Nishikori avait la mine déconfite après sa défaite inattendue face à Cilic. Pourtant, le Japonais a tout donné dans cette finale, mais il faut souligner qu’il s’était fait opérer d’un kyste à l’intérieur du pied le 4 août, soit trois semaines à peine avant le début d’un tournoi qui l’aura vu éliminer Milos Raonic, Stan Wawrinka et surtout Novak Djokovic. Al Bello/AFP
Auteur de 17 aces et de 38 points gagnants, Cilic a totalement maîtrisé la partie. Il succède à Rafael Nadal et rejoint son entraîneur et compatriote Goran Ivanisevic, seul Croate lauréat d'un Majeur. Il a même fait mieux que ce dernier. Goran Ivanisevic avait dû attendre sa quatrième finale de grand chelem (à Wimbledon en 2001) pour inscrire enfin son nom au palmarès d'un Majeur. Décomplexé depuis sa victoire sur Gilles Simon (n° 26) en 8e de finale alors qu'il s'était incliné – également en cinq sets – contre sa bête noire française à Melbourne, Cilic a accéléré la cadence ensuite en pulvérisant Tomas Berdych (n° 6) et en matant Roger Federer (n° 2) avant sa première grande finale.
Nouvelle dimension
Le grand Slave (1,98 m) a fait claquer les premières balles (avec un jeu blanc incroyable à quatre aces pour mener 4-2 au deuxième set ! ) qui ont écœuré un Nishikori assez loin de son niveau des tours précédents (30 fautes directes, 19 coups gagnants). Serein, pas impressionné par l'événement, le numéro 16 mondial a fracassé la cuirasse nippone en réussissant de nombreux coups gagnants (38 au total, 17 aces). Comme Pete Sampras (contre Andre Agassi en 1990, Stefan Edberg (face à Jim Courier en 1991) ou Roger Federer (devant Lleyton Hewitt en 2004), Marin Cilic a fait preuve d'une assurance et d'une autorité sur le court dignes des plus grands. La confiance acquise durant cette quinzaine à Flushing l'a vraiment fait changer de dimension (il sera d'ailleurs 9e au classement ATP dès aujourd'hui). Cette finale semble marquer une rupture après dix années de domination sans partage du « Big Four » : pour la première fois depuis l'Open d'Australie 2005, Federer, Djokovic, Nadal ou Murray n'étaient pas en lice dans une finale de grand chelem. Il s'agit seulement du quatrième titre qui échappe au « Big Four » sur les 40 derniers tournois du grand chelem disputés, dont deux en 2014, l'Open d'Australie enlevé par Stan Wawrinka et l'US Open par Cilic. Cilic compte désormais à son palmarès douze titres : avant son sacre new-yorkais, le Croate, suspendu quatre mois pour dopage en 2013, avait pour titre le plus prestigieux sa victoire au Queen's, un tournoi ATP 250, en 2012.
Le Japonais trop mou
Vainqueur de cinq de leurs sept confrontations avant cette finale, Nishikori se procurait une balle de break d'entrée à 30-40. Cilic la sauvait d'une magnifique attaque de coup droit qui prenait la ligne avant de remporter les deux points suivants (1-0). Malgré cette alerte initiale, le Croate effectuait la course en tête grâce à son service puissant (2-1 puis 3-2 avec deux jeux blancs consécutifs). Dans le jeu suivant, le protégé de Goran Ivanisevic obtenait trois balles de break à 0-40. Le Japonais annihilait les deux premières sur deux bons services travaillés, mais il était ensuite poussé à la faute par son rival qui faisait le trou (4-2 puis 5-2).
Trop attentiste, pas assez entreprenant après les deux premiers jeux du match, Nishikori subissait le jeu offensif de son rival. Et quand il se trouvait en bonne position pour conclure, il encaissait quelques fulgurants contres. Cilic concluait la manche sans coup férir sur une ultime attaque de coup droit et un jeu blanc (6-3 en 33 minutes).
Cilic trop puissant
Cilic poursuivait sur sa lancée en début de deuxième acte, se procurant trois balles de break à 1-1, 0-40. Nishikori réussissait à les sauver en faisant preuve d'audace, mais le Croate bénéficiait d'une nouvelle faute de revers adverse pour prendre tout de même l'engagement de son rival à la quatrième tentative. Dans la foulée, il sauvait deux balles de break (coup droit gagnant, ace extérieur ligne) pour confirmer son avantage (3-1). Quelques minutes plus tard, après un jeu à quatre aces symbolisant la difficulté de Nishikori à exister, l'enfant de Medugorje a refait le break pour se détacher irrésistiblement (5-2) au grand dam d'un public plutôt acquis à la cause du joueur asiatique. Le Nippon, qu'on croyait sonné, n'abdiquait pas et reprenait un des deux services de retard en profitant de quelques cadeaux, mais il ne pouvait rien au jeu suivant après une nouvelle attaque de coup droit sur la ligne (6-3, 6-3 après 1h10).
La force tranquille
L'entame de troisième set voyait Cilic souffrir pour gagner sa mise en jeu. Patron sur le court, il s'en sortait quand même pour mener 1-0. Comme un symbole, les jeux serrés tournaient presque toujours en sa faveur. Cilic s'emparait de nouveau du service adverse pour mener 3-1 avec au passage un splendide lob de coup droit. L'impression de fluidité qu'il dégageait à ce moment du match, tant au service que dans l'échange, rappelait un peu le Del Potro de 2009, lauréat de l'épreuve après des succès sur Nadal et Federer. Le score enflait rapidement (4-1). À 4-2, 15-40, le Croate était contraint d'annuler deux balles de break.
