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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Je prie, priez avec moi

D'emblée, entendons-nous sur un point : je suis de ceux qui pensent que le Hezbollah n'avait rien à faire en Syrie. Son excursion par-delà nos frontières pour aller soutenir en armes et en combattants un régime sanguinaire, inique, dictatorial, rejeté par les citoyens, cela au grand dam de la majeure partie des Libanais, représente de mon point de vue une grossière erreur.
Je ne suis pas en passe de faire un procès d'intention au parti de Dieu, juste d'affirmer que, quand on fait partie d'un pays consensuel comme le nôtre, exemple unique dans cette région du monde, où la force n'a jamais été critère de persuasion, on s'abstient, quelle que soit la sacralité présumée de la cause, de jouer au petit soldat sans l'aval des parties qui, avec vous, vivent et partagent les responsabilités de ce pays.
Cela dit, je ne tournerais pas la page. Ce qui se passe dans notre pays est d'une effarante ignominie : une classe politique autoprorogée qui n'a pas pu, su, ou voulu regarder les choses en face, s'adapter aux changements qui vont à la vitesse du son, qu'elle a manqué, par cécité intellectuelle, de voir et d'appréhender.
Cette classe politique s'enfonce dans ses divergences à tout le moins hallucinantes, d'un autre âge, comme si le temps s'était figé, ne ratant jamais une occasion de taper férocement l'un sur l'autre, sauf que ce n'est pas eux qui ont mal, qui pleurent, qui crient, qui meurent, c'est nous, pauvre peuple de ce pays, sans distinction de race ou de communauté.
Et nos soldats tombent, et nos soldats meurent, et nos soldats sont déchiquetés non seulement par la sauvagerie des assaillants, mais plus encore par la malfaisance de cette classe politique qui, au lieu de soutenir comme un seul homme les vaillants militaires de notre armée nationale, s'en donne à cœur joie en se tirant dans les pattes et, comme des enfants, se rejetant mutuellement la faute.
Oui, le Hezbollah est parti guerroyer en Syrie, mais ce ne sont pas les forces de l'opposition syrienne qui ont colonisé Ersal, attaqué l'armée libanaise avec une sauvagerie indescriptible, voulu faire d'une localité juchée au fin fond du pays une tête de pont pour leur émirat, en attendant de prendre tout le pays par la force du crime, la violence et la terreur.
Le Hezbollah n'était pas au Mossoul, en Irak, quand ces hordes ont brisé les croix, saccagé des églises, dynamité des lieux de culte centenaires, mis fin en quinze jours à quinze siècles d'existence chrétienne dans ce pays, sous le regard impavide, placide, froid des puissances internationales dont la France, fille aînée de l'Église catholique. Elles ont tout juste condamné du bout des lèvres ces agissements d'un siècle ancien, proposé d'accueillir ces pauvres gens, faute plus grave encore que le crime perpétré. En quelque sorte, une invite à ces barbares malfaisants à continuer leurs forfaits, sans être inquiétés le moins du monde. Bravo !
De grâce, qu'on ne se méprenne pas, ce n'est pas uniquement à la gorge des chrétiens que va s'arrêter le couteau des forbans du XXIe siècle, ce sont tous ceux qui ont connu le modernisme, le confort, l'alphabétisation, la culture – la liste est longue – qui vont y passer, sans distinction de couleur, de race, de religion, de sexe ou d'âge.
Ce n'est pas non plus aux frontières de nos 10 452 kilomètres carrés, ou de la Syrie ou de l'Irak que s'arrêteront ces émirs nouvelle version. On n'arrête pas ses conquêtes en si bon chemin. Bientôt viendra le tour des bailleurs de fonds qui, pour détourner l'attention de leurs turpitudes, ont monté de toutes pièces la triste comédie du printemps arabe dont les bourgeons sont tombés avant d'éclore.
C'est un nouvel ordre régional qui se crée, basé sur la terreur, loin de toute connotation religieuse, aux antipodes des préceptes des livres saints qui prônent l'amour du prochain, la pitié, la charité, la miséricorde, le recours à Dieu.
Bien que je ne le leur souhaite pas, ce sont à coup sûr les dirigeants et les responsables qui, à tout seigneur tout honneur, seront passés les premiers au fil de l'épée dégoulinante de sang brandie par ces hommes. À moins que, comme prévu, ils ne soient déjà loin, très loin, bien à l'abri des vicissitudes et des horreurs, jouissant sur quelque plage des deniers pour lesquels ils nous auront vendus.
Oui, car dans ce pays tout se négocie, chacun veut se sucrer au passage, même s'il s'agit de matériel offert, essentiel à la préservation de notre devenir, de la patrie. Il n'y a pas plus habiles que nous pour tendre le bras jusque dans la gueule du lion et lui ôter sa proie. C'est l'habileté à la libanaise, et elle est peu ragoûtante.
Retarder une livraison d'armes destinées à l'armée libanaise par les temps qui courent, en attendant de se mettre d'accord sur une commission, est une abomination. Ces gens, quels qu'ils soient, où qu'ils soient, devraient être, séance tenante, passés par les armes, sans pitié. Leur appliquer la loi du talion ne serait que justice.
Quant aux fabuleux héros de notre armée nationale, tombés au champ d'honneur pour que le Liban vive, que leur sacrifice ne soit pas vain, que leurs âmes reposent en paix, que le réconfort soit donné à leurs familles éplorées.
Je prie surtout que notre jeunesse sorte pour de bon de son insouciante léthargie. Elle a prouvé sa capacité à le faire en allumant des cierges aux divers carrefours du pays en soutien à l'armée.
Qu'elle sache se choisir de nouveaux dirigeants aptes à mener le Liban à bon port.
Je prie, priez avec moi.

Georges TYAN

D'emblée, entendons-nous sur un point : je suis de ceux qui pensent que le Hezbollah n'avait rien à faire en Syrie. Son excursion par-delà nos frontières pour aller soutenir en armes et en combattants un régime sanguinaire, inique, dictatorial, rejeté par les citoyens, cela au grand dam de la majeure partie des Libanais, représente de mon point de vue une grossière erreur.Je ne suis pas en passe de faire un procès d'intention au parti de Dieu, juste d'affirmer que, quand on fait partie d'un pays consensuel comme le nôtre, exemple unique dans cette région du monde, où la force n'a jamais été critère de persuasion, on s'abstient, quelle que soit la sacralité présumée de la cause, de jouer au petit soldat sans l'aval des parties qui, avec vous, vivent et partagent les responsabilités de ce pays.Cela dit, je ne tournerais...
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