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Culture

La croisée des chemins arabo-andalous

Spectacle

Au Casino du Liban pour un concert unique patronné par l'ambassade d'Espagne, le célèbre guitariste irakien Ilham al-Madfai et son groupe ont partagé la scène avec la danseuse de flamenco La Chimi et ses trois musiciens.

02/12/2014

Comme dans beaucoup d'événements culturels au Casino du Liban, les smokings, les costards cravates et les robes à paillettes accompagnées de vraies fourrures de zibeline factices sont au rendez-vous. Dans le hall, le spectateur est invité à entrer dans une ambiance tapis rouge et «press call» digne des pages people de Paris Match. Quel plaisir d'être cerné par les caméras et appareils photos d'entités inconnues. «Est-ce la télévision? La presse écrite? La radio, pourquoi pas, soyons fou. » Dans la salle du Casino du Liban, le public s'installe doucement et, au bout d'une grosse demi-heure, le concert peut commencer.
La danseuse La Chimi ouvre le bal avec ses trois musiciens hispaniques. Elle danse, embrumée dans les lumières, avec toute la force, la passion et la rage caractéristiques au flamenco. Aller simple pour Séville, Grenade et le reste de l'Andalousie où les femmes sont indépendantes, où la chaleur et l'humidité règnent pour faire grossir les olives, où la langue est suave et tranchante, où l'alcool est moins cher, servi avec des tapas, et où la crise économique frappe de plein fouet la population. La Chimi hypnotise l'audience par ses pas endiablés et le rythme des castagnettes et du «cajun». On notera aussi l'émouvant hommage rendu à Sabah par la «bailaor» qui a dansé avec intensité et émotion sur la musique de Sa'at Sa'at, faisant lever le public enthousiaste comme un seul homme.
Puis c'est au tour d'Ilham al-Madfai d'entrer sur scène avec son fameux bob sur la tête, une veste couleur «inspecteur Colombo». Le guitariste et ses musiciens feront preuve d'une technique exemplaire, comme quoi l'habit ne fait pas le moine. L'Irakien de 73 ans a gardé une voix magique qui fait trembler à chaque vibrato et un «leadership» scénique d'une grande finesse. On sent les expériences musicales et coups de folie que se permettent al-Madfai et son pianiste/chef d'orchestre, capables tous deux d'emmener leurs musiciens avec eux sur chaque nouvelle improvisation.
Évidemment, les textes sont en arabe et la musique est orientale, mais l'influence de l'Andalousie est indiscutablement présente, ne serait-ce que dans le rythme, les cuivres et la percussion. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le concert s'intitulait Arab-Andalus. Il ne s'agissait pas seulement de mélodie ou de notes «régionales», mais d'une ambiance générale. Le concert se rapprochait davantage du climat de la rue sévillane, à la croisée des chemins entre Arabes et Ibériques. Il y a eu une rencontre qui a donné naissance à la musique arabo-andalouse.
Un dicton dit que chaque artiste a le public qu'il mérite. Si c'est le cas, le guitariste irakien n'a pas été chanceux ce soir-là. Tout le monde connaît la propension des Libanais à perfectionner les apparences, plus communément appelées: le «show off». Un zeste de flagornerie de temps à autre, passe encore, mais quand on veut se la jouer «classe», faudrait-il peut-être agir en conséquence. Car en parlant et en riant fort, avec des portables qui sonnaient tout le temps, en interrompant la danseuse par des cris et tant d'autres inélégances, on finit par légèrement exaspérer. Le manque de respect que l'audience a réservé à cet excellent interprète reconnu est tout simplement une offense gratuite sur toute la ligne. Car il y a peut-être quelque chose que ces «bourgeois gentilshommes» n'ont pas l'air de comprendre, c'est la somme de travail que suppose un spectacle de qualité. Et c'en était un.

Jean-Marc KHAWAM

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