Un convoi transportant les corps des victimes du MH17 arrive dans une caserne militaire à Hilversum, aux Pays-Bas. Michael Kooren/Reuters
Décidés à durcir le ton face à la Russie après le drame du MH17, l'Union européenne a sanctionné samedi les chefs des services de renseignement pour leur implication dans la crise ukrainienne, et devrait passer à la vitesse supérieure en prenant pour la première fois des sanctions économiques d'envergure.
L'UE a ajouté 15 personnes et 18 entités à sa liste noire parue samedi au Journal officiel, qui comprend désormais 87 personnes et 20 entités visées par un gel des avoirs et une interdiction de voyager. Dans cette liste, figurent le chef du Service fédéral de sécurité (FSB), Nikolaï Bortnikov, le chef des services de renseignement extérieur, Mikhaïl Fradkov, mais aussi le président tchétchène Ramzan Kadyrov.
Les responsables du Conseil de sécurité russe, dont font partie MM. Bortnikov et Fradkov, sont mis en cause pour avoir "contribué à l'élaboration de la politique du gouvernement russe menaçant l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine".
M. Kadyrov a lui "fait des déclarations en faveur de l'annexion illégale de la Crimée et en faveur de l'insurrection armée en Ukraine". Début juin, il s'est dit prêt à envoyer 74.000 volontaires tchétchènes en Ukraine.
Mikhaïl Degtyarev, un député de la Douma, a également été sanctionné par l'UE pour avoir annoncé l'inauguration de "l'ambassade de facto" de la République populaire de Donetsk, non reconnue, à Moscou.
Parmi les entités, figurent plusieurs milices et des groupes armés illégaux comme l'Armée du Sud-Est (séparatiste). Les entreprises touchées ont leur siège en Crimée, la péninsule ukrainienne rattachée à la Russie en mars, comme un groupe hôtelier basé à Yalta, une entreprise de ferries et une distillerie.
L'UE devrait aller plus loin la semaine prochaine en adoptant le même type de sanctions contre des personnes accusées de "soutenir activement l'annexion de la Crimée" ou la "déstabilisation de l'est de l'Ukraine", ou d'en "bénéficier". Cette nouvelle liste, qui devrait être finalisée mardi, pourrait toucher des oligarques proches du président Vladimir Poutine, selon des diplomates. Mais les 28 sont surtout prêts à prendre dès la semaine prochaine des sanctions économiques d'envergure, dans les domaines de l'accès aux marchés financiers, des ventes d'armes, des technologies sensibles dans le domaine de l'énergie et des biens à double usage militaire et civil.
"Bien ciblé et équilibré"
L'UE a durci sa position depuis le crash le 17 juillet d'un avion malaisien dans l'est de l'Ukraine, attribué à un tir de missile par les séparatistes promusses. Ce drame, qui a coûté la vie à 298 personnes dont près de 200 Néerlandais, a décidé les Européens à frapper l'économie russe, alors qu'ils étaient depuis des mois divisés.
La Commission européenne a rempli sa mission en adoptant dès vendredi les propositions législatives permettant de mettre en place de telles mesures. "La décision finale revient maintenant aux Etats membres", a souligné vendredi soir le président de la Commission José Manuel Barroso, tout en jugeant le paquet proposé, "efficace, bien ciblé et équilibré".
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a écrit aux dirigeants européens pour défendre une décision "qui aurait des conséquences importantes sur l'économie russe et qui affecterait modérément les économies européennes".
Ainsi le principe de non-rétroactivité des mesures dans le domaine de la défense s'appliquera, une bonne nouvelle pour la France mise sous pression par certains de ses partenaires pour la vente de navires militaires Mistral à la Russie. Quant aux "technologies sensibles", elles ne concerneront que le secteur pétrolier et non gazier, "afin de garantir la sécurité énergétique de l'UE", a précisé M. Van Rompuy.
Mardi, les ambassadeurs des Etats membres se réunissent de nouveau à Bruxelles pour se prononcer sur ce paquet. Un sommet des chefs d'Etat ou de gouvernement pour donner le feu vert à ces sanctions économiques n'est pas à exclure, même si l'option qui semble favorisée serait celle d'un "procédure écrite", évitant de faire déplacer à Bruxelles les 28 dirigeants de l'UE.
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