Confrontées à un conflit armé avec les séparatistes prorusses dans l'Est, les autorités pro-occidentales de Kiev semblaient sombrer hier dans la crise politique après la démission surprise du Premier ministre, Arseni Iatseniouk.
Ce départ, qui doit être entériné par le Parlement pour devenir effectif, a révélé une scission au sein de l'équipe au pouvoir en Ukraine. En effet, la démission de M. Iatseniouk est intervenue dans le sillage de la dissolution au Parlement de la coalition gouvernementale, ouvrant la voie à des législatives anticipées voulues par le président Petro Porochenko qui l'a saluée. Toutefois, M. Porochenko a demandé au Parlement de ne pas approuver la démission de M. Iatseniouk et de son gouvernement et a réclamé l'organisation hier d'un vote de confiance. Mais la Rada (le Parlement) a clos ses travaux sans qu'aucun vote ait eu lieu, le président du Parlement ayant promis de convoquer une séance extraordinaire « la semaine prochaine ». Que la démission soit entérinée ou pas, cette situation altère l'image des autorités ukrainiennes qui doivent gérer, outre la guerre, une situation économique désastreuse et les suites du crash de l'avion malaisien abattu par un missile en zone rebelle. « On ne peut pas faire comme ça en temps de guerre », résume le politologue indépendant ukrainien Volodymyr Fessenko. Dans l'attente d'un vote au Parlement, le gouvernement a nommé le vice-Premier ministre chargé des Régions, Volodymyr Groïsmann, Premier ministre par intérim.
« Campagne de dénigrement »
Sur le terrain, les forces ukrainiennes ont repris aux séparatistes Lyssytchansk, une ville de 105 000 habitants. Des combats meurtriers se poursuivent à Donetsk et Lougansk, deux capitales régionales qui sont les bastions des insurgés. De plus, quatorze personnes ont été tuées dans les combats au cours des dernières 24 heures à Donetsk et deux personnes ont trouvé la mort à Lougansk, selon les autorités locales. Sur le plan humanitaire, près de 100 000 personnes ont été déplacées en Ukraine, un chiffre qui a doublé en moins d'un mois, et 130 000 autres ont préféré fuir vers la Russie, selon le Haut-Commissariat de l'Onu pour les réfugiés.
Sur le plan diplomatique, l'Union européenne a renforcé ses sanctions ciblées contre la Russie en ajoutant à sa liste noire 15 personnalités et 18 entités accusées de soutenir les séparatistes dans l'est de l'Ukraine. De son côté, le Premier ministre canadien Stephen Harper a indiqué que le Canada ciblait les secteurs de l'armement, de la finance et de l'énergie dans le cadre de ses sanctions contre Moscou. Face au durcissement des sanctions occidentales, la Banque centrale russe a décidé, de manière inattendue, de relever son taux directeur à 8 % afin d'éviter un nouveau plongeon du rouble.
De son côté, le ministère russe des Affaires étrangères a accusé les États-Unis de mener une « campagne de dénigrement » contre la Russie en l'accusant d'aider les rebelles en Ukraine. Ils « partagent la responsabilité du bain de sang » dans la région, a-t-il ajouté dans son communiqué.
Concernant l'enquête dans l'affaire du vol MH17, il semble difficile de garantir une réelle protection aux enquêteurs tout en ménageant les susceptibilités des séparatistes prorusses et de Moscou. « Ce sera un périlleux numéro d'équilibriste », estime Justin Bronk, analyste en sciences militaires à l'Institut royal United Services de Londres. « Il faut envoyer les troupes les plus légères possible pour éviter de provoquer les Russes », explique-t-il. « Il faut garder à l'esprit qu'une des raisons de ce conflit est que la Russie considère que l'Occident, à travers l'Otan et l'UE, va de plus en plus loin vers l'Est. D'un autre côté, la prudence dicterait de les envoyer avec des équipements relativement lourds pour être certain de leur protection », a-t-il ajouté.
(Source : AFP)

