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Liban

Trois pistes pour une possible sortie de crise

La situation
Élie FAYAD | OLJ
15/12/2014

Se peut-il que l'on soit en mesure d'entrevoir déjà quelque chose qui ressemble au bout du tunnel ? Il est encore tôt pour le dire, mais un certain nombre d'éléments, concrets ou spéculatifs, permettent à ce stade d'envisager la possibilité d'une sortie de crise qui ne serait, disons, plus très lointaine.

Grosso modo, l'évolution diplomatique régionale et internationale permet à l'heure actuelle de dégager trois pistes pouvant conduire à une nette amélioration de la situation générale dans le pays et, partant, à des solutions sinon aux problèmes endémiques du Liban, du moins aux crises ponctuelles qu'il traverse.
Pour le moment, on n'en est pas là, certes, et la réalité quotidienne reste dominée par l'image très détériorée de l'État et de la chose publique que renvoient l'affaire des otages militaires aux mains des organisations terroristes et la démarche agressive adoptée par les familles de ces otages.

Au-delà des personnes, de la polémique suscitée par l'action des parents et des désaccords sur son bien-fondé au sein de l'exécutif et de la classe politique en général, ce que l'on doit retenir, c'est que cette démarche jette crûment la lumière sur les lambeaux de confiance qui restent chez les Libanais envers leur État, mais aussi les uns envers les autres.

(Lire aussi : Un seul mot d'ordre place Riad el-Solh : « Libérez nos fils, sinon ce sera la révolution »)

Vu sous cet angle, le problème revêt une tout autre dimension, et ce n'est guère l'approche traditionnelle, qui défend la notion de « prestige de l'État » et autres considérations du même type, qui en viendrait à bout. Après tout, le prestige, comme la souveraineté, est indivisible : dès lors qu'il est mis à mal par quelques-uns, on n'est plus en droit de l'opposer aux autres...

Mais venons-en aux bonnes nouvelles dont il a été question plus haut. Tout d'abord, il est désormais acquis que la machine de l'aide internationale à l'armée libanaise est en train de se mettre en place très concrètement et qu'on attend les premières livraisons consistantes – il est question d'aéronefs – dès janvier prochain. Ces fournitures auront à n'en pas douter un impact certain sur les capacités mais aussi le moral de la troupe, et celle-ci en a bien besoin par les temps qui courent dans sa campagne contre le terrorisme au nom de la religion.

La deuxième piste qui pourrait conduire à une embellie est représentée par l'intensification des pressions politiques et diplomatiques en vue de la tenue de l'élection présidentielle.
Le va-et-vient diplomatique que l'on a pu observer ces derniers jours en direction du Liban ou en rapport avec lui n'est pas motivé uniquement par une sorte de ras-le-bol international face à l'incapacité des Libanais à réguler leur vie institutionnelle et à produire un chef de l'État. Il est essentiellement le reflet d'une claire évolution régionale vers une détente, et ici il est surtout question de détente américano-iranienne. Le récent rebond de l'activité diplomatique française et russe est en relation étroite avec cette évolution.

(Lire aussi : Salam en France : finalisation de la livraison d'armes au Liban et soutien ferme tous azimuts)

Sur ce plan, on apprend d'ailleurs que le directeur du département du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord au Quai d'Orsay, Jean-François Girault, se rend aujourd'hui même à Téhéran dans le cadre de ses efforts en vue d'un déblocage du dossier présidentiel libanais. C'est la cinquième visite de M. Girault en Iran et elle sera suivie d'un passage en Arabie saoudite également, où s'est rendu hier le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Un communiqué succinct des FL indique que M. Geagea aura des entretiens avec les hauts responsables saoudiens, sans plus de précision.

Au Liban même, on attend la mise en place du dialogue annoncé entre le courant du Futur et le Hezbollah pour que l'on soit en mesure de parler d'une avancée sérieuse sur la voie du déblocage présidentiel. Pour l'instant, on en est encore au stade des pourparlers en vue de fixer le lieu de ce dialogue, l'identité des négociateurs et les thèmes à l'ordre du jour. Une fois ce dialogue mis sur les rails, des progrès seraient aussitôt envisageables, d'autant plus que sur le point précis de la présidentielle, il est d'ores et déjà question que le patriarche maronite donne son imprimatur – et donc une couverture chrétienne – à toute ébauche d'accord entre les deux parties.

En attendant, Bkerké n'épargne guère ses efforts, et les concertations de Mgr Béchara Raï avec les quatre principaux leaders politiques maronites – menées séparément – ont repris la semaine dernière.
Enfin, il existe une troisième piste susceptible à terme de mener à des scénarios pouvant fortement soulager le Liban du poids qu'il subit du fait de la présence massive de populations déplacées syriennes sur son sol.

