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Culture

Michel Basbous et sa forêt de sculptures au Beirut Exhibition Center

Exposition

Le Beirut Exhibition Center accueille entre ses murs, ainsi que dans les allées de son jardin de roseaux, quelques-unes des plus belles œuvres de Michel Basbous, l'un des sculpteurs fondamentaux de l'art moderne libanais.

20/09/2014

Tout le monde connaît ses Couples aux magnifiques enlacements; ses silhouettes filiformes, ses sculptures totémiques aux vertigineux élancements ou encore ses Barques phéniciennes qui prennent sous certains angles des allures de taureau enlevant Europe...Œuvres de pierre, de bois et d'émotion par excellence! Mais Michel Basbous, c'est aussi l'inlassable expérimentateur d'autres matières, textures et formes, notamment, à partir des années 70, l'aluminium coulé, le cuivre coulé, la résine, la récupération...
C'est cet esprit à la fois avant-gardiste et empreint d'une tendre sensualité, d'un souffle d'élévation que met en relief la grande exposition qui lui est consacrée au Beirut Exhibition Center (à l'initiative de la Fondation Basbous et de Solidere). Et qui, à travers une cinquantaine de pièces tirées de la collection familiale (celle de son fils Anachar) ainsi que de prêts de collections privées et publiques, revient sur les différentes périodes de l'artiste.


Ce n'est pas pour autant une rétrospective classiquement chronologique qu'offrent à voir le galeriste Saleh Barakat et le sculpteur Anachar Basbous, le duo de curateurs qui ont œuvré, de concert, avec l'architecte Pierre Hage-Boutros, pour créer une scénographie inédite et contemporaine. «Essentiellement inspirée de la verticalité de l'œuvre sculpturale de Michel Basbous» soutient Anachar, tandis que Saleh Barakat insiste aussi sur le désir de «respecter l'esprit de l'artiste à travers cette exposition qui donne envie aux visiteurs de poursuivre leur découverte du travail de Michel Basbous à Rachana, où ce dernier s'était installé au milieu des années 50, dans l'objectif de décentraliser l'art et d'y faire venir les gens».

 

 

Un « œil cultivé »
Une belle scénographie qui, délaissant les socles traditionnels, sculpte plutôt l'espace central du BEC au moyen de grandes verticales blanches qui le déterminent, le découpent de manière à jouer sur les effets visuels de chaque pièce exposée. Cadrant ainsi une courbe, ciselant un angle, mettant en relief un plan... De manière à ce que le visiteur, circulant dans cette «forêt de sculptures», en perçoive plus nettement les différentes facettes.
Sauf que, fidèle là aussi à l'esprit de Michel Basbous, l'exposition déborde l'enceinte des murs du Beirut Exhibition Center pour envahir l'esplanade extérieure et les allées du square de roseaux le jouxtant. Déployant à ciel ouvert – tout comme à Rachana! – quelques-unes de ses sculptures les plus éloquentes, comme ce totem de 4 mètres de hauteur en pierre bouchardée et cisaillée au burin au cours des années 50; cette emblématique barque phénicienne ou encore ce sublime couple de pierre jaune mêlant les inspirations étrusque, classique, cubique et visiblement intimistes.


«J'ai l'œil cultivé», répétait, paraît-il, le sculpteur, pour expliquer ses multiples sources d'inspiration... Toutes ces références visuelles, culturelles, historiques, spirituelles dans lesquelles Michel Basbous puisait l'essence de son art, la force de son expression, la diversité des formes qu'il traçait dans la pierre, le bois, mais aussi le bronze, l'aluminium, le cuivre coulé, la résine...
Si l'œil est inévitablement attiré par l'élégance sensuelle de ses silhouettes de couples, comme ces magnifiques amoureux enlacés de 2,20 m qui dominent l'espace intérieur, ou cette Danseuse en bois de 2 m de hauteur datée de 1955 (prêtée par le ministère de la Culture), c'est une composition abstraite, en bois, de 1971 (appartenant à la Banque du Liban) qui fait figure de pièce maîtresse dans le cadre de cette exposition. Et témoigne de l'avant-gardisme de Michel Basbous. «Lequel était convaincu que l'artiste voyait un peu plus loin que son public. Du coup, à chaque fois que ce dernier le rejoignait massivement, il allait chercher ailleurs, autre chose, s'essayait à des pratiques et des matières nouvelles», signalent, d'une même voix, les deux curateurs.

