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Liban - Sécurité

Liban : les dérapages des soirées de promo dans le collimateur des autorités

« Tout ce que nous voulons c'est dire aux jeunes : faites attention », affirme le conseiller du ministre de l'Intérieur à « L'Orient-Le Jour ».

CLAUDIO SANTANA/AFP

Le ministère de l'Intérieur s'intéresse à un fait social qui n'avait jusque-là fait l'objet d'aucune mesure officielle : les soirées de promo et leurs cortèges aux mille fantaisies (klaxons, musique, haut-parleurs, confettis lancés sur les routes par des jeunes sortant leurs bustes des véhicules qui les transportent...). Les risques de dérapage de ces manifestations qui ont parfois tourné au drame sont occultés le temps d'une célébration.

C'est par souci de limiter ces risques que le ministère de l'Intérieur a publié hier une circulaire, prescrivant aux services de sécurité de prendre les mesures adéquates afin de limiter les violations pouvant accompagner ces festivités.

La circulaire évoque d'abord « les nombreuses plaintes déposées auprès du ministère contre l'expansion du phénomène des fêtes organisées par les classes de terminale des écoles privées, publiques et techniques ». Le texte souligne que « ces fêtes de promo dépassent géographiquement le siège de l'établissement pour se manifester dans des cortèges sur la voie publique, dans lesquels certains trouvent prétexte à des pratiques dérogeant à leur éducation, comme la violation des lois, notamment le code de la route ». La circulaire dénonce également « l'atteinte aux bonnes mœurs, par la consommation de boissons alcooliques au volant, l'usage des feux d'artifice sans permis préalable, sans compter la nuisance à autrui, autant d'actes qui se reflètent négativement sur les établissements pédagogiques d'une manière générale ».

« Par souci de mettre en œuvre les lois en vigueur, et d'empêcher l'exacerbation de ce phénomène, au regard des violations qu'il peut engendrer, il est demandé aux forces sécuritaires compétentes et à la police municipale de le réguler (...) », poursuit le texte, qui impose en outre « à l'école ou à l'institut concerné d'informer les forces de sécurité, à la fin de l'année scolaire, de la cérémonie prévue et de l'itinéraire du convoi, en vue de mobiliser une patrouille de surveillance ».

« Aucun but de répression »

À première vue, cette circulaire paraît pécher par une certaine sévérité, surtout qu'elle touche à des soirées devenues une tradition estivale, un défoulement attendu, une expression de la dynamique sociale libanaise.
Mais le conseiller du ministre de l'Intérieur, Jad al-Akhawi, précise à L'Orient-Le Jour, anticipant même la question, qu'il ne s'agit « aucunement de mesures de répression ». « Le pays n'est pas sous l'emprise d'une dictature et notre but est seulement de sensibiliser les jeunes et toute autre partie concernée aux conséquences des actes pratiqués sans modération », affirme-t-il, qualifiant même cette mesure, non pas de sécuritaire, mais « d'humaine ». Elle aurait été motivée non seulement par « de nombreuses plaintes reçues », mais aussi par « des rapports sur le nombre d'accidents de la route et d'autres violations », ajoute Jad al-Akhawi, affirmant que « tout ce que nous voulons c'est dire à ces jeunes : faites attention ».

Négligence parentale

Pour Fadi Gebran, président de l'ONG Kunhadi, qui œuvre pour limiter le nombre d'accidents de la route, « cette mesure aurait dû être prise il y a bien longtemps ». Il rappelle que le nouveau code de la route, à l'instar de l'ancien d'ailleurs, sanctionne toutes les violations au volant, y compris le fait de se placer à moitié hors du véhicule en marche. « Cette loi attend des mesures d'application », affirme-t-il à L'OLJ. Il estime toutefois que l'initiative du ministère de l'Intérieur, aussi louable fût-elle, « n'aura qu'un effet moral, et seulement aux premiers jours de sa mise en œuvre. Les jeunes se rendront vite compte du laxisme de l'application ».

C'est que le problème serait d'abord au niveau des mentalités. Ainsi, Kunhadi effectue chaque année des tournées de sensibilisation auprès des élèves de terminale et propose aux écoles des véhicules de location à tarif réduit. « Mais ce sont les parents qui opposent leur refus à toute démarche susceptible de protéger leurs enfants, sous prétexte qu'il faut les laisser célébrer en toute liberté », s'étonne Fadi Gebran, révélant que son ONG attend toujours d'être reçue par le ministre de l'Éducation, dont « nous avons sollicité un rendez-vous à cette fin ».

Et aussi au Liban-Nord...

En attendant les réformes profondes, des mesures ponctuelles sont émises aux effets restreints.
Ainsi, parallèlement à la circulaire du ministère de l'Intérieur, le mohafez du Liban-Nord, Fouad Fleifel, a émis hier trois circulaires, appelant les services concernés ainsi que les municipalités à « plus de sévérité » à trois niveaux : le contrôle et la sanction des violations du code de la route; l'interdiction des feux d'artifice sans autorisation préalable ; et, enfin, la régulation des panneaux publicitaires.

Interrogé par L'OLJ sur ces mesures ravivées d'un coup, à une période de précarité institutionnelle, le mohafez Fouad Fleifel répond, laconique : « Le seul but est de protéger la sécurité publique, et les mesures prévues sont claires et précises. » « Vous nous reprochez de ne pas agir, et lorsque nous le faisons, vous questionnez le timing », conclut-il, sur un ton confiant, mi-sérieux, mi-amusé...


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