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Scan TV

La fraîcheur culturelle au temps du paradoxe

Pas très cathodique
13/12/2014

Une anecdote, récurrente depuis un certain temps, notamment sur les réseaux sociaux, s'amuse à tourner en bourrique Télé-Liban, considérée comme étant une chaîne vieillotte qui serait irrémédiablement figée dans le temps, une sorte de boîte à souvenirs audiovisuels remontant à un âge d'or depuis longtemps révolu.
Mais la pointe de cynisme chez les dénigreurs n'est heureusement jamais tout à fait méchante. Elle recèle même un mélange empathique, affectueux, de désolation, d'apitoiement, d'impuissance et de résignation face au sort réservé depuis plusieurs décennies à la chaîne publique. Le téléspectateur averti sait bien que ce n'est pas faute de compétences journalistiques que Télé-Liban s'est retrouvée plongée dans une condition catatonique bien en phase avec l'état de délitement général de l'État libanais. Le confinement de la chaîne publique à cette image quelque peu poussiéreuse, à cet état quasi rachitique, est en effet bel et bien le fruit d'une longue incompétence à différents niveaux du pouvoir politique sur ce dossier.
Cela dit, paradoxe et contempteurs à part, c'est probablement sous un angle positif qu'il faudrait voir le recours parfois intensif de Télé-Liban à ses archives de qualité ; surtout compte tenu de la grande médiocrité d'un très large éventail d'émissions «modernes» diffusées sur les chaînes locales. Là où Télé-Liban peut se permettre de ressortir à foison des émissions culturelles – et politiques – de très grande qualité, bien d'autres chaînes se complaisent désormais à servir au téléspectateur une soupe souvent indigeste de programmes «populaires», dont certains finissent par verser dans la facilité, la vulgarité ou le populisme.
D'autant que la culture, si elle n'est pas «pop» et si elle ne rapporte pas un gros sponsor en contrepartie, semble être devenue aujourd'hui l'ennemi de prédilection des chaînes locales, considérations financières obligent. Et par «culture», il n'est évidemment même plus question ici de francophonie, laquelle n'a plus droit de cité que comme une sorte de curieux phénomène de foire durant la semaine du Salon annuel du livre francophone. Même en arabe, la culture ne rapporte plus, si bien qu'en règle générale, la plupart des programmes – sociaux, politiques ou artistiques – ne sont plus envisagés que sous l'angle du divertissement des masses, sans plus aucune fonction éducative ou proprement informative. Nous voici, en quelque sorte, à l'ère d'une culture tellement massifiée qu'elle est devenue une tyrannie de la médiocrité au nom du plaisir cathodique des masses en question. Et en leur nom seulement, parce qu'en fait, cette tendance n'est plus guidée que par les lois du marché publicitaire, lequel impose cette «globalisation», cette massification et, partant, cet aplanissement, cette «médiocritisation» de la culture (mais aussi de l'information, par exemple), sans plus aucune possibilité de cavale indépendante pour échapper au système.
En d'autres termes, en restant relativement hors du système, Télé-Liban contribue quelque part aujourd'hui, sur certains plans, à racheter ce système. En zappant ainsi sur Télé-Liban la semaine dernière, à une heure de grande audience meublée sur d'autres chaînes par des programmes populaires, le téléspectateur à la recherche de quelque chose de différent pouvait ainsi se permettre le luxe de se laisser brièvement transporter hors de ce monde, le temps d'un vieil entretien extraordinaire avec l'immense poète disparu Saïd Akl, dans toute sa démesure et son érudition, sur le thème de «La mère», mené d'une main de maître par l'écrivain et poète Henri Zgheib.
Dans le climat étouffant, parfois même putride, du matraquage informationnel, du star-system médiatique et de la tyrannie des bas-fonds de l'actuelle « pop culture » locale, ces images-là, surgies d'une autre époque, d'une autre conception du monde, de la culture et de l'information, sont paradoxalement synonymes de fraîcheur. Et ça fait du bien.

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Massabki Alice

Vous avez bien dit:loin du vulgaire.
ça ne vole pas très haut,mais on n en demande pas tant.
c est au moins propre.
ce n est pas très classe. Mais c est correct.
Bref ça me donne moins la nausée que les autres.
De plus, il m est arrivé de tomber sur d excellentes emissions.
dont quelques interviews et le succulent chouchou.

Sabbagha Antoine

Cela fait du bien pour les nostalgiques de la Culture, mais nos jeunes optent pour la rupture et choisissent ce monde virtuel effarant ou rien ne se retient.

LA TABLE RONDE

Je circulai en voiture avec mon fils de 20 ans , j'étais sur Radio Nostalgie , et sur un solo de Jimmy Hendrix , je me tourne vers lui et lui lance : " ça c'est de la musique " . Il me regarde et me répond : " Me dire ça , c'est le début du vieillissement , papa " .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CULTURE... SI NON MÛRE ET PURE... = RUPTURE !

Halim Abou Chacra

A part quelques informations -souvent tumultuées- "la tyrannie des bas-fonds de l'actuelle "pop culture" offre au public des spectacles de politiciens qui s'insultent ou des spectacles plus vulgaire tu meurs. Hélas !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

En temps normal, les Télés puînées rompues aux bêtises aux contorsions et aux roublardises, se munissent de longues cuillères pour dîner avec leur partenaire Télé publique et couvrent, avec point trop d’ecchymoses, la plupart des parcours de leurs obstacles médiatiques. Il arrive toutefois que la pelote de laine soit si emberlificotée que + personne ne réussit à tirer le fil ; rouge, jaune, vert, orange, bruni ou noirci ; qui permettrait un nouveau ravaudage multicolorié ! Ils y arrivèrent, précisément, à un de ces moments. Qu’il faudra peut-être appeler de Vérité. Et voici que quelqu’un appela une fois de + un chat un chat et ces Télés-là des fripons. En rhétorique polémique, c’est à peine un écart de langage. Il n’en reste pas moins que dans le hourvari qui s’en suit, on se mettra bien sûr à qualifier de "provocation" ce qu’hier était clarté. Et à appeler "mettre de l’huile sur le feu", ce que naguère on baptisait courage ! Et qui donc n’a pas 1 fois au moins, à l’instar de ce pétulant Äaëél Saïîîd, dénoncé ces Télés sans culture et leur si provocante bâtardise ? Ou à tout le moins menacé de le faire si ces dernières dépassaient, une fois de +, les limites par la Culture vraie limitées. Et qui donc ne serait + prêt à jurer, comme hier il le faisait, et plutôt deux fois qu’une, que la next fois que ces bêtes Télés oseraient encore dénier aux Libanais vrais ce qu’ils défendent ardemment en matière de Phenicisme plus ou moins vrai, il trouvera à quel Äaëél parler ? Non mais !

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