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Nos lecteurs ont la parole - Sandrine Haber

Faire son droit, choisir de dire le droit

Un choix de carrière de juriste ne saurait être un hasard. C'est le choix de s'exprimer et de se faire entendre, le choix d'être la voix du juste, du « jus » (synonyme latin du mot « droit »), c'est le choix d'analyser une théorie et de la faire respecter.
Durant ma première année de licence, le cours de droit constitutionnel se bornait à m'apprendre cette définition : « La démocratie est le régime politique où ni un individu ni un groupe ne s'approprie le pouvoir, ses titulaires sont désignés par le peuple par voie d'élection et sont contrôlés par lui. » Selon Lincoln, c'est « le gouvernement du peuple par le peuple ». Selon Nietzsche, c'est « la revanche des esclaves ». Partant de là – nous disait-on –, « vous étudiants en droit êtes l'espoir de ce Liban. Vous, futurs juristes, êtes le changement ».
Afin de me pousser à réussir cette première année, on m'a fait retenir et écrire que le droit de vote « permet aux citoyens dans un État de voter pour exprimer leurs volontés concernant le choix de leurs gouvernants. Les démocraties présentent le droit de suffrage comme un droit civique fondamental ». Et c'est bien Montesquieu qui reconnaît que le « peuple est apte à choisir des hommes, à designer des représentants. Il est admirable pour choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité ».
Une théorie qui a réussi à me faire rêver, moi et les étudiants ambitieux. Rêver à quoi ?
Au jour où, mes 21 ans achevés, j'irais présenter ma carte d'identité afin que, dans l'isoloir, j'inscrive le nom de mon représentant.
Après quatre années de faculté, je saurais exactement ce qu'est un candidat adéquat. Non seulement en raison des cours que j'ai pris la peine d'apprendre, mais surtout parce que, lors de mon parcours, j'ai appris ce qu'est un bon délégué.
Seulement voilà : mon Liban est divisé, mon USJ l'est aussi. Il y a les 14, il y a les 8, il y a les neutres et il y a les désintéressés.
Face à cette diversité, la direction de l'USJ a condamné, le 29 octobre 2014, notre droit de vote, au motif que, d'une part, les élections estudiantines sont sources de troubles, de chaos et de graves conflits, et que, d'autre part, il semble que le pouvoir du conseil universitaire est souverain, non subordonné à une opinion estudiantine.
Parce que les querelles et altercations sont le résultat d'un extrémisme moral préexistant, soutenu par les médias, l'autorité supérieure, en annulant les élections d'amicales, viole les articles 7 et 21 de la Constitution libanaise consacrant le droit de vote, ainsi que le cours magistral du droit constitutionnel de première année, sans pour autant limiter efficacement les affrontements.
Nous cassons, pour défaut de base légale, pour violation de liberté politique, la diversité étant une richesse, l'opposition des opinions étant le moteur d'évolution.
Condamner la démocratie estudiantine pour éviter les conflits ? Et pourquoi, tant que l'on y est, ne pas éliminer notre Parlement pour éviter les guerres civiles ?...
Résistons ! Quel sorte de citoyens entreront dans l'arène politique si la vie estudiantine elle-même est condamnée au neutralisme, récompensant ainsi les fauteurs de troubles ? Churchill avait raison de dire que « la démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres ».
Prérogative démocratique par excellence, notre droit de vote est inviolable. Dans notre pays où tout semble s'écrouler, nous réfutons la délinquance, la paresse et le désintérêt en matière de droits fondamentaux.
Une République sans président, un Parlement qui proroge d'office son mandat et maintenant des facultés sans amicales...

Sandrine HABER
3e année de droit
Université Saint-Joseph

Un choix de carrière de juriste ne saurait être un hasard. C'est le choix de s'exprimer et de se faire entendre, le choix d'être la voix du juste, du « jus » (synonyme latin du mot « droit »), c'est le choix d'analyser une théorie et de la faire respecter.Durant ma première année de licence, le cours de droit constitutionnel se bornait à m'apprendre cette définition : « La démocratie est le régime politique où ni un individu ni un groupe ne s'approprie le pouvoir, ses titulaires sont désignés par le peuple par voie d'élection et sont contrôlés par lui. » Selon Lincoln, c'est « le gouvernement du peuple par le peuple ». Selon Nietzsche, c'est « la revanche des esclaves ». Partant de là – nous disait-on –, « vous étudiants en droit êtes l'espoir de ce Liban. Vous, futurs juristes, êtes le...
commentaires (3)

Félicitations, Madame, pour enfin une analyse "Percutante" et au moins féconde, elle !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

14 h 49, le 08 novembre 2014

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Commentaires (3)

  • Félicitations, Madame, pour enfin une analyse "Percutante" et au moins féconde, elle !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    14 h 49, le 08 novembre 2014

  • LA VOIX DU JUSTE ? AVEC TOUT MON RESPECT POUR VOTRE PERSONNE, MADAME, LAISSEZ-MOI RIRE... UN TOUT PETIT PEU ! LES CRIMINELS... AVEC IL JAYBÉ MITLÉNÉ... INNOCENTS ! ET LES INNOCENTS... AVEC IL JAYBÉ FADYÉ... CRIMINELS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 30, le 08 novembre 2014

  • "Condamner la démocratie estudiantine pour éviter les conflits ? Et pourquoi, tant que l'on y est, ne pas éliminer notre Parlement pour éviter les guerres civiles ? Une République sans président, un Parlement qui proroge d'office son mandat et maintenant des facultés sans amicales...." ! Clair, net et précis, et TOC à cette "autorité supérieure?!" de l'USJ : EXCELLENT !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 53, le 08 novembre 2014

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