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Moyen Orient et Monde

À la frontière turque, le défi de l’éducation des enfants de Kobané

Tous les enfants de Kobané hébergés dans les camps de tentes dressés par les autorités autour de Suruç vont bénéficier de cours sur place, promet un responsable. Kai Pfaffenbach/Reuters

Ils sont trois gamins, assis un peu à l'écart du reste de la classe. Fraîchement débarqués en Turquie, ces réfugiés kurdes de Syrie ont trouvé un strapontin dans la petite école d'un village frontalier et un semblant de la vie normale d'un enfant de leur âge.
Leur instituteur a déjà fort à faire avec ses 25 élèves, mais il les a accueillis avec plaisir. Par chance, Mehmet Celik parle la langue kurde et il tente de leur apprendre l'alphabet turc et d'entretenir un peu de leurs connaissances en mathématiques. « Ce n'est pas si difficile, assure-t-il. Ils connaissent le kurde, maintenant ils veulent parler le turc. Ils veulent profiter de leur séjour ici », poursuit leur nouveau maître, « ils ne peuvent pas bénéficier de livres gratuits car ils ne sont qu'invités ici, mais ils n'ont aucun problème avec le reste des élèves. » La continuité de l'éducation est l'un des nombreux problèmes posés aux autorités turques par l'arrivée en un mois sur leur territoire d'au moins 200 000 habitants de la région kurde syrienne de Kobané, poussés par l'offensive des jihadistes. Que faire des enfants de cet exode ? Aucun ne parle le turc, ils étaient scolarisés dans un système totalement différent et, surtout, personne ne sait combien de temps ils vont rester de ce côté-ci de la frontière. Des semaines ? Des mois ? Plus, peut-être.
L'école primaire de Cengelli a relevé le défi. Posée à quelques centaines de mètres à peine de la frontière et des premiers faubourgs de Kobané (Aïn al-Arab en langue arabe), elle accepte les enfants syriens, mais au compte-gouttes. « Les parents syriens veulent inscrire leurs enfants mais nous n'avons que des ressources très limitées et il n'y a pas assez de place pour eux dans nos classes, note le directeur de l'établissement, Kamil Kurultak, mais nous faisons le maximum pour accepter quelques élèves dans des classes de déjà 40 à 50 élèves. » Un des responsables de l'administration du secteur de Suruç, la ville la plus proche du poste-frontière turc qui fait face à Kobané, assure que ses services font le maximum pour scolariser les enfants des réfugiés syriens.

« Mesure temporaire »
« Nous ne pouvons pas leur fournir d'éducation sur le modèle syrien, explique Fatih Ciftçi, mais nous allons leur apprendre un peu de turc. » Tous les enfants hébergés dans les camps de tentes dressés par les autorités autour de Suruç vont bénéficier de cours sur place, promet-il. Et ceux, une large majorité, dont les parents ont préféré s'installer chez des parents turcs peuvent aller à l'école la plus proche. « Ils y seront acceptés en tant qu'invités afin que leur éducation ne s'interrompe pas, assure M. Ciftçi, mais ce ne sera qu'une mesure temporaire. » Malgré ces efforts, l'intégration n'est pas simple. « Nous le faisons en dehors de toute procédure légale, déplore M. Kurultak, et ils ont de gros problèmes d'adaptation. »
Dans la classe de Mehmet Celik, l'équivalent d'un CE1, la jeune Inda, 10 ans, ne semble pourtant pas plus perturbée que ça au milieu de ses nouveaux camarades turcs. Même si elle affiche au moins deux ans de plus qu'eux. « Je viens ici tous les jours, je parle avec mes camarades et j'ai un repas à midi, confie-t-elle simplement, j'aimerais bien moi aussi avoir des livres, mais je ne sais pas quand ils vont me les donner. »
Les déchirures provoquées par l'exode ne sont pourtant pas loin. « Nous avions une très belle maison et une école. Mais nous avons dû partir à cause de la guerre », raconte Inda lorsqu'on lui pose la question de son départ précipité de Syrie. « Je veux retourner à Kobané, poursuit-elle, mes copains et mon école me manquent. » « Moi aussi je veux rentrer, reprend en écho sa camarade Emira, serrée sur le même petit banc, mais je ne sais pas quand. »
Fulya OZERKAN/AFP


Ils sont trois gamins, assis un peu à l'écart du reste de la classe. Fraîchement débarqués en Turquie, ces réfugiés kurdes de Syrie ont trouvé un strapontin dans la petite école d'un village frontalier et un semblant de la vie normale d'un enfant de leur âge.Leur instituteur a déjà fort à faire avec ses 25 élèves, mais il les a accueillis avec plaisir. Par chance, Mehmet Celik...

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