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P.P.H.

Passera pas l'hiver : c'est ainsi que se lit ce peu charitable acronyme désignant des personnes d'âge avancé ou en très mauvaise santé. Loin de tout humour de mauvais goût, c'est bien cette même et impitoyable échéance hivernale, faite de froid et de faim, qui guette en ce moment des centaines de milliers de réfugiés de Syrie. Et pas que les vieillards, hélas.

En début de semaine, le Programme alimentaire mondial annonçait, la mort dans l'âme, que ses caisses étant désormais vides, il se voyait contraint de suspendre son programme d'aide à plus de 1,8 million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays en guerre. Cette aide consistait en des coupons d'achat, grâce auxquels ces malheureux pouvaient se fournir auprès des marchés locaux pour se sustenter. Se fournir est d'ailleurs trop dire : de 30 dollars par personne et par mois, la valeur de ces coupons avait été ramenée, il y a deux mois, à 20 : soit 66 cents US par jour, mille livres libanaises environ, même pas le prix du plus populaire de nos snacks nationaux, la mankouché. Le proche avenir ne s'annonce pas moins sombre, par ailleurs, pour les quatre millions de personnes déplacées qui sont restées en Syrie. Et qui ont droit – mais seulement jusqu'en février prochain – à des rations alimentaires atteignant à peine 60 pour cent de la valeur nutritive recommandée.

Appelant les pays donateurs à desserrer les cordons de la bourse, le PAM ne manque pas de souligner les effets catastrophiques qu'aura cette mesure sur ces populations, compte tenu de leurs conditions de vie déjà plus que précaires. Mais il a l'obligeance de mettre en garde aussi contre les graves risques de déstabilisation encourus par les pays d'accueil : le plus clairement menacé étant, à l'évidence, le Liban, qui abrite en effet plus d'un million de ces malheureux, soit le quart de sa population.

Pour tous les peuples, il est des mythes et des légendes qui les accompagnent tout au long des siècles mais qui, mal gérés, peuvent tourner à la malédiction. Pays d'asile pour les opprimés de cette partie du monde, le Liban aura payé bien cher – et même deux fois plutôt qu'une – un aussi exaltant label. De tous les pays arabes de la région, le nôtre, structurellement fragile, régi par de délicats équilibres communautaires, était le moins naturellement désigné pour offrir l'hospitalité aux Palestiniens chassés de leurs foyers lors de la création d'Israël en 1948. Comme on sait, les camps de réfugiés n'ont pas tardé à se transformer en entités puissamment armées et échappant à l'autorité étatique. Voilà qui a conduit tout droit à une dévastatrice guerre de quinze ans ; pire encore, ce problème demeure entier dans sa dimension démographique, même si le refus de toute intégration définitive de ces réfugiés figure, tel un vœu pieux, dans le préambule de la Constitution.

Ce sont d'autres périls, non moins alarmants cependant, que recèlent ces installations de fortune où sont entassés ces réfugiés de Syrie dont on s'apprête à ôter le pain de la bouche. Ce n'est pas seulement à la famine et à l'hypothermie que l'on voue ces malheureux. C'est à la mendicité dans la rue, ou bien alors au banditisme et même au terrorisme, qu'on est en train de les pousser aussi. Pire encore, de tous les pays d'accueil, c'est très singulièrement le Liban que pénalisent cruellement les États donateurs : un Liban affecté dans sa texture nationale, dans son économie, dans ses écoles publiques surpeuplées, dans sa sécurité hygiénique et sa sécurité tout court.

Pour toutes ces raisons, c'est une attention particulière, un traitement de faveur que doit à notre pays la communauté internationale, même si les États les plus favorisés font actuellement la chasse au déficit en procédant à des coupes budgétaires. Après tout, plus d'un pays occidental est bel et bien engagé dans les opérations militaires en Syrie, même si celles-ci se réduisent à des frappes aériennes. Ces puissances sont partie prenante à un drame où l'on voit le volcan syrien vomir des flots de réfugiés tout alentour. Et cela entraîne, ma foi, certaines responsabilités.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Passera pas l'hiver : c'est ainsi que se lit ce peu charitable acronyme désignant des personnes d'âge avancé ou en très mauvaise santé. Loin de tout humour de mauvais goût, c'est bien cette même et impitoyable échéance hivernale, faite de froid et de faim, qui guette en ce moment des centaines de milliers de réfugiés de Syrie. Et pas que les vieillards, hélas.
En début de semaine, le Programme alimentaire mondial annonçait, la mort dans l'âme, que ses caisses étant désormais vides, il se voyait contraint de suspendre son programme d'aide à plus de 1,8 million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays en guerre. Cette aide consistait en des coupons d'achat, grâce auxquels ces malheureux pouvaient se fournir auprès des marchés locaux pour se sustenter. Se fournir est d'ailleurs trop dire : de 30 dollars par...