Le nouvel homme fort du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Isaac Zida, rencontre les ambassadeurs durant un meeting à Ouagadougou. Issouf Sanogo/AFP
Contesté dans la rue et sous forte pression internationale, le nouvel homme fort du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a promis hier une transition « dans un cadre constitutionnel », laissant entrevoir un passage de flambeau aux autorités civiles.
En outre, il s'est dit disposé à remettre en vigueur la Constitution qu'il avait suspendue vendredi, a affirmé un responsable de l'opposition hier. « Le pouvoir exécutif sera conduit par un organe de transition dans un cadre constitutionnel », a-t-il affirmé lors d'une rencontre avec le corps diplomatique. « Cet organe de transition sera dirigé par une personnalité consensuelle désignée par tous les acteurs de la vie nationale », a déclaré M. Zida, ajoutant qu'il souhaitait que cela se fasse dans un délai « le plus bref possible ». Cette nouvelle déclaration du lieutenant-colonel, qui laisse à penser qu'un civil, et non plus un militaire, pourrait prendre la tête de la transition, intervient alors que les États-Unis ont appelé ce week-end l'armée burkinabè « à transmettre immédiatement le pouvoir aux autorités civiles ». Washington, allié privilégié du Burkina dans la lutte contre les jihadistes au Sahel, a également condamné « la tentative de l'armée burkinabè d'imposer sa volonté au peuple ». Parallèlement, le nouveau chef de la transition devait encore poursuivre hier ses consultations avec les forces politiques et la communauté internationale à Ouagadougou, où la situation était calme après l'intervention musclée de l'armée, qui a chassé les manifestants des locaux de la télévision publique et de la place de la Nation, rebaptisée « place de la Révolution » et épicentre de la contestation.
Ouagadougou reprend son souffle
Sur le terrain, dans les rues de Ouagadougou, la circulation avait repris normalement hier matin, avec l'habituel ballet de mobylettes. Le grand marché, centre névralgique du commerce fermé depuis six jours en raison des événements, a rouvert, ainsi que les banques. Les écoles, qui avaient fermé leurs portes le 27 octobre à cause de la situation tendue, ont également rouvert. L'armée a annoncé en outre hier la réouverture des frontières terrestres du Burkina Faso, après trois jours de fermeture.
La situation au Burkina Faso était également au cœur d'une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine à Addis-Abeba. Lors de cette réunion, l'UA a donné deux semaines à l'armée du Burkina Faso pour rendre le pouvoir aux civils.
De son côté, la communauté internationale a vivement réprouvé la prise de pouvoir de facto par les militaires. L'Union européenne a demandé à l'armée burkinabè à respecter les droits fondamentaux de la population, y compris celui de manifester pacifiquement, tandis que le président ghanéen John Dramani Mahama, qui dirige la Cédéao, a appelé « au dialogue » et à la retenue pour éviter que « la situation déjà précaire » ne dégénère. Pour sa part, la France, ancienne puissance coloniale et premier bailleur de fonds du Burkina Faso, ne s'est pas exprimée depuis 48 heures mais suit de près les événements. Les pays africains dont les chefs d'État envisageaient, comme M. Compaoré, de modifier leur Constitution pour se maintenir au pouvoir sont restés silencieux. Cela dit, les entreprises françaises implantées au Burkina Faso ont commencé à prendre des mesures de précaution pour leurs personnels et leurs installations, même si le risque matériel et l'enjeu économique restent réduits. Enfin, loin de cette confusion, l'ex-président Compaoré jouit d'un refuge doré à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire voisine dirigée par son ami Alassane Ouattara, où il est logé depuis vendredi dans une luxueuse résidence d'État.
(Source : AFP)


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