Nishikori gâchait le coche sur la première, un retour trop long sur seconde balle, avant un gros service de Cilic. Le Japonais en bénéficiait d'une troisième dans la foulée mais il ratait son retour. Cilic gagnait les deux points suivants : une amortie qui flirtait avec la bande du filet avant de retomber du bon côté, puis un revers long de ligne magistral qui clouait sur place son rival accablé (5-2). Le Croate achevait sa besogne quelques instants plus tard sur un dernier revers croisé imparable (6-3, 6-3, 6-3) avant de s'affaler de tout son long sur le court, heureux comme un gosse, tandis que Goran Ivanisevic criait sa joie les bras levés dans les tribunes.
Avant ce lundi de septembre 2014, jamais la tête de série numéro 14 ne s'était imposée dans l'histoire des tournois du grand chelem. Marin Cilic a vaincu le signe indien de la plus belle des manières. Un futur grand champion est peut-être né.
Un homme de records
Vainqueur de l'US Open après avoir balayé Nishikori en finale, Marin Cilic a décroché son premier Majeur à 25 ans. Il est le 8e joueur en activité à compter un grand chelem à son palmarès.
Le triomphe américain du Croate de 25 ans est une véritable surprise, encore plus à l'ère du Big Four. Si le talent du vainqueur de Roland Garros juniors en 2005 était reconnu de tous, l'élève de Goran Ivanisevic n'était jusqu'alors pas parvenu à le faire fructifier pleinement sur le grand circuit. C'est désormais chose faite, et cela fait beaucoup de records d'un coup pour un seul homme.
Voici les principaux chiffres relatifs au sacre de Cilic :
Zéro : avant sa folle quinzaine à New York, Marin Cilic n'avait jamais atteint une finale en grand chelem, ni même en Masters 1000. Il n'avait jamais remporté un tournoi ATP 500 et six de ses 11 titres (exclusivement ATP 250) avaient été gagnés à Zagreb (4) ou à Chennai (2), à chaque fois en début de saison (janvier et février).
1 : Marin Cilic est le premier vainqueur de l'US Open hors du top 10 (16e) depuis Pete Sampras, 17e mondial en 2002.
1 (bis) : le Croate est le premier vainqueur d'un grand chelem hors top 10 depuis Gaston Gaudio (44e), miraculé contre Guillermo Coria à Roland Garros en 2004.
1 (ter) : il est le premier Croate à gagner un grand chelem depuis son coach Goran Ivanisevic (Wimbledon 2001).
1 (quater) : Cilic-Nishikori, c'était la première finale entre deux débutants à ce niveau depuis Roland Garros 2005 (Rafael Nadal-Mariano Puerta).
4 : lors de ce US Open, Marin Cilic a gagné ses 4 derniers matches contre des joueurs contre qui il était mené dans leurs affrontements : Gilles Simon (0-4), Tomas Berdych (3-5), Roger Federer (0-5) et Kei Nishikori (2-5).
5 : l'élève de Goran Ivanisevic est le 5e joueur dans l'ère Open à gagner son première grand chelem sans perdre un set lors de ses trois derniers tours (quart, demi-finale, finale), le premier depuis Roger Federer en 2003 (Wimbledon).
8 : Marin Cilic est le 8e joueur en activité à compter un titre du grand chelem à son palmarès.
13 : le Croate est le 13e joueur de l'ère Open à remporter son premier titre du grand chelem à l'US Open.
14 : Marin Cilic est la première tête de série n°14 à gagner un Majeur dans l'ère Open (depuis 1968).
114 : la finale 2014 masculine est la plus courte (en minutes) à l'US Open depuis 2008 et la victoire expéditive de Roger Federer contre Andy Murray (111 minutes).
198 : Marin Cilic est devenu le plus grand vainqueur (en taille) d'un grand chelem, à égalité avec l'Argentin Juan Martin Del Potro (US Open 2009), qui culmine lui aussi à 1,98m.
300 : en décrochant son troisième titre de la saison (record pour lui), le Croate a gagné son 300e match en carrière.
2003 : c'est la dernière année lors de laquelle deux joueurs différents (ou plus) ont gagné leur premier Majeur : il s'agissait de Juan Carlos Ferrero (Roland Garros), Roger Federer (Wimbledon) et Andy Roddick (US Open). Cette année, avant Marin Cilic, Stan Wawrinka avait débloqué son compteur à l'Open d'Australie. Par ailleurs, c'est la seconde fois en trois ans que les vainqueurs des quatre Majeurs sont tous différents (dans l'ordre, en 2014 : Wawrinka, Nadal, Djokovic et Cilic).
2005 : Cilic-Nishikori, c'était la première finale de grand chelem sans le Big Four (Djokovic, Nadal, Federer, Murray) depuis l'Open d'Australie 2005 (Hewitt-Safin). C'est seulement la 3e fois sur les 39 derniers Majeurs qu'un vainqueur n'appartient pas au Big Four, après Del Potro en 2009 (US Open) et Stan Wawrinka en janvier (Open d'Australie).
Nouvelle dimensionLe grand Slave (1,98 m) a fait claquer les premières balles (avec un jeu blanc incroyable à quatre aces...


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