Liban

Accès à l’éducation bilingue pour les petits réfugiés syriens

Liban

À l'initiative du British Council, 1 500 enseignants bénéficieront de formations d'ici à janvier 2016 pour améliorer le niveau linguistique des élèves syriens. Encore faudrait-il que ces derniers soient invités à s'inscrire pour rejoindre les bancs de l'école.

09/10/2014

L'afflux des réfugiés syriens au Liban a placé l'enseignement public face à un immense défi parmi tant d'autres, celui de tout mettre en œuvre pour permettre aux petits Syriens d'accéder au système d'enseignement bilingue. Car, dans leur pays, les élèves syriens n'ont accès à l'anglais et au français qu'en tant que langues étrangères, une fois leur éducation bien avancée. Ils présentent donc d'importantes difficultés d'intégration scolaire au Liban et une réelle différence de niveau avec les élèves libanais, le système local privilégiant le bilinguisme dès les petites classes. C'est dans ce cadre et à la demande du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur que le British Council a lancé, il y a un an déjà, un projet baptisé « L'accès à l'éducation par la langue pour les enfants réfugiés syriens ». Étalé sur deux ans, réalisé en partenariat avec l'Institut français de Beyrouth et cofinancé par l'Union européenne, ce projet a été présenté hier lors d'une conférence de suivi et d'évaluation.

 

(Réfugiés syriens au Liban : un état des lieux en infographies)

 

Impact à long terme sur les élèves libanais
La conférence s'est tenue au ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, en présence de l'ambassadeur de Grande-Bretagne, Tom Fletcher, et du directeur général du ministère, Fady Yarak. Elle a vu la participation des différents acteurs du projet, notamment Donna McGowan, directrice du British Council au Liban, Henri Lebreton, directeur de l'Institut français du Liban, Layla Fayad, présidente du Centre pour la recherche pédagogique et le développement (CRPD), et Alexis Loeber, chef de coopération de la Délégation de l'Union européenne au Liban. On notera toutefois l'absence remarquée et injustifiée du ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Élias Bou Saab, censé clôturer la conférence et qui a laissé l'auditoire médusé.


Mille cinq cents enseignants libanais de l'école publique bénéficieront donc de formations de 4 jours d'ici à la fin 2015 par l'intermédiaire de 25 formateurs enseignants nationaux et 25 conseillers en orientation. Ce qui leur permettra d'améliorer le niveau linguistique des élèves et de faciliter ainsi leur intégration à la collectivité à travers des activités sociolinguistiques et des stratégies nouvelles audiovisuelles d'enseignement des langues étrangères. Quant aux bénéficiaires directs, ce sont les élèves réfugiés syriens de 8 à 14 ans, l'objectif étant de travailler sur les thèmes de l'inclusion, de la tolérance et de la non-discrimination pour favoriser l'égalité d'accès à l'éducation et la protection de l'enfance réfugiée, tout en limitant le décrochage scolaire.
« Nous sommes certains que ce projet fera une réelle différence et qu'il aura également un impact positif à long terme sur les élèves libanais, le système éducatif national et la société libanaise », a noté à ce propos Mme McGowan. De son côté, M. Lebreton a invité le ministère de l'Éducation à enregistrer les élèves réfugiés syriens et à leur permettre de prendre le chemin de l'école, alors que M. Loeber soulignait l'engagement de l'Union européenne dans le soutien au système éducatif libanais et dans la scolarisation des enfants, libanais et syriens. Quant à Mme Fayad, elle a insisté sur l'avancée du projet en 2014 et sur ce qu'il reste à accomplir jusqu'en janvier 2016.

 

L'attente des élèves syriens
« L'avantage d'un tel projet est de répondre aux besoins des enseignants et de s'adapter au contexte actuel », a aussi expliqué Isabelle Grappe, responsable du projet au sein du British Council. « Il est parfois nécessaire de procéder à des réajustements en fonction des différentes réalités », a-t-elle ajouté.
Forte du soutien de ses partenaires, sans oublier l'Unicef et le HCR, il ne reste plus à l'école publique qu'à relever le défi. Mais les choses ne sont pas aussi simples. D'abord parce que les élèves syriens n'ont toujours pas été invités à s'inscrire en cette mi-octobre. Il semblerait même que seuls les élèves réfugiés ayant des papiers en règle seront admis à l'école publique. Ensuite parce que cette école est de plus en plus boudée par les Libanais, nombre de parents refusant catégoriquement que leurs enfants côtoient les petits Syriens. On se demande donc où se situe le bénéfice pour les élèves libanais. Enfin parce qu'on ne peut que se demander comment l'école publique ambitionne la bonne marche de classes mixtes à deux vitesses, vu la grande différence de niveau entre les élèves libanais et syriens.


Une dernière interrogation s'impose. En l'absence de la réforme tant promise de l'école publique et alors que bon nombre d'enseignants n'ont ni les qualifications ni les compétences nécessaires pour enseigner une langue étrangère, cette énième formation changera-t-elle les choses ?

 

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