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Liban

Le cabinet Salam rejette l’option d’un échange des militaires contre les détenus islamistes

Exécutif

« Le Premier ministre a entamé des contacts secrets avec des pays qui pourraient avoir la capacité de libérer les militaires pris en otage par les groupes terroristes », a annoncé le ministre Jreige au terme d'une réunion du Conseil des ministres qui a duré six heures .

B.M. | OLJ
05/09/2014

Une réunion très délicate du Conseil des ministres s'est tenue hier, à l'ombre des menaces grandissantes de Daech et du Front al-Nosra, qui détiennent toujours une trentaine de militaires libanais, sur fond de manifestations et d'escalade de la part des familles des otages. Une réunion d'autant plus délicate que de nombreux ministres du cabinet Salam ont récemment adopté des positions très discordantes à ce sujet, laissant croire que l'exécutif, seul pouvoir toujours dûment actif au sein de l'État, n'a pas encore élaboré de stratégie unifiée pour résoudre l'affaire qui constitue un véritable test pour la cohésion gouvernementale.
Des sources politiques autorisées ont en effet souligné hier à l'agence al-Markaziya la nécessité pour le gouvernement de définir au cours de sa réunion une position unifiée sur ce plan, afin de couper court à toutes les tentatives des ravisseurs de semer la discorde entre les Libanais, notamment en jouant sur le diapason confessionnel et en ségréguant les militaires pris en otage en fonction de leurs appartenances communautaires.


Heureusement, toutefois, les ministres du cabinet Salam étaient apparemment conscients du danger et ont pu s'entendre sur une position unifiée, alors que les parents des otages les huaient devant le Grand Sérail pour les pousser à accepter l'échange des militaires avec des islamistes détenus, notamment, dans la prison de Roumieh. « Les ministres ont souligné à l'unanimité l'importance d'adopter une position unifiée au sein du gouvernement pour que les contacts établis en vue de libérer les militaires portent leurs fruits, a ainsi assuré le ministre de l'Information, Ramzi Jreige, à l'issue de la réunion. Le cabinet, unanime, a estimé que la sécurité des otages militaires ne peut faire l'objet d'un compromis ou d'un échange car l'État fera face férocement à tout ce qui menace leur vie », a dit le ministre, ajoutant que « cette affaire pourrait faire l'objet de négociations à travers des canaux internationaux et le Premier ministre Tammam Salam a entamé des communications secrètes avec des pays qui pourraient avoir la capacité de libérer les militaires pris en otage par les groupes terroristes ». « L'État et les citoyens doivent être unis dans ce combat et ne doivent pas devenir des adversaires », a-t-il poursuivi, éliminant définitivement le scénario d'un échange des militaires contres des islamistes.

 

(Lire aussi : L'avertissement des parents des militaires enlevés : 24 heures pour régler le dossier, sinon, gare à la discorde )

 

« Les familles n'ont pas leur mot à dire... »
La réunion du Conseil des ministres avait été amorcée par une minute de silence en hommage à l'ancien ministre Farid Raphaël et au soldat Ali Sayyed, avant que les ministres se penchent sur la situation sécuritaire à Ersal. « Il faut prendre en considération les endurances des familles des soldats », a souligné M. Salam en début de réunion, dénonçant la couverture médiatique qui a suscité de vives réactions en ce qui concerne ce dossier et « qui a compliqué davantage les choses ». La réunion a ensuite été marquée par une discussion entre les ministres.


« Nous étions tous conscients de la nécessité de dégager une position unifiée à ce sujet pour empêcher que Daech ne puisse profiter d'une divergence de points de vue entre les Libanais, a assuré en soirée le ministre Michel Pharaon à L'Orient-Le Jour. Nous ne cherchons pas à nous opposer aux parents des otages, mais les ravisseurs tentent de semer la zizanie et les familles des otages doivent comprendre que l'échange des militaires contre des islamistes détenus est inconcevable. » Et d'ajouter : « Les familles n'ont franchement pas leur mot à dire dans cette histoire car c'est une affaire d'État liée à sa sécurité. Les familles des otages turcs en Irak ont laissé l'État traiter cette affaire et ne se sont pas exprimées. Au Liban, elles devraient faire de même, surtout que ces otages sont bien des militaires, et non pas des civils. Les ministres sont tous d'accord sur ce point. »


À l'issue de la réunion, qui a duré plus de six heures, le ministre Jreige a par ailleurs annoncé que le gouvernement a chargé une commission présidée par le Premier ministre du dossier des otages et de la situation à Ersal et ses environs. Le cabinet a également appelé l'armée et les forces de sécurité à prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir le calme dans la région, libérer les militaires et poursuivre les contacts nécessaires avec les pays qui pourraient influencer de manière positive le processus de libération des otages, et ce conformément aux lois en vigueur. « M. Salam a en outre demandé aux médias d'adopter la rigueur et l'objectivité dans leur couverture médiatique afin de préserver la paix civile et d'empêcher que les médias soient des tribunes au service des terroristes. Le Conseil a décidé de charger le ministre de l'Information de prendre les mesures adéquates à l'encontre des contrevenants », a conclu le ministre Jreige.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"POSITION" FERME ET BONNE, ENFIN !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L'AUTRE OPTION ?

Michel Fayad

Si les enfants des ministres étaient menacés de décapitation, ils auraient fait libérer tous les détenus au Liban et au Moyen-Orient pour les sauver, mais ces soldats sont les fils de paysans, de bergers, de moukhtars, donc ils n'ont pas de valeur aux yeux de ces messieurs. Faites attention! Le peuple Libanais sait très bien celà et saura de qui se venger si ses enfants sont laissés aux loups.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET ? NOMMEZ LES AUTRES ALTERNATIVES POUR CALMER LES PARENTS QUI SE DEMANDENT SI CERTAINS LIBANAIS SONT BZEÏT ET D'AUTRES BZIBDÉ !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

C'EST CE QU'IL "RACONTE" !

Tony BASSILA

Il me semble que la seule porte de sortie qui assurerait la libération de tous les otages, serait le retour de tous les combattants du Hezbollah de Syrie où leur participation active aux combats est à l'origine de tant de problèmes pour notre pays. Hélas la volonté politique n'existe pas au sein du gouvernement libanais d'exiger solennellement le retour du Hezb au Liban.

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