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Culture - Livres

Karim Tabet, un premier roman où histoire et fiction tissent des liens de soie

« Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout. » Karim Tabet, ex-publicitaire fraîchement reconverti en romancier, a fait sienne cette citation de Kundera. Qu'il développe d'ailleurs dans son premier opus, « Les mûriers de la tourmente ». Une saga familiale et historique publiée aux éditions Tensing.

25 ans de carrière dans la publicité, en anglais, n’ont pas eu raison de la passion de Karim Tabet pour l’écriture, l’histoire et la langue française. Photo Michel Sayegh

Il aurait aimé vivre au XIXe siècle! «Parce que je trouve cette période tellement riche à tous les niveaux: invention, découvertes, réflexion philosophique, musique, art, exposition universelle... Beaucoup de choses s'y sont passées, beaucoup d'États-nations s'y sont créés », énumère-t-il avec enthousiasme. À défaut, Karim Tabet, né en 1955 à Beyrouth, s'y est plongé virtuellement durant près d'un an. Le temps de rédiger son tout premier roman, Les mûriers de la tourmente (éditions Tensing)*. Une saga familiale et historique reliant, entre 1830 et 1840, la France et le Mont-Liban.
Un premier opus captivant qui entraîne le lecteur des magnaneries du Chouf aux ateliers de tissage de Lyon, des cours de l'émir Béchir II et du khédive Mohammad Ali aux salons bourgeois et aux faubourgs ouvriers français... À la suite d'une famille de sériculteurs de Deir el-Qamar, dont certains membres se retrouveront mêlés aux bouleversements politiques et industriels du début du XIXe siècle. En particulier le fils, Boulos, parti faire son apprentissage dans un atelier de tissage de Lyon et qui participera activement à cette fameuse révolte des « canuts »... Autour de laquelle Karim Tabet a tissé sa fiction historique.
Ces canuts, ou ouvriers de la soie lyonnais dont l'auteur a découvert l'existence il y a quelques années, dit-il, au hasard d'un article lu dans la presse, seront d'ailleurs le
déclencheur de sa reconversion de publicitaire en écrivain.
«Intrigué par ce mot canut, j'ai fait des recherches et découvert que ces ouvriers de la soie à Lyon avaient été les premiers à fomenter une révolte, devenant ainsi à l'origine du premier mouvement social en France», dit-il.

 

Sur les traces des canuts
Le sujet l'interpelle au point de faire à nouveau résonner en lui cette passion de
l'écriture, ce rêve de jeunesse qui a depuis toujours taraudé ce petit-fils et neveu de grands journalistes libanais au Caire (Khalil et Karim Tabet). Et qui, comme son père, Samir Tabet, ex-doyen de l'AUB (re)devenu sur le tard artiste, n'a pas voulu se contenter d'une seule vie.
Après des études d'histoire à l'AUB puis d'histoire
politique et économique à Oxford, Karim Tabet se destinait à une carrière académique. Les aléas de la vie et de la guerre libanaise en ont décidé autrement. Il fera une carrière de 25 ans dans la publicité. Dans des compagnies américaines. Tout en restant profondément attaché à la langue française. «Tout au long de ces années, je n'ai pas rédigé un seul rapport en anglais que je n'ai préalablement "pensé" en français», dit-il. Féru de Kundera, auquel il emprunte une citation, en exergue de la troisième partie de son livre («Ne pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout»), il finira par abandonner, il y a un peu plus d'un an, une activité professionnelle réussie mais jamais aimée, pour se lancer dans «l'exercice spartiate et solitaire» de l'écriture.
«Trois jours après, j'étais derrière ma table», dit-il. « Avec ce sujet qui me trottait en tête depuis quelques années. Et, comme je suis de Deir-el Qamar, où l'on cultivait aussi beaucoup les mûriers des vers à soie, j'ai décidé de lier les deux cultures. J'ai commencé mon récit à partir d'une idée maîtresse, mais sans plan précis. Et, au fur et à mesure que j'avançais, des portes, des fenêtres s'ouvraient, dans lesquelles je m'engouffrais, je découvrais et j'écrivais», confie-t-il.
D'abord, cinq mois pleins de recherches, au cours desquels il a tout exploré: lieux, techniques et époques... assis devant son ordinateur. Sillonnant, à l'aide de documents, de manuscrits, de textes tirés de Gallica, la Bibliothèque numérique de France, comme aussi de cartes et de plans le (Mont)-Liban et la France de l'époque. En particulier Lyon, une ville qu'il ne connaissait pas, dont il donne dans son roman une description incroyablement vivante, précise et détaillée.
D'ailleurs ce livre se prêterait parfaitement à une adaptation cinématographique, tellement les scènes, brossées avec une méticuleuse attention au moindre détail et à la véracité historique, font naître des atmosphères, des tableaux, des images...
Puis, un peu plus de 6 mois d'écriture – claire et fluide comme un tissu soyeux – au rythme de 8 heures par jour, pour tisser cette saga du XIXe siècle mêlant des personnages totalement fictifs et d'autres figures ayant réellement existé. «Tous les faits historiques sont retracés dans leur réalité. Tandis que les personnages sont tous inventés, hormis évidemment les figures historiques comme l'émir Béchir II, le khédive Mohammad Ali ou Adolphe Thiers...», signale l'auteur.

 

« Depuis cette époque rien n'a changé ! »
Lequel reconnaît volontiers avoir autant fait œuvre d'historien que de romancier. «On ne peut rien comprendre sans revenir à l'histoire», martèle Karim Tabet. Car celle-ci se répète. «En particulier au Liban où, malheureusement, rien n'a changé, avec ces mêmes dissensions internes desquelles se jouent les grandes puissances, cet éternel culte de la personnalité. Depuis cette époque, il n'y a pas eu d'évolution. C'est ce qui m'inquiète. Et c'est l'une des choses que je voulais exprimer à travers un contexte fictif et romancé», soutient l'auteur. Dont l'autre grand message est heureusement plus positif. Et consiste à inciter le lecteur «à avoir le courage de bouleverser sa vie pour la vivre vraiment et se réaliser pleinement». Parole de converti! Heureux et insatiable d'écriture. Car, à peine ce premier roman publié (il est sorti en novembre), le voilà qui s'est déjà attelé au prochain. «Toujours autour d'un fait historique réel et d'un lien entre deux pays. Mais cette fois, il ne s'agira pas du Liban», consent-il à révéler.

*Disponible à la librairie Antoine.

 

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