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Nos lecteurs ont la parole - Raymond Nahas

L’art italien présent au Liban depuis des siècles

L'art au Liban est influencé par la culture italienne et les Romains y ont laissé des traces qui aujourd'hui font partie du patrimoine de notre pays.
Je ne vais pas m'attarder sur les vestiges romains dont les plus importants sont Baalbeck, Kalaa, Tyr, Chehim, Faqra, Ghineh, Byblos, Anjar, Echmoun, etc. Je passe sur la similitude frappante entre les constructions de Venise et celles des maisons libanaises, où on retrouve la même forme de toit à quatre pentes, la même simplicité cubique de la volumétrie générale, les mêmes couleurs chaudes d'enduits, mais surtout la même composition tripartite du plan, avec, en son centre, un grand salon, le salone (en italien, salone veut dire grande salle) s'ouvrant largement sur la lagune à travers une série d'arcades vitrées.
Il faudrait pourtant s'arrêter sur la période Fakhreddine, lequel, ébloui par l'art italien lors de son séjour en Toscane, fit bâtir en 1623 son château de Beiteddine pour lequel il fit appel à des architectes, ingénieurs et peintres italiens. Le monument des Martyrs libanais est l'œuvre du sculpteur Mazzacurrati et, la plus récente, la belle fontaine en mosaïque de verre de la rue de Verdun, est signée Marco Bravura.
Mais parlons de l'art : c'est à partir du XVIIe siècle, sous le règne de Fakhreddine, qu'a lieu l'éveil de l'art au Liban et son entrée, grâce à l'école et à l'imprimerie, dans la voie moderne. Sous l'occupation ottomane, les couvents étaient devenus les centres de la vie économique et intellectuelle du pays. Nombre d'écoles sont alors fondées, notamment à Ehden, Achqout, Baskinta et Beit Chabab. Puis, avec l'école, l'imprimerie fait son entrée en 1610, au couvent de Mar Qozhaya, dans la Qadicha, donnant naissance au XVIIIe siècle à une école de peinture qui remplit de ses œuvres couvents et églises de la montagne. Rappelons en passant qu'une grande partie des livres édités en ce temps sont imprimés sur papier Fabriano, à l'époque propriété du Vatican. Au début du XIXe siècle, les contacts avec l'Occident s'élargissent et les grandes compositions à l'huile affluent de Rome et d'Autriche, ce qui crée des foyers de renouveau artistique. On parle alors de Daoud Corm, l'un des plus grands pionniers de la Renaissance artistique au Liban, puis de l'école marine, qui se consacra avant tout à la peinture des bateaux et de la mer.
Au début du XXe siècle, date du véritable essor artistique du Liban, il faut signaler tout d'abord Daoud Corm, le fils, qui, à l'âge de 12 ans, se rendit à Rome pour parfaire son éducation artistique. Il parvient à forcer la porte de Roberto Bonpiami, le chef de file des artistes de Rome et le peintre officiel du roi d'Italie. Bonpiami apprécie le talent de ce jeune artiste libanais et l'aide dans sa carrière de peintre de portraits d'hommes célèbres comme ceux du pape Pie IX, des membres de la famille du khédive Toufic Ier et du khédive Abbas II. Parmi les précurseurs de la Renaissance libanaise sous l'égide de Rome, on peut citer également Habib Srour, Khalil Saliby et Nehmtallah Madi, et parmi les sculpteurs, Youssef Hoayek qui fit ses études à Rome. Puis vint Gebran Khalil Gebran, qui alliait littérature et peinture.
On peut classer dans la deuxième génération le sculpteur Youssef Ghoussoub, qui affina son art à Rome, Samih Attar et les frères Basbous. Durant la période suivant la Première Guerre mondiale, il convient de parler de l'influence de ceux qui ont guidé les premiers pas des artistes de la troisième génération, leur épargnant les dangers d'une crise identitaire. Parmi eux : Farroukh, César Gemayel, Rachid Wehbé et surtout Saliba Doueihy qui a inauguré sa carrière par la décoration de l'église patriarcale de Dimane. Tous, bien entendu, se sont inspirés des peintres italiens de la Renaissance.
