Le mal-être de la jeunesse libanaise : une émancipation manquée

Des jeunes des milieux ruraux « conscients de ne pas être libres »

08/09/2014

Leila, 26 ans, originaire du Chouf, a « besoin de sortir le soir ». Un besoin à défaut de loisirs, reconnaît la jeune femme, habitant Beyrouth. Mais elle met l'accent surtout sur cette quête personnelle qui nourrit ce besoin, la quête d'un « sentiment instantané, d'un contact humain, d'un moment d'intrigue ». Même si ses trouvailles sont souvent en deçà de ses attentes, elle demeure à l'affût de toute « connexion, qui lui permettrait d'être reconnue dans ses qualités ». Bien qu'elle critique « les attitudes superficielles, intolérantes, coincées des Libanais qui jugent les autres », elle a su trouver les lieux et les gens qui lui ressemblent. Bénéficiant d'un « emploi sûr », elle vit toujours chez ses parents. Dans la frénésie de ses soirées, pointe une envie « de fuir le domicile, de m'échapper ». Toutefois, malgré son profil de femme libérée, Leila ne l'est pas entièrement. Interrogée sur sa liberté sexuelle, elle répond n'être libérée que « moralement, mais pas physiquement ». Les raisons de son choix sont surtout liées à son environnement familial et religieux. Cela ne l'empêche pas de se dire libre d'esprit. « Je questionne tout, constamment. Je lutte parfois contre des préjugés que je pourrais émettre, et le jour où je rencontrerai l'amour, je ne lui donnerai pas ma virginité, je la partagerai avec lui, affirme-t-elle. Je ne suis pas libre vraiment, mais j'en suis consciente et je fais de mon mieux pour me libérer », conclut-elle.


Roger, 32 ans, originaire de Jezzine, a des passages réguliers à Beyrouth. Il est parfois accompagné d'un ami proche, Rabih, 33 ans, ancien soldat, vivant dans la Békaa. Ils sont tous les deux imprégnés du conservatisme de leurs villages respectifs. Mais leurs rapports à ces traditions sont différents. Dans un coin d'un pub de Gemmayzé, ils sont assis en observateurs. Loin d'eux toute intention de séduire, disent-ils. Rabih est en effet fiancé à une Syrienne, étudiante en pharmacie, qu'il a connue sur un site de rencontre. « Je ne l'ai vue que trois fois en deux ans, elle a l'éducation et la culture que je n'ai pas, mais elle me reste fidèle. Elle s'attache à nos fiançailles, malgré ma situation actuelle de chômeur, et malgré l'impossibilité pour elle de me rendre visite », affirme Rabih. Il comprend les mœurs villageoises, contre lesquelles il ne ressent aucun besoin de s'insurger.


Pour Roger, son ami et sa fiancée forment le modèle de l'émancipation. Il révèle en effet avoir été
« abandonné » par sa partenaire de quatre ans, dès que son commerce a coulé. Depuis deux ans déjà, il se reconstruit. Il a trouvé un nouveau travail, « plus ou moins bien rémunéré ». Mais au niveau sentimental, il vit un véritable dilemme. « La femme que j'aimerais épouser ne conviendrait pas à mes parents, et celle qu'ils souhaiteraient que j'épouse ne me plairait pas, déplore-t-il. Je ne peux pas me permettre d'épouser une femme que les 600 habitants de mon village traiteraient de pute en la pointant du doigt », ajoute-t-il. Mais alors, pourquoi ne pas s'éloigner de l'environnement familial ? « Je ne peux pas voyager actuellement », répond-il, acceptant d'avance le chemin tracé devant lui, qu'il conteste pourtant.
C'est l'exemple typique de l'angoisse de se libérer, expliqué par le psychanalyste Chawki Azouri.

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