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Culture

Beirut & Beyond : le festival musical qui prend ses « roots » (racines)

Musique

Beirut & Beyond, le premier festival indépendant du monde arabe, est revenu avec une deuxième édition. Pour l'occasion, les organisateurs ont régalé des salles entières avec un programme éclectique et varié. De la musique électronique au reggae, en passant par la musique « post-traditionnelle », les artistes de la scène arabe et internationale se sont succédé toute la semaine devant un public conquis.

09/12/2014

Station Beirut est une petite salle de concert près du Beirut Art Center à Jisr al-Wati. Elle est coincée dans une zone industrielle, entre des hangars et des bâtiments vides jadis utilisés par des entreprises de scieries et de métallurgies. Effectivement, dit comme ceci, cela ne donne pas envie de s'y attarder plus que nécessaire. Mais cet espace sans prétention a accueilli le principal événement du festival, le très attendu groupe sud-africain Skip&Die, qui a partagé la scène avec les Algériens de Democratoz.
Ces derniers ont entamé la soirée avec leur musique mélangeant des mélodies maghrébines avec des rythmes reggae. Un son très accessible malgré l'assemblage des deux styles musicaux différents avec des thèmes politiques. Le tout traité dans une ambiance sympathique et bon enfant. Avec un charisme époustouflant, Sadek Bouzinou, le chanteur et leader des Democratoz, a entraîné le public dans son univers sans jamais le lâcher. Bouzinou, par ailleurs, qui ressemble étrangement à Bob Marley... Sans égaler le talent de ce dernier, le groupe a montré une personnalité et une originalité très rafraîchissantes dans un style reggae en perpétuelle évolution.
Puis c'est au tour de Skip&Die de passer sur scène. Ce groupe a acquis des influences multiples après ses nombreux voyages à travers le monde. Argentine, Costa Rica, les Açores, Pays-Bas font partie des nombreuses destinations visitées par la chanteuse sud-africaine Cata Pirata. Cette multitude de genres, de villes et de cultures rend sa musique indescriptible. Le groupe échappe à toutes les classifications. Un peu de dub, de minimal, de house, de percussions africaines et de sitars indiennes pour un mixage et une performance live déjantée et magique. Cata Pirata chante en anglais, en espagnol et en dialecte africain. L'expression « citoyen du monde » est souvent galvaudée et associée à une sorte de hippie du 16e arrondissement qui a deux tatouages « love and peace » gravés en signes chinois. Mais Cata Pirata incarne véritablement cette citoyenneté mondiale assez belle avec ses yeux bleus profonds, sa coiffure argentée d'un autre siècle, ses habits traditionnels africains et sa voix aiguë inimitable.
Beirut & Beyond adopte une stratégie très différente de la plupart des festivals musicaux au Moyen-Orient. En effet, en prônant leur indépendance et leur volonté de créer une plateforme pour améliorer la visibilité des artistes de la région, ils encourent le risque d'aliéner un public peu enclin à prendre des risques. Et c'est malheureusement ce qui se passe dans une certaine mesure. Mais il existe un public croissant qui est à la recherche de nouvelles expériences et de nouveaux sons. Les personnes que l'on trouvait aux différents concerts de ce festival n'étaient pas présentes pour tel ou tel artiste connu, mais pour encourager la création musicale, peu importe le genre ou l'origine. La difficulté d'organiser un événement de ce genre au Liban vient aussi du fait qu'il y a un manque de volonté politique pour soutenir ces projets. Bien qu'épaulé par plusieurs institutions privées, Beirut & Beyond s'est ainsi vu obligé de lancer une campagne de « crowfunding » sur le site de financement participatif, Zoomal. On manque d'aide pour aider les artistes. Amani Semaan, la directrice et créatrice du festival, reconnaît qu'ils sont en défaut de salles de bonnes qualités pour accueillir correctement plus d'artistes, organiser des partenariats durables avec ces salles et sortir quelques concerts de Beyrouth. Cette année, le groupe libano-palestino-irako-égyptien « Alif » repousse les frontières du festival et sera au Centre culturel Safadi de Tripoli ce soir, mardi 9 décembre, à 19h. À noter que l'entrée est libre et gratuite.
Ce genre d'initiative rappelle que la culture n'est pas un élitisme. Elle nous rappelle aussi que le talent peut déborder des affiches publicitaires et jaillir de musiciens non médiatisés. Il suffit juste d'avoir la curiosité et un petit esprit d'aventure pour découvrir des artistes ou des groupes qu'une télécommande ne peut atteindre.

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