La coalition internationale a effectué six frappes hier à Kobané, à proximité de laquelle Paris et Ankara cherchent à établir une zone-tampon. Umit Bekas/Reuters
Les combattants jihadistes ont avancé hier dans Kobané « à partir de l'est en direction du centre de la ville », a indiqué hier le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. Ils ont en outre reçu des renforts en hommes et en véhicules blindés Humvees, arrivés aux abords de Kobané qu'ils assiègent, en provenance de la province de Raqqa sous contrôle de l'État islamique (EI, ex-Daech), a-t-il ajouté.
En soirée, les combats avaient baissé d'intensité, a affirmé M. Abdel Rahmane, après avoir fait état d'une « intensification des raids de la coalition dans et autour de Kobané » (Aïn el-Arab en arabe), dans la journée. Selon l'armée américaine, six frappes ont visé les positions de l'EI.
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Craintes « d'horribles atrocités »
Les forces des YPG (Unités de protection du peuple kurde) avaient réussi, à la faveur des frappes, à repousser dans un premier temps les jihadistes entrés lundi à Kobané, selon un responsable local. Mais ces raids n'ont pas empêché l'EI de lancer une nouvelle offensive dans l'est pour « reprendre les zones qu'il a perdues », a indiqué l'OSDH, en faisant état d'un attentat-suicide au camion piégé commis par l'EI dans l'est de la ville.
Selon le général Martin Dempsey, plus haut gradé américain, pour tenter d'éviter les frappes, les jihadistes « deviennent plus adroits dans l'utilisation des appareils électroniques », « ne plantent plus de drapeaux, ne se déplacent plus dans de longs convois et n'établissent pas de QG visibles et identifiables ». « Les frappes aériennes à elles seules ne vont pas y arriver, ne vont pas apporter une solution et sauver Kobané », a parallèlement affirmé John Kirby, un porte-parole du Pentagone. « Il faudrait des troupes compétentes, des rebelles syriens ou des forces gouvernementales irakiennes, pour parvenir à vaincre » l'EI. « Nous le savons. Et nous n'avons cessé de le répéter (...). Nous n'avons pas à l'heure actuelle un partenaire volontaire, capable et efficace sur le terrain à l'intérieur de la Syrie. C'est un fait », a-t-il insisté.
Les militants kurdes ont eux aussi estimé que les frappes n'étaient pas suffisantes pour aider leurs forces à repousser les jihadistes. Ils ont en outre dit craindre des représailles des jihadistes responsables de terribles exactions – viols, exécutions et persécutions – dans les vastes régions sous leur contrôle en Syrie et en Irak. Mustafa Ebdi, militant et journaliste de Kobané, qui a fait état de « plein de cadavres » jihadistes jonchant les rues d'un quartier, a affirmé que des centaines de civils, manquant d'eau et de nourriture, étaient encore dans la ville. Pour le général Dempsey également, « il ne fait aucun doute » que les jihadistes vont se livrer « à d'horribles atrocités s'ils en ont l'occasion ». S'ils réussissaient à conquérir Kobané, les combattants de l'EI s'assureraient le contrôle sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.
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« Zone tampon pas à l'étude »
Dans ce contexte, après le soutien de la France à l'idée turque d'une création d'une « zone tampon » entre la Syrie et la Turquie pour accueillir et protéger les personnes déplacées par le conflit, le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue britannique Philip Hammond s'étaient dit prêts à « examiner » cette idée. Toutefois, plus tard en journée, la Maison-Blanche a affirmé que la création d'une telle zone n'était « pas à l'étude pour le moment ». Cette déclaration intervient alors que les États-Unis ont prévenu que cette localité n'était pas d'une importance stratégique dans leur lutte contre l'EI. « Aussi horrible que ce soit d'observer en temps réel ce qui se passe à Kobané (...), vous devez prendre du recul et comprendre l'objectif stratégique (des États-Unis) », a ainsi déclaré John Kerry. « Au-delà de la crise à Kobané, les cibles initiales de nos frappes sont les centres de commandement et de contrôle (des jihadistes), les infrastructures, a poursuivi le secrétaire d'État. Nous essayons de les priver de la capacité de lancer (une telle offensive), pas seulement à Kobané mais dans l'ensemble de la Syrie et de l'Irak. »
À Homs, au moins huit personnes, dont trois enfants, ont été tuées hier dans un bombardement du régime contre le quartier de Waer, le seul secteur de la ville Homs encore aux mains des rebelles, selon l'OSDH.
Par ailleurs, après une visite en Jordanie, le coordonnateur de la coalition internationale, le général américain à la retraite John Allen, et son adjoint Brett McGurk doivent se rendre aujourd'hui et demain en Turquie.
En Irak, un hélicoptère de l'armée irakienne a été abattu hier près de Baïji, à 200 km au nord de Bagdad, et ses deux pilotes tués, cinq jours après un crash similaire dans la même région, selon des responsables. L'hélicoptère, un Bell 407, revenait de la raffinerie de Baïji, 200 km au nord de Bagdad, où les forces fédérales irakiennes se battent contre l'EI depuis juin.
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