Didier Decoin lors d'un portrait réalisé en France. Lauréat du prix Goncourt en 1977, il est décédé le 5 août 2026 à l'âge de 81 ans. (Photo AFP)
Didier Decoin, écrivain, scénariste et ancien président de l’Académie Goncourt, est décédé mercredi à l’âge de 81 ans, après une vie entièrement vouée aux histoires, qu’il a racontées à travers ses romans, ses scénarios de cinéma et de télévision, mais aussi son engagement au service de la littérature. Fidèle du Liban, il s’était rendu à plusieurs reprises à Beyrouth et avait encore accordé, il y a quelques semaines, un entretien à L’Orient Littéraire.
Il est mort mercredi matin à l’hôpital de Villejuif, en région parisienne, « après s’être battu avec force et courage contre le cancer », a annoncé son fils, l’écrivain Julien Decoin, à l’AFP. La maladie ne l’avait pas éloigné de l’écriture. Passionné de littérature, de faits divers et d’Asie, il avait publié en avril dernier son ultime roman, Maypops, et continuait encore, il y a quelques jours, à lire les ouvrages de la rentrée littéraire. « Soit il lisait, soit il écrivait. C’était un formidable raconteur d’histoires », a résumé son fils.
Grand lecteur avant d’être écrivain, Didier Decoin défendait une lecture guidée avant tout par le plaisir. Invité du festival Beyrouth Livres en 2022, il confiait ainsi à L’Orient-Le Jour : « Ne lisez pas jusqu’à la fin un livre que vous n’avez pas aimé parce que… votre envie de vomir lui ferait du mal. »
Né le 13 mars 1945, Didier Decoin était le fils du cinéaste Henri Decoin, réalisateur de classiques du cinéma français comme La Vérité sur bébé Donge ou Razzia sur la chnouf. Journaliste à France-Soir à ses débuts, il publie son premier roman à seulement 20 ans, Le Procès de l’amour. Suivront une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels L’Enfant de la mer de Chine, Meurtre à l’anglaise, Madame Seyerling, Le Bureau des jardins et des étangs ou encore Maypops.
Sa carrière prend un tournant décisif en 1977 lorsqu’il reçoit le prix Goncourt pour John l’Enfer. Élu à l’Académie Goncourt en 1995, il en devient le président entre 2020 et 2024. Dans un hommage, l’institution a salué « un lecteur attentif et bienveillant » ainsi qu’« un camarade d’une humanité profonde », rappelant la « haute idée » qu’il se faisait « de la langue et de la littérature ».
Fasciné par les faits divers, Didier Decoin en a fait l’une des grandes matières de son œuvre. Plusieurs de ses romans s’en inspirent, à l’image de son dernier, Maypops, qui se déroule dans le sud ségrégationniste des États-Unis. Selon son fils, il cherchait avant tout « à réhabiliter les victimes d’injustices ou de manque d’amour ».
Cette passion l’avait conduit à publier en 2014 Le Dictionnaire amoureux des faits divers (Plon). À l’occasion de sa venue à Beyrouth pour présenter cet ouvrage, lors d’une rencontre animée par Fifi Abou Dib, il expliquait : « Le monde pullule de faits divers. » Des malles sanglantes aux crimes dans les trains, des suicides aux noyades mystérieuses, il racontait chacun de ces récits comme une nouvelle, convaincu qu’ils révélaient quelque chose de la nature humaine.
Très croyant, il avait également publié en 2009 Le Dictionnaire amoureux de la Bible.
Parallèlement à son œuvre romanesque, Didier Decoin s’est imposé comme l’un des scénaristes les plus prolifiques de sa génération. Au cinéma, il a collaboré notamment avec Marcel Carné (La Merveilleuse visite), Henri Verneuil (I… comme Icare) ou Lucas Belvaux (38 témoins). Pour la télévision, il signe de nombreux téléfilms et séries, dont la mini-série Le Comte de Monte-Cristo, récompensée par le Sept d’or du meilleur scénario en 1999.
Il a également dirigé la fiction de France 2 pendant trois ans et participé à la fondation de la Société civile des auteurs multimédia (Scam).

Un fidèle du Liban
Didier Decoin entretenait un lien ancien avec le Liban. En octobre 2012, il faisait partie de la délégation de l’Académie Goncourt venue au Salon du livre francophone de Beyrouth, aux côtés de Tahar Ben Jelloun, Pierre Assouline, Bernard Pivot, Régis Debray et de la présidente de l’académie, Edmonde Charles-Roux. Les académiciens présentaient alors leur déplacement comme « un acte de foi dans le Liban et dans le livre ».
Il était revenu en 2009 pour présenter son Dictionnaire amoureux de la Bible, puis en 2014 à l’occasion de la sortie du Dictionnaire amoureux des faits divers. En 2022, il retrouvait le public libanais dans le cadre du festival Beyrouth Livres, où il partageait sa vision libre et passionnée de la lecture.
Quelques semaines avant sa disparition, Didier Decoin s’était encore confié à L’Orient Littéraire à propos de Maypops. Interrogé par Joséphine Hobeika sur la puissance des mots et le mystère de l’écriture, il répondait : « C’est en tout cas ce que j’ai cherché… Ce que je cherche depuis toutes ces années où j’ai consacré ma vie à l’écriture. J’ai écrit la scène finale de Maypops sans trop savoir ce que je faisais. Mais il était évident que je ne pouvais pas abandonner mes personnages aux cruelles ténèbres où, par respect de la vérité, je les avais plongés. J’en ai mis des jours et des nuits à me demander comment finir ce livre ! D’habitude, je sais parfaitement comment je vais terminer. Mais pas cette fois. Là, j’attendais l’illumination. Eh bien, elle est arrivée brusquement, éblouissante, emportant tous mes doutes sur son passage. »
Ces mots résonnent aujourd’hui comme le testament littéraire d’un écrivain qui n’aura jamais cessé de croire au pouvoir des histoires.
Passionné de navigation et président des Écrivains de marine, Didier Decoin sera inhumé à Auderville, au cap de La Hague, en Normandie, « face à la mer qu’il aimait tant », selon son fils. Il laisse derrière lui son épouse et leurs trois enfants.

