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Liban

Réfugiés syriens : l’éducation scolaire, une arme pour remédier aux contrecoups de l’exil

Solidarité

Le 17 décembre dernier, une école créée par Offre Joie et par le service Jésuite pour les réfugiés a ouvert ses portes à 100 petits Syriens exilés dans les alentours de Kfifane. Une initiative qui remet le sourire aux lèvres de ces enfants privés d'éducation pendant des mois.

23/01/2014

Les enfants courent dans tous les sens, ils rient à gorge déployée, leur tartine à la main et leur gourde sautillant autour de leur cou. L'heure de la récréation a sonné. D'un seul coup, un tohu-bohu de cris confus, mêlés à des voix qui s'esclaffent s'emparent du centre d'Offre Joie à Kfifane. À l'âge où ils n'ont besoin de rien pour s'amuser, ces enfants portent en eux les lourds traumatismes de la guerre qui déchire leur Syrie depuis près de trois ans.
Sur le terrain de sport, l'ambiance est moins chaotique. Quelques adolescents disputent un match de basket-ball, pendant que d'autres discutent en petits groupes. «Moi j'ai perdu ma maison, elle a été bombardée par cinq obus!» raconte Mohammad, originaire d'Idlib. « Ma famille et moi avons échappé à la mort », ajoute-t-il, le regard glacé. Le silence règne. Tout le monde écoute Mohammad sans dire un mot. «Nous avons fui la Syrie, nous courions aussi vite que possible. Les obus survolaient nos têtes, il y en avait partout! Nous nous cachions derrière chaque arbre qui se dressait sur notre chemin », reprend-il, exalté. Nul ne sait si ces histoires ne sont que les souvenirs d'un mauvais rêve mais, à 12 ans à peine, Mohammad a clairement gardé des séquelles de ce qu'il a enduré dans son pays.
Des histoires comme celle-là, chacun des cent réfugiés syriens, élèves à l'école récemment créée par l'association Offre Joie et le service Jésuite pour les réfugiés (JRS), pourrait vous en raconter. Pourtant, à la question «lequel d'entre vous rentrerait en Syrie?», tous, sans exception, lèvent fièrement la main. «Bien sûr que je veux rentrer en Syrie! C'est ma patrie!» s'exclame Mohammad.
«C'est essentiellement pour remettre les enfants syriens à niveau que nous avons lancé ce projet afin de les préparer à intégrer des écoles publiques l'année prochaine, ou éventuellement à rentrer dans leurs écoles en Syrie», explique Romy Dargham, responsable du projet. «Notre seconde motivation était évidemment d'éloigner ces enfants de la misère», précise-t-elle.
Il y a un an, l'association Offre Joie avait déjà entrepris un projet d'alphabétisation pour aider quinze enfants syriens dans leurs études. «L'année dernière, nous avons remarqué que les élèves syriens étaient assoiffés d'apprendre», indique la responsable. «Quand le service JRS nous a proposé d'agrandir le projet, nous n'avons pas hésité une seconde», poursuit-elle. Après avoir rendu visite à des familles syriennes exilées dans la région afin de faire connaître le projet et ses objectifs, l'association Offre Joie a donc aménagé des salles de classe dans son centre à Kfifane pour commencer à accueillir les cent élèves inscrits, le 17 décembre dernier.
«Selon les directrices des écoles publiques que j'ai contactées, les élèves syriens s'isolent et se sentent souvent mis à l'écart par leurs camarades libanais», relève Mme Dargham. «Ici, ils n'ont aucun sentiment d'infériorité puisqu'ils sont tous dans la même situation. Cela leur permet d'avancer plus rapidement. Afin de leur éviter un dépaysement total, nous avons même fait appel à des mamans syriennes qui assistent les professeurs en surveillant les élèves pendant les récréations, pour donner une certaine référence syrienne aux enfants», indique la responsable du projet.
«Nous n'avons pas les moyens de mettre nos enfants dans les écoles publiques. Même en Syrie nous n'aurions pas eu le privilège de scolariser nos enfants sans payer un sou!» s'exclame Sama Assah, une maman venue aider les professeurs ce jour-là. «Dieu soit loué, les enfants, qui avaient été privés d'école pendant des mois, sont très contents ici!» ajoute-t-elle.

La remise à niveau
«Il y a une grande différence de niveau entre nos élèves et les élèves libanais, explique Philippe Yazbeck, directeur du centre d'Offre Joie. Cela est dû en partie aux systèmes éducatifs différents puisqu'en Syrie les matières principales se donnent généralement en arabe. Plus encore, pendant plus de deux ans, la guerre a privé ces enfants d'éducation, les empêchant d'être stimulés mentalement, ce qui a probablement ralenti leurs capacités à apprendre.»
Pour remédier à ces disparités, le service JRS a établi un programme éducatif qui s'étalera sur six mois, pour cinq classes de niveaux différents dans lesquelles les élèves ont été repartis selon leurs compétences, indépendamment de leur âge. Comme dans toutes les écoles classiques, ils ne sont épargnés ni des devoirs ni des si redoutables interrogations. Les cours sont assurés par douze professeurs employés par les associations selon leurs qualifications et leur esprit altruiste.
«Ici, on nous enseigne le français et l'anglais. Ce sont de belles langues que je n'étudiais pas en Syrie», raconte Ahmad, 14 ans, originaire de Hom el-Houla. Ainsi, pour intégrer des écoles publiques l'année prochaine, les élèves se doivent d'avoir un niveau acceptable en français ou en anglais. En cours de maths, la transition de l'arabe au français se fait doucement. Dans la classe de Jamila, 10 ans, les élèves récitent les chiffres de 1 à 15 après chaque opération d'addition qu'ils posent. Souvent, quand ils passent au tableau, par réflexe, ils écrivent les chiffres en arabe. «Dans les écoles publiques, les élèves syriens sont comme tombés du ciel. Ils ont du mal à suivre les cours à cause de leurs lacunes en français et en anglais», indique Romy Dargham.
Les élèves assistent également à des cours de sport, d'informatique et d'éducation à la paix.
«Le cours de "peace education", donné par une sociologue, remplace en quelque sorte les cours de catéchisme, explique Romy Dargham. Le but est d'enseigner aux élèves à accepter leurs concitoyens, quel que soit leur bord. À travers les jeux et les débats, ils apprennent à ne pas haïr leur prochain, malgré la mauvaise influence que leurs parents et leur entourage pourraient avoir sur leur façon de percevoir les autres.»

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