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Culture

Les souvenirs tiennent à un solide fil avec Chiharu Shiota

Installation

« Que reste-t-il de nos amours , que reste-t-il de nos beaux jours, une vieille photo, des billets doux. » Une tendre nostalgie à la Charles Trenet, ressentie plus dramatiquement par une artiste japonaise.

04/09/2014

Elle se nomme Chiharu Shiota et, à l'instar du célèbre artiste chinois Ai Weiwei, elle représentera le Japon, l'an prochain, à la 56e Biennale de Venise dans la section d'art moderne «Perspectives». Actuellement, elle expose à la Sackler Gallery of Art à Washington une spectaculaire installation qui visualise un travail de mémoire. Pour que les souvenirs ne disparaissent pas, elle les a solidement attachés avec des cordelettes rouges qui se retrouvent à un même point élevé et dessinent ainsi un faisceau carminé éclatant.
Quels sont ces souvenirs? Des chaussures et des notes écrites, laissées par des personnes disparues, soit emportées par la mort, soit séparées d'êtres chers pour différentes raisons (rupture de relations, départ définitif vers d'autres cieux, etc.). Elle explique son processus: «Quand les personnes ne sont plus là, leur existence l'est toujours et tout ce qui leur appartient reste imprégné de leur esprit.»
Ce ne sont donc plus des objets inanimés car cette artiste, qui leur redonne un sens, fait revivre les choses les plus familières. Et en fait une œuvre d'art. Elle a ainsi collecté 400 paires de chaussures n'ayant plus d'usage : des sandales, des espadrilles, des bottes, des stilettos, des chaussures orthopédiques, des escarpins en satin pour tenue de mariée et autres souliers vernis pour grandes occasions. De même que des notes écrites, mises de côté après être lues.

Ces chaussures que l'on laisse derrière soi
«En les regardant, dit-elle, je retrouve l'aura de leurs propriétaires.» Pour que le tout n'aille pas à vau-l'eau, elle a choisi de les retenir par des cordelettes rouges (il lui en a fallu 6000 mètres). Pour elle, ce matériau «peut se tendre, se détendre, connecter, s'embrouiller ou se rompre, à l'exemple d'une relation humaine». De plus, cela lui permet de tracer des dessins dans l'espace. À l'aide de ces fils «rouges, comme le sang de la vie».
Et pourquoi les chaussures? Parce qu'elles sont devenues le lien avec son pays natal, le Japon, qu'elle avait quitté pour s'installer en Allemagne. Quand elle y retourne, après trois ans d'absence, elle a «cette sensation de quelque chose de différent. C'est comme mettre sa vieille paire de chaussures favorite. La taille n'a pas changé, mais on n'y est pas à l'aise». Comme tout ce qu'on laisse derrière soi.
Née à Osaka en 1972, l'artiste vit et travaille à Berlin depuis 1996. Détentrice de plusieurs distinctions dans son pays et ailleurs, elle a de suite acquis une grande renommée. Elle «installe», notamment, «Labyrinthe de la mémoire», «Infini», «Après le rêve», «Dialogue avec l'absence» (France), « Maison » (Bruxelles), «Une longue journée» (Suisse), «L'Attente» (États-Unis ), «L'Eau fleurissante» (Japon), «Le Chemin du silence» (Allemagne), «Durant le sommeil » (Autriche).
Chiharu Shiota a toujours été fascinée par l'exploration des labyrinthes de la mémoire. Elle s'y fraye un chemin à travers une compilation d'objets dont les gens se débarrassent et qu'elle utilise pour ses œuvres. Elle transforme, entre autres, 2000 cadres de fenêtres en une espèce de tour de Babel. Enfant, elle avait été frappée par les restes calcifiés d'un piano détruit lors d'un incendie. Pour elle, l'image d'un objet ayant perdu son rôle. Elle a reproduit cet effet en 2002 pour une installation à Stuttgart: elle a brûlé un piano centenaire cassé et l'a recouvert d'un jeu de fils.
Actuellement, elle est à la recherche de vieilles clés inutilisables pour constituer son installation à Venise, l'an prochain. Elle en a déjà rassemblé 10000 des 50000 qui lui sont nécessaires. Si vous avez une clé en main, vous avez de la chance. «Les accès sont à vous.»

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