 

Sculpteur de « Radiateurs » et dessinateur...
Premier d'une lignée de sculpteurs libanais fondamentaux (avec ses frères Alfred et Youssef, et aujourd'hui son fils Anachar) qui firent de leur Rachana natal un musée à ciel ouvert, Michel Basbous (1921-1981) a réalisé sa toute première sculpture à 16 ans, en ciselant l'autel de l'église de son village. «Son goût pour la sculpture lui est venu des cierges fondant lors des messes qu'il servait auprès de son père, qui était prêtre. C'est peut-être de là qu'il a tiré les formes verticales et en obélisque qu'il affectionnait particulièrement» signale d'ailleurs son fils. Michel Basbous commence par étudier la sculpture à l'Académie libanaise des beaux-arts, avant d'obtenir une bourse du gouvernement libanais pour poursuivre sa formation à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Ses années parisiennes, de 1951 à 1954, seront décisives. Il frayera avec les pas encore célèbres César et Féraud, suivra les cours de l'atelier Zadkine à l'Académie de la Grande Chaumière et se libérera des formes classiques de sa période antérieure. «L'influence très importante de ces années-là est illustrée, au BEC, par une série de dessins au fusain de corps humains ainsi que par deux plâtres qui ont été fait là-bas» signale d'ailleurs Anachar.


Le retour à Beyrouth d'abord, où il commence par s'installer dans un atelier à Achrafieh pendant un an ou deux, puis l'installation définitive au milieu des années 50 à Rachana. Où, produisant d'une façon intense, il commence dès lors à placer ses sculptures aux quatre coins du village qu'il contribuera largement à transformer en musée à ciel ouvert. Mais aussi en centre d'art, en montant dès les années 60 le Festival de Rachana avec des artistes, des metteurs en scène (Antoine Moultaka notamment), des auteurs, des poètes...

 

Tout comme l'exposition présente également des œuvres de la période académique et figurative des années 40 à 50 et d'autres des années 70. Cette dernière période étant aussi d'une importance capitale car, parallèlement à la pierre, le marbre et le bois, il s'y essayera à un tas de nouvelles matières et expressions dont la fameuse série de Radiateurs, bas-reliefs réalisés en récupération de radiateurs de voitures entre 1974 et 1976. Cette dernière période sera aussi celle des expositions et de la reconnaissance internationales. Avec des œuvres présentées au musée d'Art moderne de Paris, ou au musée Hakone de sculptures en plein air au Japon, entre autres.

« Outre le fait qu'il ait, tout au long de sa vie, toujours essayé de se transcender artistiquement, d'expérimenter des matériaux, de développer un art authentique qui exprime, par sa texture, ses sujets, certaines facettes orientales, la société dans laquelle il vivait, l'importance de Michel Basbous tient aussi au fait qu'il a été l'un des premiers à créer une décentralisation artistique, en fondant, dès 1960, le Festival des arts, de la sculpture, du théâtre et de la poésie à Rachana. Auquel participaient, entre autres, Antoine Moultaka et aussi, en 1963, un certain Jack Lang...» souligne, admiratif, Saleh Barakat.


Signalons, par ailleurs, qu'à l'occasion de cette exposition, qui se tient jusqu'au 26 octobre, un bel ouvrage retraçant le parcours et l'œuvre de Michel Basbous vient d'être édité. Avec des textes et une mise en page respectivement signés Gregory Buchakjian et Bassam Kahwaji.

 

 

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