(Pour mémoire : Le rapprochement FL-CPL, véritable sortie de crise ou simple verbiage ?)

La perception internationale à l'égard de ce dossier semble à l'heure actuelle évoluer dans un sens plus favorable au Liban. De plus en plus de cercles diplomatiques évoquent ainsi son caractère explosif, d'où l'idée qui commence à s'imposer un peu partout d'une nécessaire limitation du nombre des réfugiés syriens se trouvant au Liban.

Trois axes sont à l'étude : d'abord, chronologiquement, le principe d'une redistribution du surplus sur d'autres pays, une politique qui serait accompagnée par la mise en place de règlementations plus sévères pour l'entrée au Liban; ensuite, l'aménagement de zones humanitaires sécurisées en Syrie même ; et enfin, les efforts pour hâter la solution politique du conflit syrien.
Une fois celle-ci mise sur les rails et la reconstruction de la Syrie entamée, on escompte que de nombreux ouvriers du bâtiment, actuellement présents en masse au Liban, retourneront chez eux.
Tout cela n'est certes pas pour demain, mais il ne s'agit plus, du moins, d'un rêve hors de portée.


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Sabbagha Antoine

Rêver de la paix et aussi d 'avoir un chef d'état fort est l'ultime souhait de tout libanais . Croyons pour une fois au pere Noel .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE NE SERONT PAS DES ACCORDS DANS LE VRAI SENS DU MOT... MAIS DES TRÊVES POUR CERTAINES ACCALMIES MOMENTANÉES... CHACUN ATTENDANT LES CAPRICES ET LES ORDRES DE SES MAÎTRES HORS FRONTIÈRES ! CERTAIN JOUR, LES RÊVES PEUVENT SE DILUER BRUSQUEMENT ! ESPÉRONS QU'IL N'EN SERAIT PAS AINSI...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Neuf années après la Cédraie, se produit toujours cette éruption révolutionnaire volcanique, ce fabuleux tremblement qui ébranle tout ce "croissant fertile" ! Même some maronitiques pâmés orangés osent à présent bouger, bien que, since leur guerre de "libération" la malnommée, les bääSSdiotistes les aient maternellement en laisse tenu. On voit plus étrange encore. De toutes les Saintes cités syriennes, Derää continue à monter ses barricades et, qui plus est, with succès. Cette fois, et peut-être pour l’unique fois dans son minable historique, le bääSSyriaNique la tête perdit. Lionceau bääSSdiot n’ose plus haranguer sa foule nousaïyrîe en folie. Il lance même moult manifestes à son "peuple" älaouïtique pour l’informer que la "peste" Cédraie a même contaminé ses syriens Nias, qu’elle infestait déjà les frontières de sa bääSSyrie Per(s)cée et que, dans sa folie, cette Révolution syrienne dirigerait à présent ses regards fiévreux et satanés sur Kardâhâh et Laodicée, ces "pures" äalaouïtes archaïques. Quoi d’étonnant. Cette libanaise contrée n’avait-elle pas été, since de longues années, le foyer de l’incroyance ; et le cancer de sa grande culture sacrilège n’avait- il pas rongé la force vitale de son peuple älaouïtique apparemment sain au sens bête strict bääSSyrien. Tout en apostrophant ces éhhh Libano-syriens sunnites et/ou Sains avec ceci : "L'exotique fakîh Per(s)cé est avec nous ! Sachez-le bien, Païens sains ! Soumettez-vous, car même Äsraël et l’Amérique sont avec nous !".

Jacques MARAIS

Le Liban est un petit pays. Lors de la signature de son indépendance les français auraient dû, comme au Japon lors de sa reddition, l’autoriser à s’auto-défendre mais lui interdire de faire la guerre. Le Liban de nos jours, comme vichy sous l’occupation, qui subissait à son corps défendant les diktats d’Hitler, subit ceux de Bachar el Assad, et le Hezbollah remplit en quelque sorte le même rôle que Pétain et Laval en collaborant avec le dictateur Syrien, un tyran aussi sanguinaire que le furent Hitler, Mussolini, Staline, Ceausescu, Milosevic et Kadhafi. Le Hezbollah ne souhaite pas l’indépendance du Liban mais qu’il soit rattaché à la Syrie. Il serait temps qu’une personnalité foncièrement nationaliste se dresse au Liban comme le fit De Gaulle en France. Je verrais bien Samir Geagea. En tout cas, j’espère que l’armement qui va être fourni, notamment en partie par la France, permettra de renforcer l’armée nationale du Liban et qu’elle aura à cœur de soumettre le Hezbollah, au lieu de chercher un compromis avec lui qui ne fera qu’aggraver l’état de guerre civile endémique au Liban.

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