François Fillon (à gauche) et Jean-Pierre Jouyet, en 2007. Photo AFP
Le numéro deux de la présidence socialiste française, Jean-Pierre Jouyet, concentre les critiques en France pour son rôle dans une affaire impliquant aussi l'ex-dirigeant de droite François Fillon dont il a été ministre.
Secrétaire général de l'Élysée, Jean-Pierre Jouyet est mis en cause pour avoir rapporté à des journalistes que François Fillon lui avait demandé lors d'un déjeuner en juin de faire accélérer des enquêtes judiciaires visant l'ex-président Nicolas Sarkozy, un de ses rivaux dans la perspective de la présidentielle de 2017. François Fillon a vivement démenti et menacé de porter plainte pour diffamation contre son ancien ministre. L'affaire « met l'Élysée sous pression », titrait hier en une le quotidien Le Figaro, proche de l'opposition de droite. Le président François Hollande, ami de Jean-Pierre Jouyet avec lequel il était à l'École nationale d'administration (ENA), ne s'est pas exprimé jusqu'à présent sur le scandale qui secoue la classe politique française et éclabousse l'Élysée depuis la fin de la semaine dernière.
Dans ses déclarations à deux journalistes du quotidien Le Monde, le bras droit du chef de l'État aurait en outre affirmé, selon ces derniers, avoir parlé au président de la demande d'intervention sur le cours de la justice attribuée à François Fillon. François Hollande aurait refusé, selon les mêmes sources. Dans un premier temps, Jean-Pierre Jouyet a démenti avoir tenu les propos rapportés par les journalistes pour ensuite les confirmer, donnant l'impression d'une grande confusion au sommet de l'État.
Jouyet « très affaibli »
Dans ce contexte, la droite réclame la démission du numéro deux de l'Élysée. Plutôt que s'en prendre à François Fillon, Nicolas Sarkozy a dénoncé lundi soir un « torrent de boue » et accusé le pouvoir de « mensonge ».
Traditionnellement occupé par un grand commis de l'État qui reste dans l'ombre, le poste de secrétaire général est un rouage essentiel de la présidence française. Assisté d'une équipe conséquente, son titulaire contrôle l'accès au chef de l'État, intervient dans nombre de ses dossiers et filtre les multiples notes qui lui sont destinées. Dans le passé, plusieurs secrétaires généraux sont devenus ensuite ministres, voire Premiers ministres, comme Édouard Balladur ou Dominique de Villepin. Dans l'entourage du président Hollande, on souligne que depuis son entrée en fonctions en 2012, « il n'y a eu en aucune manière une quelconque intervention dans des affaires judiciaires. C'est un principe et une pratique ».
Dans le même temps, certains proches du chef de l'État reconnaissent qu'il y a une possibilité d'une démission de Jean-Pierre Jouyet. « On n'est pas à l'abri d'un départ rapide (...) Il est très affaibli », affirme ainsi l'un d'entre eux. « Le problème de Jean-Pierre Jouyet depuis le début, c'est qu'il ne maîtrise pas sa parole », ajoute cette source. En mai 2012, il avait ainsi grillé la politesse à François Hollande en annonçant lui-même la nomination de Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre. « Ça va devenir ingérable. Tout le monde se déchaîne. On est passé de l'affaire Fillon à l'affaire Jouyet », déplore un haut responsable de l'exécutif.
À 60 ans, ancienne « prise de guerre » à gauche de Nicolas Sarkozy lors de son mandat présidentiel entre 2007 et 2012, Jean-Pierre Jouyet est à l'Élysée depuis avril. Haut fonctionnaire, il a au cours de sa carrière enchaîné les postes au sein d'institutions de premier plan. Ex-inspecteur des finances, il a dirigé de grandes institutions financières, comme la Caisse des dépôts (CDC) ou la Banque publique d'investissement (BPI). Mâchoire carrée, mèche sur le côté, oreilles décollées, ce père de cinq enfants né le 13 février 1954 est peu connu du grand public. Sont souvent cités parmi ses traits de personnalité son caractère affable et cordial ou encore une certaine « volubilité ». Avant la Caisse des dépôts, Jean-Pierre Jouyet avait présidé aux destinées du gendarme français de la Bourse, l'Autorité des marchés financiers, deux mois après la chute du groupe américain Lehman Brothers en novembre 2008, en pleine crise financière. À ses amis de gauche qui lui avaient reproché sa participation en 2007 au gouvernement Fillon, comme secrétaire d'État aux Affaires européennes, il avait répondu qu'il n'avait fait que mettre sa compétence au service de la cause européenne.
Sabine WIBAUX/AFP


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