouzaï et même aux abords immédiats des pistes de l'AIB, ou alors des marchandises les plus hétéroclites échappant aux taxes douanières dans le cadre des exemptions que s'est arrogées le Hezbollah au titre de l'effort de guerre ...


Nul coupable, pas même les plus proches des proches, ne sera épargné, promettait jeudi soir le ministre, qui est également le numéro deux du mouvement Amal. Pari tenu, Monsieur le ministre. En espérant très sincèrement que c'est vous qui le gagnerez.


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

On ne remerciera jamais assez le ministre de la Santé pour sa sain(t)e campagne contre toutes ces saloperies qui empoisonnent notre subsistance quotidienne, comme si la triste actualité politique n'en faisait pas déjà assez. De la labné souillée à la viande en décomposition en passant par les charcutiers officiant dans de vagues instituts de rafistolage esthétique, Waël Bou Faour en vient maintenant aux silos du port de Beyrouth. Là, en effet, une masse grouillante de rats et de cafards laissés sans surveillance ont la primeur du blé qui fait notre pain.
Le téméraire n'a pas échappé aux critiques : celles des empoisonneurs, bien sûr, mais aussi de plus d'un de ses pairs. Sa fougue, on n'a voulu y voir parfois que regrettable impulsivité, ses raids télévisés et ses conférences de presse en rafale, on les a mis sur...