Moyen Orient et Monde

Mrs. President

Le point
06/11/2014

Mardi 8 novembre 2016. Il est 23h00 sur la côte est des États-Unis, 20h00 sur la côte ouest. Les premières projections fiables viennent de tomber. C'est net : le cœur du pays penche du côté démocrate au vu du nombre de grands électeurs désignés, ceux-là qui devront entériner la préférence des votants « le premier lundi qui suit le deuxième mercredi de décembre », selon la Constitution, soit le 19 du mois. Le 58e président sera donc une présidente, Hillary Rodham Clinton, candidate en 2008 à l'investiture de son parti et ancienne secrétaire d'État de Barack Obama.
On se calme : ce n'est là qu'une projection inspirée de la conjoncture au lendemain de midterms catastrophiques pour le parti au pouvoir. Les résultats, prévisibles depuis des mois, sont encore plus mauvais que dans les pires scénarios imaginés par les stratèges. Le canard boiteux de la Maison-Blanche, selon un tweet féroce, est condamné à jouer au golf les trente mois à venir, évitant si possible les greens de la Caroline du Nord, du Colorado et de l'Iowa, tombés mardi dans l'escarcelle des républicains.
« It's the economy, stupid » : on revient donc à la formule assénée en 1992 par James Carville, alors génie inspiré de la campagne de Bill Clinton. Le sujet divise les deux camps plus nettement que l'Arms Act (licence de détention et/ou de port d'arme) ou même l'Obamacare (système de santé). Dire qu'en la matière, la politique du chef de l'exécutif est loin de faire l'unanimité revient à énoncer un truisme. La baisse à 5,9 pour cent du chômage, la hausse de +3,5 au troisième trimestre du produit intérieur brut, l'excellente santé des exportations n'y peuvent rien : la cote d'amour du président est à la chute abyssale et ses adversaires prennent un malin plaisir à le souligner, oubliant au passage, avec une évidente mauvaise foi, de constater qu'eux-mêmes sont logés à la même enseigne à deux points près : 60 pour cent des Américains sont furieux contre les élus républicains et 58 pour cent le sont contre les congressmen et sénateurs démocrates. Pour autant, est-on à la veille d'assister à une énorme coulée de lave qui emporterait les maigres acquis obtenus au fil des six années passées par la classe défavorisée ? Le croire serait méconnaître l'état d'esprit au sein du Grand Old Party au lendemain d'une victoire à la Pyrrhus.
Si Mia Love, haïtienne d'origine et première républicaine noire à faire son entrée au Sénat après une reconversion ultramédiaitisée à la doctrine mormone, parle d'« en finir avec ce Godzilla que l'on appelle gouvernement fédéral », ses pairs, notamment le chef de la nouvelle majorité Mitch McConnell (Kentucky), préfèrent envisager des arrangements d'où la politique politicienne ne serait pas totalement absente. De là à passer aux actes il y a loin tant nombreuses sont les dissensions internes, pour cause de Tea Party du côté républicain, de parlementaires rebelles côté démocrate qui ne portent pas dans leur cœur l'actuel président. Au point qu'en pleine campagne électorale, ses conseillers ont été priés de le dissuader de voler à leur secours de crainte d'un effet boomerang.
Il y a aussi le fait que les chiffres, comme les statistiques, révèlent bien des choses mais cachent l'essentiel. Ainsi préfère-t-on jeter un bien commode voile de l'oubli sur des duels très disputés, comme ceux du Kentucky (McConnell versus Alison Lundergan Grimes, Joni Ernst-Bruce Braley dans l'Iowa, Thom Tillis-Kay Hagan en Caroline du Nord). Que voulez-vous, il est des victoires qui, paradoxalement, vous rendent modestes...
Fort heureusement, l'horizon 2016 s'annonce moins sombre pour le parti bleu, avec des gains à espérer à la Chambre haute et deux États-clés gagnés mardi : la Pennsylvanie et le New Hampshire. De quoi donner une teinte rose aux nuages qui commençaient à s'amonceler au-dessus de la tête de Hillary Clinton, au point de l'encourager à céder à ses latentes hésitations. Tout pourtant concourt à l'encourager sur la voie d'une candidature manquée de peu une première fois et qui aurait été bénéfique pour une Amérique léthargique sous l'effet de l'éloquence obamanienne.
Pressée de rendre publique sa décision, l'ancienne chef de la diplomatie préfère, dit-on, attendre que se dissipe l'effet de la gueule de bois de mardi. Sans doute aussi qu'éclatent au grand jour les déchirements au sein du camp adverse – ce qui est de bonne guerre. En donnant « du temps au temps », l'ex-First Lady pourra, à une heure par elle choisie, faire acte de candidature au nom d'une formation qui verra en elle l'ultime recours.
Deux ans de purgatoire volontaire ne constituent-ils pas un prélude à la récompense suprême ?

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HADDAD Fouad

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C'est un vrai plaisir que de lire un journaliste français ouvert sur le monde avec une vrai culture géopolitique et une analyse critique des évennements.
cela nous change du reste de vos confrères de la presse française qui gobent et régurgitent la vérité révélée par l'oncle Sam...

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