AFP/Goh Chai Hin
Tong Xianping, 50 ans, fait partie de ces collectionneurs aisés, qui n'ont que faire des voitures de luxe, vêtements de designers et appartements fastueux. Sa passion : les roches venues de l'espace et tombées sur la Terre, rapporte Tom Hancock de l'AFP.
Il a ainsi déboursé 160 000 dollars pour un bout de la météorite de Seymchan – du nom de la localité russe où elle a été trouvée en 1967 – : sa composition remonterait à plusieurs milliards d'années.
« Cela valait largement le coût », assure l'homme d'affaires, en admirant sa masse de 176 kg, dont les aspérités accrochent la lumière. « C'est un courrier venu de l'espace », sourit-il.
M. Tong possède des dizaines de spécimens dans les vitrines de son espace d'exposition à Urumqi, capitale de la vaste région désertique du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine.
Parmi ses trésors, une roche brune d'aspect noueux : un fragment de la Gibeon, météorite qui s'est écrasée dans le sud du continent africain aux temps préhistoriques. Une pièce exceptionnelle qui lui a également coûté environ 160 000 dollars. Dans son coffre-fort, dorment aussi des « chondrites carbonées » : les météorites dont faisaient partie ces « cailloux » d'un noir charbonneux viennent tout droit de la même nébuleuse qui a engendré les planètes de notre système solaire.
« Ce sont des fragments entiers, extrêmement difficiles à dénicher ! » se réjouit M. Tong.
L'engouement pour les météorites est vif parmi une partie des nouveaux riches chinois. « Les entrepreneurs, les patrons adorent les grosses météorites », explique M. Tong, qui a lui-même fait fortune dans le négoce de jade. « Les voitures sont fabriquées par l'homme, mais chaque météorite est tout à fait unique », insiste-t-il. Aux yeux des experts, les météorites fournissent un précieux témoignage sur les origines et la composition du système solaire. Découvertes principalement dans les déserts et les régions polaires – là où elles sont plus faciles à repérer –, les météorites s'échangent sur un marché mondialisé mais étroit, où les meilleurs spécimens peuvent s'envoler pour plusieurs centaines de milliers de dollars lors d'enchères très disputées. À l'inverse des archéologues et paléontologues qui dénoncent le pillage de leurs sites de recherches, les spécialistes des météorites, eux, se félicitent de la vitalité de ce marché. « Nous avons une relation de coopération avec les collectionneurs. On n'a pas les moyens d'explorer les terrains et de collectionner, mais cette petite armée de négociants le fait très bien », indique Monica Grady, scientifique à l'Open University britannique.
Une relation interdépendante : les chasseurs de météorites ont un besoin crucial de spécialistes pour analyser et expertiser leurs découvertes, ce que des universitaires font volontiers en échange d'un morceau du météore, explique Mme Grady. « Beaucoup (d'acquéreurs chinois) s'intéressent simplement à la somme d'argent que représente une météorite, ils ne comprennent rien au savoir scientifique qu'il y a derrière », déplore Bryan Lee, fonctionnaire chinois et vétéran collectionneur. Lui a l'habitude de fréquenter un marché de météorites à Tucson, aux États-Unis. « Partout, on voit une nette augmentation des faux, des imitations », avertit-il.

