Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Mexique

Il y avait longtemps que l’on n’avait pas vu pleurer au passage d’une manifestation

La collusion entre autorités et tueurs professionnels dans la disparition de 43 étudiants suscite l'indignation.

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé cette semaine, conduites par les parents et les compagnons des élèves de l’école d’Ayotzinapa, dont on est maintenant sans nouvelles depuis deux semaines. Alejandro Acosta/Reuters

L'agression armée de la police contre des étudiants et la disparition consécutive de 43 d'entre eux a provoqué au Mexique une vague d'indignation face à ce qui apparaît comme une connivence ouverte entre les autorités et le crime organisé.
Il y avait longtemps que l'on n'avait pas vu pleurer au passage d'une manifestation. Ce fut le cas cette semaine, lors du défilé dans les rues de Mexico de dizaines de milliers de personnes conduites par les parents et les compagnons des élèves de l'école d'Ayotzinapa, dont on est maintenant sans nouvelles depuis deux semaines et dont on craint qu'ils aient été abattus après avoir été emmenés, selon des témoins, vers une destination inconnue dans des voitures de la police municipale d'Iguala, dans le sud du Mexique. Douleur, colère et honte. Ce sont les trois mots qui reviennent dans la presse mexicaine pour résumer les sentiments qui prévalent pour les événements de l'État de Guerrero. Douleur pour les jeunes disparus, colère contre les autorités, honte pour un Mexique qui fait l'objet d'une réprobation internationale, de l'Onu aux États-Unis, en passant par l'Organisation des États américains, sans parler des ONG internationales de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International ou Human Rights Watch.
En sort sérieusement écornée l'image du gouvernement d'Enrique Pena Nieto qui avait fait de la baisse de la criminalité et du respect des droits de l'homme par les forces de sécurité une de ses priorités. Le président s'est senti obligé jeudi de se faire l'écho de ces sentiments après avoir délivré un message trop bref et trop sec dimanche, après les aveux de deux criminels du meurtre de 17 étudiants, et la découverte de 28 corps non identifiés et presque tous carbonisés dans des fosses clandestines des environs d'Iguala. Cette affaire, a-t-il affirmé, « a causé la consternation et l'indignation non seulement parmi les Mexicains, mais aussi dans plusieurs parties du monde qui ont exprimé leur répudiation et leur indignation ».

« Une limite franchie »
Le problème pour le président mexicain, qui voulait marquer un changement après les 70 000 morts et 20 000 disparus de la présidence de son prédécesseur, Felipe Calderon, c'est qu'Iguala, ainsi que l'affaire de Tlatlaya, avec 21 personnes supposément massacrées par des militaires, contredisent en grande partie les annonces récentes d'une baisse de la criminalité, ainsi que la capture ces derniers jours de deux importants « capos », dont celle du chef du cartel de Juarez, Vicente Carrillo Fuentes. « Il ne sert à rien d'affirmer que les homicides sont à la baisse si certaines affaires génèrent une perception contraire », écrivait jeudi l'éditorialiste du quotidien Reforma, Sergio Sarmento.
Mais dans le cas d'Iguala, c'est surtout « la prise du pouvoir par le crime organisé qui est mise en évidence », selon l'analyste politique Alejandra Cullen. « Une limite a été franchie », estime-t-elle avec cette opération menée directement par la police, en liaison avec le crime organisé et la participation au mieux passive et au pire sous les ordres du maire de la ville, introuvable depuis la nuit du 26 septembre. Pour l'opposition de gauche mexicaine, dénonciatrice traditionnelle de la corruption des pouvoirs successifs, il s'agit d'un séisme, car le maire d'Iguala, José Luis Abarca, était membre du Parti de la révolution démocratique (PRD), principal parti de gauche du Mexique. Les dirigeants de ce parti sont d'ailleurs venus à Iguala s'excuser collectivement d'avoir autorisé M. Abarca à être leur candidat en 2012, avec l'appui actif du gouverneur de Guerrero, Angel Aguirre, également membre du PRD. Significatif est le fait que, lors de la manifestation de mercredi, le chef historique du PRD, Cuauhtémoc Cardenas, fils de l'ancien président Lazaro Cardenas (1934-1940), a été attaqué à coups de projectiles divers et traité d'« assassin » par un groupe d'étudiants.
Le président Peña Nieto a en outre répété que le crime d'Iguala « ne peut rester impuni ». Mais, comme le souligne Alejandro Hope, spécialiste des questions de sécurité dans le journal El Universal, les événements d'Iguala ont été possibles parce qu'« au Mexique, l'impunité est reine », avec 93 % de délits et 80 % des homicides impunis. Et, pour Alejandra Cullen, la source de cette impunité est d'abord « le lien d'association, de partenariat, entre criminels et autorités ».

(Source : AFP)

L'agression armée de la police contre des étudiants et la disparition consécutive de 43 d'entre eux a provoqué au Mexique une vague d'indignation face à ce qui apparaît comme une connivence ouverte entre les autorités et le crime organisé.Il y avait longtemps que l'on n'avait pas vu pleurer au passage d'une manifestation. Ce fut le cas cette semaine, lors du défilé dans les rues de Mexico de dizaines de milliers de personnes conduites par les parents et les compagnons des élèves de l'école d'Ayotzinapa, dont on est maintenant sans nouvelles depuis deux semaines et dont on craint qu'ils aient été abattus après avoir été emmenés, selon des témoins, vers une destination inconnue dans des voitures de la police municipale d'Iguala, dans le sud du Mexique. Douleur, colère et honte. Ce sont les trois mots qui reviennent...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut