Tant que les intérêts géostratégiques aux quatre coins du globe priment, les peuples des régions objet de ses négociations n'auront pas toujours l'entière liberté de leurs actions et encore moins la pleine souveraineté nationale. Ils risqueront souvent de rester embrigadés s'ils venaient à s'opposer aux régimes en place, et quelquefois de mourir dans l'indifférence et l'indignité. Leurs femmes et leurs enfants seront des otages potentiels de la violence et de la «chair à canon» jusqu'à la réalisation des objectifs poursuivis. L'homme et la Charte des Nations unies, censée défendre les droits sacrés les plus élémentaires des peuples et des citoyens, seront constamment bafoués.
Mais, en fait, quelles alliances justifient à elles seules le droit unilatéral et exclusif que s'arrogent certains décideurs, pour transformer la géographie et l'histoire de toute une région du monde et pousser par des «guerres provoquées» le transfert de populations entières? Bien qu'établies depuis des générations dans des lieux où elles avaient déployé des efforts énormes et fait de grands sacrifices pour construire leurs vies, leurs terres, leurs religions, leurs traditions et leurs civilisations, elles se trouvent subitement sauvagement démunies et chassées...! Vers quels rivages s'achemine donc l'humanité dans sa course effrénée, gangrenée par des armes de plus en plus sophistiquées et des intérêts économiques et militaires toujours plus dévastateurs et plus illimités?
Depuis 1948, l'Orient subit systématiquement sur tous ses fronts un chapelet de guerres impitoyables, occasionnant une hémorragie permanente, des morts et des bouleversements irréversibles au niveau des États et des peuples de la région. Une entreprise froidement menée, sans état d'âme et à laquelle ont adhéré, directement ou par leurs silences, les grandes nations occidentales, malgré le fait qu'elles se sont toujours érigées en conscience morale du monde.
Au-delà de l'amertume et de la révolte morale face à cet état des lieux, que peut-on retenir de cette longue démarche assassine?
Dans la forme:
1 - Tout d'abord que seuls les intérêts stratégiques et économiques des nations comptent, la démocratie n'existe que pour amener les peuples à justifier la défense et l'implantation des choix entrepris.
2 - Les peuples, quant à eux, doivent savoir s'y adapter ou s'expatrier, sans quoi ils vivront dans la misère où finiront dans les prisons.
3 - Les grands équilibres prônés et encouragés au sein des nations consistent à pousser les dirigeants de ces dernières à gérer leurs États en fonction des réalités géostratégiques qui leur sont imposées, sans quoi d'autres régimes leur seront substitués. Toute la pyramide institutionnelle nationale devra s'y conformer.
4 - Quand les décideurs constateront que les excès occasionnés par leurs politiques ont dérapé, ils veilleront à faire miroiter au niveau populaire de nouveaux rêves de démocratie, des révolutions contrôlées seront à nouveau entreprises. Largement médiatisés, ces mouvements entretiendront des illusions de changement, pendant que les engagements géostratégiques fondamentaux continueront à être appliqués malgré et peut-être grâce à un chaos savamment entretenu.
5 - Cette procédure a parfaitement fonctionné et a porté ses fruits. Il suffit d'observer l'évolution des États arabes depuis 1948 à ce jour et celle d'Israël.
Dans le fond:
1 - L'établissement d'un plan concerté et son application pour garantir l'implantation définitive d'Israël au Moyen-Orient, sa perduration, sa sécurisation et son épanouissement socio-économique à long terme, malgré un environnement en principe hostile à sa présence, sont l'illustration évidente et objective d'un défi historique unique et d'une réussite partiellement accomplie.
2 - L'effondrement orchestré et progressif des structures étatiques du monde arabe, le renforcement des références confessionnelles et religieuses dans la gouvernance desdites nations, plutôt que l'évolution vers des schèmes occidentaux de gouvernance laïque, citoyenne et civile.
3 - L'adoption récemment par Israël d'un statut d'État exclusivement juif, après avoir été à sa création laïc et socialiste, au même titre que le type de gouvernance adoptée dans la majorité des pays du monde arabe.
Deux conséquences en
découleront :
– La consolidation d'Israël en tant que foyer des juifs du monde.
– Le rejet définitif du droit de retour des Palestiniens, stipulé par les décisions de l'Onu nos 191 et 194.
4 - La réorganisation des frontières internes et internationales d'Israël, en fonction de sa propre réévaluation de la géographie du futur État indépendant de Palestine et de sa vision corrigée du statut à venir de Jérusalem.
5 - Une réorganisation stratégique de l'espace géopolitique du Proche et du Moyen-Orient, où sunnites, chiites et Israéliens devront cohabiter et où les chrétiens seront progressivement écartés, soit assassinés, soit renvoyés sauvagement de chez eux, soit implantés sous d'autres cieux, et ce, conformément à un programme régional depuis longtemps planifié et systématiquement exécuté.
Il faut espérer que le Liban, par sa formule constitutionnelle de 1943, survivra à ce large et néanmoins dramatique melting pot, maintiendra son unité politique et territoriale et apportera, grâce à sa vocation de terre message et laboratoire des religions et des civilisations, un meilleur équilibre au sein de cet Orient en voie de « restructuration » après le démembrement qu'il subit depuis plusieurs décades. Mais aussi faut-il que l'état d'esprit qui prévaut sur la scène politique interne, les divisions profondes qui bloquent l'État et les institutions s'arrêtent impérativement! L'absence d'une vision nationale claire et solidaire au niveau de tous les politiques libanais risque d'entraîner irrémédiablement la dilution de fait de l'entité libanaise et un effritement de son modèle constitutionnel unique dans le monde arabe. L'histoire ne saurait certainement pas être tendre à l'égard de tous ses dirigeants qui auront jeté le Liban dans les oubliettes pour satisfaire leurs seuls intérêts personnels. Il est évident que la société civile et les citoyens de ce pays ont eux aussi une responsabilité essentielle dans cette démarche. Ils se doivent de dépersonnaliser le pouvoir politique et de l'autorité de l'État et s'atteler à défendre des idées et non les intérêts de leurs chefs, au détriment de ceux supérieurs de la République.
Nous ne prolongerons pas davantage cette longue liste des tenants et aboutissants qui ont entraîné l'évolution régionale vers ce chemin chaotique, où le sang et les larmes se mêlent pour reconstruire un hypothétique Orient. Un Occident profondément affaibli par ses contradictions, traumatisé par la perte de ses pouvoirs à travers le monde et en rupture d'identité crédible et respectable sera-t-il capable de redonner à nouveau aux peuples et aux citoyens du monde confiance dans une nouvelle ère de stabilité où la paix, la justice, l'égalité et la dignité humaine seront préservées?
Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah
L’Orient transformé en une vallée de larmes et de sang
OLJ / le 15 août 2014 à 00h00


DEUX JUNGLES S'INTERPOSENT. LA JUNGLE PROPREMENT DITE... ET : LA JUNGLE DE L'HOMME ! DANS LA JUNGLE PROPREMENT DITE LA CONSCIENCE ( PAR INSTINCT ) DES ANIMAUX, POURTANT INCONSCIENTS, SE MANIFESTE ! DANS LA JUNGLE DE L'HOMME L'INCONSCIENCE... DU SUPPOSÉ CONSCIENT... Y PRÉVAUT ET S'IMPOSE !!!
08 h 49, le 18 août 2014