C'est à partir des années 1960 que l'enseignement de l'art fait son entrée dans les établissements scolaires et que l'organisation Fabriano encourage les bons éléments par des prix et des diplômes. C'est un jury italien qui, chaque année, choisit les meilleurs, et l'on peut dire que 50 % des bons artistes libanais actuels sont des ex-gagnants du concours.
À l'Académie libanaise des beaux-arts, officiait Ferdinando Manetti que j'ai connu. Je continuerai de réclamer pour l'enseignement de l'art des professeurs italiens qui sont toujours appréciés. Je pense spécialement à la faculté de Kaslik, aux professeurs Cegna et Spernanzoni, et aussi à Marco Bravura, mon ami, qui a su redonner vie à l'art de la mosaïque en créant la fontaine de la rue de Verdun.
De nouveaux éléments ont puissamment contribué à populariser l'art dans le Liban d'aujourd'hui. C'est tout d'abord le nombre toujours croissant d'expositions de peintres libanais et étrangers qui ont fait de Beyrouth un centre artistique. La quatrième génération se consacre aux études et à la recherche. Une bonne partie des artistes contemporains ont su surmonter les épreuves, retrouver leur identité et produire des œuvres qui s'imposent au Liban et à l'étranger. Parmi ces peintres, citons Wajih Nahlé et Saïd Akl.
Le séjour en Occident, et spécialement en Italie, a coïncidé avec le retour de l'art occidental à quelques-unes au moins de ses bases traditionnelles avec, au départ, une solide connaissance des principes du dessin qui ont permis à cet art d'évoluer. Parmi ces peintres de talent, citons Hussein Madi, qui a obtenu la nationalité italienne et qui a exposé en permanence au Liban, Amine el-Bacha, Moustapha Farroukh, Habib Srour, César Gemayel, Omar Onsi, Youssef Hoayek, Jean Khalifé, Rachid Wehbé, Philippe Mourani, Farid Awad, Juliana Saroufim, George Corm, Rafic Charaf, Samir Abi Rached, Hani Abi Saleh, Agopian, Amine Bacha, Mona Bassili, Rita David, George Doche, Halim Hajj, Mohammad Rawwas , Hussein Madi, Moussa Tiba, Hrair, Aref Rayès, Nadia Saïkali, Mazen Rifaï, Paul Wakim, Samih Attar, Laure Ghorayeb, Mohammad Safa, Hassan Jouni, Paul Guiragossian, Houry Chékerdjian, Nohikian, Joseph Matar, Georges Irani, Michel el-Mir, Thérèse Kabsa ,etc.
Cette vaste floraison de peintres libanais de renom est une preuve palpable que l'art n'a pas de frontières et que le Liban est, et demeure, le pays de l'art, de la culture et de la poésie, et un exemple à suivre pour les pays qui nous entourent.

Raymond NAHAS
Président du groupe Fabriano au Moyen-Orient

L'art au Liban est influencé par la culture italienne et les Romains y ont laissé des traces qui aujourd'hui font partie du patrimoine de notre pays.Je ne vais pas m'attarder sur les vestiges romains dont les plus importants sont Baalbeck, Kalaa, Tyr, Chehim, Faqra, Ghineh, Byblos, Anjar, Echmoun, etc. Je passe sur la similitude frappante entre les constructions de Venise et celles des maisons libanaises, où on retrouve la même forme de toit à quatre pentes, la même simplicité cubique de la volumétrie générale, les mêmes couleurs chaudes d'enduits, mais surtout la même composition tripartite du plan, avec, en son centre, un grand salon, le salone (en italien, salone veut dire grande salle) s'ouvrant largement sur la lagune à travers une série d'arcades vitrées.Il faudrait pourtant s'arrêter sur la période Fakhreddine,...
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