Pas de négociation, pas d'échanges de prisonniers, du moins pas en face à face ; mais, en revanche, discret recours à des instances étatiques étrangères (en l'occurrence, le trouble émirat de Qatar) pour tenter de récupérer les soldats et gendarmes pris en otage par les jihadistes durant la bataille de Ersal.
Touchante de circonspection, et néanmoins commandée par une situation en tout point exceptionnelle, est la formule qui a fait l'unanimité, jeudi, au sein d'un gouvernement libanais qui, par nature et définition, est divisé sur tout : en particulier sur les causes réelles de l'irruption, sur le sol national, de ces Huns des temps modernes assoiffés de sang. Pour les uns, comme on sait, c'est l'engagement actif dans le conflit de Syrie, unilatéralement décidé par le Hezbollah, qui a fait office de visa d'entrée et de séjour gracieusement offert aux sinistres touristes de Daech, al-Nosra et consorts. Pour les autres, au contraire, ces hordes fanatisées camperaient déjà en divers points du territoire, et non dans la seule localité frontalière de Ersal, n'était la providentielle (la divine ?) initiative de la milice chiite.
Dans ces conditions, et pour passablement ambiguë qu'elle fût, la position officielle était sans doute la seule possible. Mais ce tour de force sémantique ne suffit guère pour occulter la persistance d'un problème qui après avoir exacerbé les rapports intersectaires au sein du pouvoir menace maintenant de mettre en question le prestige, sinon la compétence, de l'institution militaire. Plus grave encore, c'est au niveau de la population que se font sentir les effets de ces deux venins, instillés à profusion dans le corps libanais, que sont la propagande des terroristes et la basse surenchère à laquelle se livrent plus d'une fraction locale.
Les assassins ont semé l'effroi aux quatre coins de la planète en inondant les réseaux sociaux de barbares scènes de décapitations et de liquidations en masse de prisonniers de guerre. À l'aide d'odieux clips montrant les fiévreux appels de leurs otages préalablement triés en base de leurs appartenances religieuses, ce sont les communautés libanaises qu'ils jouent diaboliquement, maintenant, les unes contre les autres. Et si une aussi grossière manœuvre est susceptible de porter des fruits, c'est en raison des outrances que renferme un discours politique souvent irresponsable. Ainsi, c'est avec force effets de manche, et en brandissant la (très relative pourtant) dignité de l'État, que d'aucuns excluent toute sorte de marché avec les terroristes, même si cela devait se solder par l'exécution des otages ; après tout, ne craignent pas d'ajouter certains, ce sont là les risques du métier. Ce sont ceux-là mêmes pourtant, rappelle-t-on en face, qui, dans le passé, ont littéralement remué ciel et terre afin que soit négocié, par de hauts responsables sécuritaires, la libération de leurs ouailles chiites capturées par les rebelles syriens.
À ce pernicieux chassé-croisé s'ajoute en ce moment la pression de la rue, animée par les familles des otages. Hier, celles-ci refusaient de rencontrer le comité ministériel chargé de l'affaire, maintenant par contre leur menace de recourir à l'escalade. Oubliée, Dieu soit loué, la pathétique boutade par laquelle elles exigeaient que les membres du gouvernement soient échangés en vrac contre les captifs. Est-il sûr d'ailleurs que le troc avait quelque chance de séduire les ravisseurs ?
Issa GORAIEB
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L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef