Les journaliers exprimant leur soulagement à l’issue de l’annonce de l’accord dans le dossier qui les oppose à la direction d’EDL. Photo Hassan Hassal
« Au terme d'un mouvement de grève qui a duré plus de 115 jours, nous annonçons la fin de la mobilisation ainsi que l'ouverture de toutes les portes de l'office », a annoncé hier le président du comité des journaliers d'Électricité du Liban, Loubnan Makhoul, sous les applaudissements des grévistes. Le bras de fer entre ces derniers et la direction du fournisseur d'électricité, entré dans une phase dure depuis le début du mois d'août, aura finalement été réglé par un accord « politique », comme le confirment plusieurs représentants du mouvement. Le ministre de l'Énergie et de l'Eau, Arthur Nazarian, a par ailleurs salué « les efforts du chef du Parti socialiste progessiste, le député Walid Joumblatt, ainsi que les soutiens du président du Parlement, Nabih Berry, et du chef du Courant patriotique libre, le député Michel Aoun », pour parvenir à un accord sur ce dossier.
Les discussions pour trouver une solution à ce conflit social auraient même débuté « il y a un mois », selon certaines sources proches des journaliers, qui précisent également que l'accord « attendait d'être entériné depuis quatre jours ». « Nous avons libéré les accès du siège de Beyrouth vers 11h, et l'heure est désormais au soulagement pour les personnes qui se sont mobilisées », précise encore un des représentants du mouvement contacté par L'Orient-Le Jour et qui a souhaité garder l'anonymat.
Rappelons que l'objet du désaccord entre les deux parties concernait les conditions d'admission des journaliers au cadre du fournisseur d'électricité. La loi 287 adopté par l'Assemblée au mois d'avril avait en effet mis en place un concours administratif afin de sélectionner les candidats, précisant que le nombre de places disponibles devait se baser sur les besoins d'EDL. Quelques semaines plus tard, un mémorandum publié par la direction de l'établissement fixait le nombre de postes vacants à 897, provoquant ainsi la colère des 1 700 journaliers, ces derniers estimant que cette décision « dénaturait » la loi adoptée par les parlementaires.
(Lire aussi : EDL : les journaliers pris au piège ?)
Un état des lieux avant une remise en service progressive
Du côté des employés d'EDL, on se réjouit de pouvoir officiellement réintégrer dès aujourd'hui le bâtiment central, corniche du Fleuve. Certains cadres proches de la direction de l'établissement ont même pu fouler le sol des locaux du siège à la suite de l'annonce de l'accord mettant un terme à la mobilisation des journaliers. Ils étaient ainsi plusieurs à emboîter le pas à M. Nazarian, accompagné par le ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb, ainsi que par le directeur d'EDL, Kamal Hayek. Ces derniers s'étaient alors rapidement entretenus avec les journaliers encore présents sur place avant de tenir une conférence de presse pour annoncer officiellement le déblocage du siège de l'établissement. M. Nazarian a par ailleurs salué « un accord basé sur le respect de la loi, qui rassure les journaliers ». M. Chehayeb a pour sa part souligné que la solution adoptée « rassemblait les employé d'EDL tout en replaçant l'intérêt du citoyen au centre du débat ».
Rappelons que la direction d'EDL avait délocalisé ses quartiers dans les locaux de la centrale thermique de Zouk peu de temps après le début du blocage. Un état des lieux complet des locaux du siège de Beyrouth est désormais programmé pour cette fin de semaine en collaboration avec les forces de l'ordre, comme l'a précisé un communiqué publié dans le courant de l'après-midi d'hier. « La direction d'EDL prône l'apaisement et se focalise sur la remise en service effective de ses services dans les meilleurs délais », confirment ainsi des sources proches de l'établissement. À noter également que toutes les directions régionales d'EDL, comme celles de Saïda ou de Tyr, ont également été libérées par les journaliers qui en bloquaient régulièrement les accès depuis le mois d'août.
(Pour mémoire : Nouveau sit-in des journaliers d'EDL, Azzi promet d'œuvrer à une solution)
Enfin, M. Hayek a tenu à rassurer les usagers en annonçant que les factures d'électricité en retard ne leur seraient pas adressées en une seule fois. Un employé d'EDL a par ailleurs précisé que « le recouvrement progressif des arriérés devrait débuter au courant des deux prochains mois ».
Il reste que les contours de l'accord qui a mis fin à la « situation anormale » dans laquelle se trouvait le fournisseur d'électricité, selon la formule consacrée par la direction pour désigner le mouvement de grève des journaliers, restent assez flous : aucune date pour le concours n'aurait encore été fixée par le Conseil de la fonction publique alors que peu de détails ont filtré au sujet du reclassement des journaliers qui ne pourront intégrer le cadre de l'établissement. Mais du côté de ces derniers, dont certains ont réussi à obtenir ce jeudi le versement d'un mois d'arriéré de salaire par National Electricity Utility Company (Neuc), l'un des trois prestataires de services engagés auprès d'EDL, une page semble s'être désormais définitivement tournée.
Pour mémoire
Grève controversée des employés d'EDL
EDL appelle à l'application de la loi et à la fin de l'occupation de son siège

