Elle était arrivée en tini weeny tout petit short avec des talons compensés à la Vivienne Westood et un semblant de chemisier transparent. Les garçons se sont retournés pour mater sa poitrine serrée dans un push-up Wonderbra et lui céder une place au milieu de leurs fantasmes de jeunes de 18 ans qui osent les vannes sexistes.
Comme ça, comme si de rien n'était! Avec une silhouette de bimbo et un intellect de poussin, elle joue le rôle de Lolita en narguant Nabokov qui aurait pu écrire dix mille suites à son conte érotique après l'avoir vu. Elle rit aux éclats, sort de son sac un rouge L'Oréal et ose planter son regard dans le mien pour me dire que je suis complètement coincée dans ma paire de jeans et mon blazer sérieux de trentenaire. Il est loin le temps de Coco Chanel et de son intemporelle robe noire, loin aussi le temps des deux Simone, des textes de George Sand et de toutes celles qui se sont battues pour le droit des femmes à la vie.
Dans mon pays, mon triste, triste pays, une femme meurt tous les jours sous les coups d'un mari violent. Une femme meurt parce qu'elle n'ose pas s'en aller, se réfugier chez des amis et monter un plan B. Une femme meurt parce qu'elle a peur du qu'en-dira-t-on, du socialement correct, des ragots de mégère. La peur de perdre ses enfants, d'avoir faim et de dire tout simplement qu'elle est tombée sur le mauvais numéro. Une femme meurt parce qu'elle est loin d'être indépendante matériellement, parce que son homme subvient à ses besoins. Pour chaque dollar, une baffe! Et puis une autre... Non! Pas sur le visage! Mais au fond, qu'est-ce que ça change puisque tout le monde est au courant? Même les médecins qui prennent le temps de recoudre une plaie au crâne. Et puis l'intimidation, le chantage affectif, les sentiments de culpabilité. La honte de quitter l'époux au lieu d'avoir honte de rester. De rendre les gifles à coups de réussite, de courage et de caractère. Le coup fatal arrive. Une femme meurt. Minireportage à la télévision pour justifier une épitaphe: elle l'avait cherché!
Que veux-tu, petite? Un conte de fée? Un mari qui t'entretienne? Un avenir meilleur? Des «selfies» à afficher sur les réseaux sociaux? Que veux-tu, petite? Une histoire d'amour? Le droit à la reconstitution de ton hymen? L'avortement clandestin? Que veux-tu, petite?
Parce que ta liberté est loin de la microjupe que tu portes, loin de Grimm et des princes charmants. Ta liberté ne se résume pas aux sorties en boîte de nuit, aux flirts jusqu'au petit matin, à prendre une chambre d'hôtel sans penser à la contraception. Et merde! Ta liberté est loin du corps que tu affiches et qui ne fait que t'asservir un peu plus au regard du monde. Et l'on se demande si tu la joues femme fatale ou néo-européenne à côté de la plaque.
Petite... Ton accomplissement passe par ton identité. Ta réussite. Ton pouvoir de jongler entre une carrière, un home, sweet home, des enfants et une vie sociale. C'est dire non. Non, je ne veux pas! Non, ne me touche pas! Non, je veux poursuivre mes études! Non! Et non! Et je ne laisserai jamais un homme modifier mes plans d'avenir, réduire mon potentiel.
Eh oui, bien sûr, je suis moi, avant tout!... Et je t'épaterai, mon amour, avec ce que j'ai dans la tête!
Choisis, petite!
Hala MOUBARAK

