Thomas Samson/AFP
Disneyland Paris, étouffé depuis ses origines par une dette abyssale et ployant sous une crise qui a encore fait chuter sa fréquentation en 2014, va être renfloué à hauteur d'un milliard d'euros avec l'aide de sa maison mère américaine.
Objectif : retrouver de la trésorerie et une marge financière pour investir, l'innovation étant le nerf de la guerre pour attirer les clients.
Depuis sa création en 1992, Euro Disney a déjà connu des restructurations financières et des augmentations de capital en 1994 et 2004.
« Disneyland Paris est la première destination touristique en Europe, mais la dégradation de l'environnement économique et le poids de la dette du groupe ont fortement impacté ses recettes et sa liquidité », a expliqué Tom Wolber, le nouveau président d'Euro Disney, qui a pris ses fonctions mi-septembre.
Le plan, qui sera réalisé sur le premier semestre 2015, se traduira notamment par une injection d'argent frais de 420 millions d'euros en espèces par Disney, par la conversion en actions de 600 millions d'euros de dette détenue par la maison mère et par un report jusqu'à 2024 du remboursement des prêts en cours accordés par Disney, qui détient près de 40 % d'Euro Disney.
Ce plan devrait mener à une probable OPA par Disney, tenu par la réglementation d'en initier une étant donné le montage prévu.
Les actionnaires pourront participer à l'augmentation de capital au prix de souscription de 1 euro par action, et se voient aussi proposer de participer à la conversion de dette en actions au prix de 1,25 euro par action.
En septembre 2012, la maison mère américaine avait déjà volé au secours d'Euro Disney en refinançant sa dette avec un prêt de 1,3 milliard d'euros, qui avait permis à Disneyland Paris de se libérer de contraintes bancaires. La dette atteignait plus de 1,7 milliard d'euros fin septembre 2012.
Mais depuis lors, le royaume européen de Mickey a souffert de la conjoncture, alors même qu'il développait une nouvelle attraction phare, Ratatouille, qui a été inaugurée début juillet et a coûté au total quelque 200 millions d'euros.
Désaffection de la clientèle française
Ratatouille est « un succès, avec plus d'un million de visiteurs depuis son ouverture », a indiqué Euro Disney à l'AFP.
Disneyland a néanmoins perdu en 2014 entre 700 000 et 800 000 visiteurs, selon des chiffres provisoires, après avoir déjà enregistré un recul de 1,1 million d'entrées en 2013 : sur l'exercice 2014 (clos au 30 septembre), les deux parcs du site ont accueilli « entre 14,1 et 14,2 millions de visiteurs », loin du record de 16 millions enregistré en 2012 pour ses 20 ans d'existence.
La désaffection de cette année est imputable pour « plus de la moitié » à la clientèle française, a indiqué à l'AFP le directeur financier Mark Stead. « Mais les Belges ont reculé aussi, alors que les Britanniques, les Espagnols et les Italiens sont venus plus nombreux. »
Le chiffre d'affaires annuel a baissé « de 1 % à 3 % » pour finir entre 1,270 et 1,295 milliard d'euros. La perte nette consolidée (minoritaires compris) devrait être comprise entre 110 et 120 millions d'euros, contre 78 millions un an plus tôt, tandis que l'excédent brut d'exploitation (Ebitda) aura fondu de 16 à 23 %. Les chiffres définitifs seront publiés le 5 novembre.
La recapitalisation devrait permettre à Euro Disney d'améliorer sa situation de trésorerie d'environ 250 millions d'euros et de réduire de 750 millions son endettement, pour le ramener sous le milliard d'euros. « Avec les économies de charges d'intérêt, cela va nous faire économiser plus de 800 millions d'euros en dix ans », a dit Mark Stead.
« Pas d'incidence sociale »
Le plan pourrait en théorie aboutir à un retrait d'Euro Disney de la Bourse de Paris. « C'est une éventualité, mais ce n'est absolument pas l'intention ni la finalité de l'opération. C'est entre les mains des actionnaires », a déclaré Mark Stead à l'AFP.
Le plan a été présenté hier matin en comité d'entreprise et a reçu le soutien du conseil de surveillance.
Pour Patrick Maldidier, délégué Unsa au comité d'entreprise, les annonces d'hier « n'ont pas d'incidence sociale et c'est un soulagement pour les salariés ». La direction a toutefois prédit « encore deux ou trois années pénibles au niveau de la fréquentation », a-t-il dit.
Pour Didier Arino, président du cabinet Protourisme, « le problème d'Euro Disney est un problème de modèle économique, lié à leur dette et leurs investissements de départ ».
« À chaque fois, l'entreprise restructure et se retrouve au bord du gouffre 10 ans plus tard. Or elle ne peut pas gagner beaucoup plus d'argent » car la capacité maximale du parc est limitée et les prix ne peuvent pas augmenter indéfiniment, estime M. Arino. « Sur 22 exercices, ils ont gagné seulement 7 fois de l'argent. »


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