Abdelhak Senna/AFP
Le guitariste gitan Manitas de Plata est décédé, à 93 ans, dans la nuit de mardi à mercredi dans une maison de retraite à Montpellier. « Mon père est mort de vieillesse entouré de sa famille », a dit à l'AFP sa fille Françoise, qui était aussi sa tutrice : Manitas de Plata, l'un des plus importants vendeurs de disques de l'histoire en France avec 93 millions d'albums vendus dans le monde, avait été placé en maison de retraite en août.
Le guitariste gitan, de son vrai nom Ricardo Baliardo (Manitas de Plata signifiant petites mains d'argent ou doigts de fée), a été le successeur de Django Reinhardt. Musicien illettré, qui signait avec des lettres bâtons y ajoutant les dernières années son espièglerie, un S transformé en dollar, il s'est produit sur les scènes mondiales les plus prestigieuses. Il a ainsi joué au Carnegie Hall de New York, en décembre 1965, son meilleur souvenir, ou encore au Royal Albert Hall de Londres. Son dernier concert remontait à 2010, à l'ouverture de la Feria des vendanges à Nîmes. Il était alors accompagné d'une trentaine de guitaristes. Depuis, il ne pouvait plus. « Je suis malade », lançait-il d'emblée à tous ses visiteurs.
Manitas de Plata, qui fut l'ami de Pablo Picasso, Salvador Dali ou encore Jean Cocteau, a fini sa vie dans le capharnaüm d'un minuscule studio à La Grande-Motte face à la mer, entouré d'une foultitude d'objets, dont sept guitares ou un disque d'or cassé. Il n'était jamais seul car une jeune femme s'occupait de lui, la dernière en date, Nathalie.
« J'ai brûlé la vie. J'ai vécu mes deux passions. La musique et les femmes », expliquait-il, reconnaissant n'avoir jamais économisé. Il a également eu des problèmes avec le fisc et, à 90 ans, il continuait à payer son redressement fiscal.
En 2011, lors de son anniversaire, fêté en grande pompe à La Grande-Motte, Manitas de Plata n'avait eu finalement qu'un seul regret : « Après moi, il n'y a personne en France. Je suis inquiet pour la musique gitane. »

