Tout dialogue entre adversaires ou rivaux politiques est naturellement utile et bénéfique ; il est bienvenu, surtout dans un pays comme le nôtre qui abrite une telle variété de communautés religieuses, un pays censé appartenir à tous et à personne. Tout dialogue suppose par ailleurs la recherche d'un compromis plus ou moins satisfaisant pour les deux parties ; mais encore faut-il qu'il n'ait pas démarré sur des bases factices. Or tel est bien le cas des contacts spectaculairement engagés l'été dernier entre Michel Aoun et Saad Hariri, et dont l'ancien général vient tout juste d'annoncer la rupture.
Compte tenu des tensions entre les deux grandes branches de l'islam libanais, méritoire certes était l'ouverture pratiquée envers les sunnites par le farouche allié chrétien du Hezbollah chiite. Illusoire en revanche était la tentative du général Aoun de se faire agréer en tant que candidat de consensus à la présidence de la République, véritable objet de son acrobatique démarche. Innombrables et connues de tous en sont les raisons. Soit dit loin de tout jugement de valeur, la plus évidente de celles-ci est que ses alliances et prises des position en flèche font de Michel Aoun, hélas pour lui, l'antithèse même d'un président de consensus, de compromis.
Comme si toutes ces raisons n'étaient pas encore assez pour faire un sort à ce mythe, c'est du plus inattendu des tireurs qu'est venu le coup de grâce : du Hezbollah lui-même dont le chef, Hassan Nasrallah, l'homme figurant au centre de la controverse nationale, qui, après un long silence sur la question, a enfin fait sienne la vieille et tenace aspiration du général à un destin lui aussi national. Annonce rien moins qu'innocente, est-on porté à croire. La milice, qui n'a jamais renoncé à phagocyter l'une après l'autre les institutions étatiques, n'aurait que faire en effet d'un président fort ou qui se perçoit comme tel. Son expérience du général Michel Sleiman, l'homme de la déclaration de Baabda, de la neutralité libanaise face au conflit de Syrie où s'est funestement fourvoyé le Hezbollah, n'est sans doute pas pour peu dans cette phobie.
Publiquement endossées par le Hezbollah, les ambitions du général Aoun, pour légitimes qu'elles puissent être, ne sont plus, en définitive, que celles d'un présidentiable de choc, de combat, de défi : un présidentiable absolument inéligible de surcroît, faute de suffrages parlementaires suffisants, en l'état de clivage aigu et de paralysie où se trouve, depuis plusieurs mois, l'Assemblée. Voilà pourquoi l'intéressé préconise, entre autres sorties de crise, la tenue de législatives préalablement à toute élection présidentielle : procédure dont il présume qu'elle lui serait favorable, comme celle, pour le moins originale, d'une élection présidentielle au suffrage universel. En attendant, le CPL a beau jeu de se désolidariser de la deuxième et honteuse prolongation que s'est octroyée le Parlement, et à laquelle ont néanmoins souscrit les plus proches de ses alliés...
En définitive, ce n'est pas d'un président fort, ou même passant pour tel, qu'ont désespérément besoin, aujourd'hui, les Libanais, mais plutôt d'un président jouissant de l'intégrité et de la dignité requises. Particulièrement atteints par la crise sont les chrétiens privés de leur quote-part au sommet de la pyramide du pouvoir : ceux-là mêmes dont le Courant patriotique libre se veut pourtant le défenseur et le seul garant des droits. D'où l'irritation sans précédent des hiérarchies religieuses qui fustigent avec la même vigueur la dernière en date des dérives du législatif et le blocage persistant de l'élection présidentielle.
Cautionnée qu'elle est par le Vatican, voilà ce qu'il faut bien appeler une sainte colère.
Compte tenu des tensions entre les deux grandes branches de l'islam libanais, méritoire certes était l'ouverture pratiquée envers les sunnites par le farouche allié chrétien du Hezbollah chiite. Illusoire en revanche...


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