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Nos lecteurs ont la parole - Walid Ramez Arbid

La Syrie, une bombe A régionale

Le conflit syrien est aujourd'hui un des conflits les plus meurtriers de l'histoire du Moyen-Orient : avec plus de 160 000 morts, 2,6 millions de réfugiés et des pertes culturelles importantes. Par sa géographie, la Syrie occupe une place fondamentale au cœur de la région : elle est la pierre angulaire du Moyen-Orient. Face à des dynamiques internationales changeantes, peut-on dire que la crise syrienne entraîne une évolution des relations internationales entre les puissances ?
Cette question nous ramène à la chute du mur de Berlin et à l'effondrement de l'Union soviétique.
Avec la fin de la guerre froide, le monde est passé d'un système bipolaire à un système unilatéral dominé par l'Améirique, caractérisée par une mainmise sur les affaires et décisions de l'ensemble des questions internationales et en particulier celle du Moyen-Orient, qui s'est manifestée par le droit d'ingérence autoproclamé de Washington qui avait, sous la présidence de Bush père, mené la première guerre du Golfe contre l'Irak en 1991 sous prétexte de défendre le Koweït face à l'occupation irakienne. Il est aussi nécessaire de noter l'absence de l'adversaire russe sur l'échiquier international. Les USA ont donc pu contrôlé les enjeux des questions internationales en l'absence d'adversaires mondiaux.
Le nouvel ordre américain continue de régler les affaires du monde. En effet, après sa victoire dans la guerre froide, l'Amérique est devenue la seule hyperpuissance et son rôle est d'organiser l'héritage : dans les enjeux et conflits, notamment, la guerre des Balkans, l'éclatement de la Yougoslavie, la guerre d'Afghanistan, ainsi jusqu'à l'invasion de l'Irak en 2003.
L'émergence de Washington en tant que grande puissance mondiale l'a dotée du pouvoir d'influer sur les décisions des institutions et organisations internationales dont le Conseil de sécurité de l'Onu et en particulier le système politique international, se substituant petit à petit au droit public international.
Notons que le droit international s'est construit à l'origine comme un outil de régulation des relations entre États, sans pour autant menacer leur souveraineté ni leurs rapports de puissance. Concrètement, la justice ou la morale ne sont prises en compte qu'une fois assurés les intérêts nationaux des puissances. J'estime aussi que le droit international a longtemps déterminé les rapports de puissance, comme les traités de paix qui ont toujours pris en compte la relation vainqueur-vaincu.
En effet, le nouvel ordre international instauré par les Américains a été bouleversé par une atteinte à la sécurité nationale américaine au moment des attentats du 11 septembre 2001. Le monde entier a alors soutenu Washington dans son engagement dans la guerre contre la terreur. L'invasion par les forces de l'Otan de l'Afghanistan permit de déloger les talibans. Les événements du 11-Septembre et la lutte contre le terrorisme qui a suivi ont suscité la sympathie de la communauté internationale, et également le respect des résolutions des Nations unies. L'observateur des relations internationales constate que sous le prétexte d'organiser l'héritage mondial, les USA violaient le droit international. On constate aussi l'utilisation des résolutions du Conseil de sécurité pour légitimer l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak.
J'estime qu'un monde nouveau est en train de se construire autour de nouvelles conventions sur le plan des relations internationales. C'est la naissance d'un nouveau monde multipolaire, avec l'équilibre des puissances bouleversées depuis la guerre de l'Irak en 2003.
Le Moyen-Orient est une région sous influence des puissances mondiales. Cette région est devenue le théâtre de conflits et rivalités internationales. Le Moyen-Orient et l'Asie centrale sont les deux régions où se manifeste un net risque de guerres liées à l'instauration d'un nouvel ordre stratégique. Face au retour de la Russie sur la scène internationale en tant que grande puissance, à la consolidation de l'Iran et la Turquie comme puissances régionales et l'Arabie saoudite comme puissance économique et religieuse, l'influence américaine dans le Moyen-Orient est remise en question.
En réalité, « le printemps arabe » marginalise le problème palestinien afin qu'il ne soit plus la référence incontournable de la région. Il marque le désintérêt des pays arabes pour la cause palestinienne. D'autres problèmes sont désormais prioritaires : le nucléaire iranien, la crise syrienne, la montée de l'extrémisme, la question kurde et, enfin, les conflits israélo-arabes centrés sur les ressources énergétiques.
Le Liban subit aujourd'hui les conséquences de la crise syrienne. La question des réfugiés est devenue prioritaire avec plus de 1,3 million de Syriens présents sur le territoire libanais, ce qui correspond à environ 35 % de la population libanaise. Le Liban est incapable d'héberger autant d'individus sans les fonds nécessaires. La crise syrienne menace l'équilibre démographique fragile de ce pays. Par ailleurs, la participation du Hezbollah au conflit, aux côtés des forces de Bachar el-Assad, entraîne une crise politique entre les deux camps pro et antisyriens du gouvernement. ll est aussi nécessaire d'inclure la montée de l'extrémisme religieux dans le pays, qui devient la cible de groupes terroristes s'infiltrant au Liban à travers les frontières syriennes.
La crise en Syrie s'inscrit dans trois facteurs : internes, régionaux et internationaux. La Syrie est la pierre angulaire d'un axe soutenu par la Russie et l'Iran face aux puissances occidentales, les pays arabes modérés et Israël. Or, les accords de Sykes-Picot signés en 1916 entre les forces coloniales françaises et britanniques sont devenus caducs. De leur côté, les Russes et les Chinois se disent opposés à toute intervention militaire en Syrie, à l'imposition d'un changement de régime et aux sanctions. Les États-Unis, la France ou la Grande-Bretagne ne veulent pas intervenir militairement en territoire syrien, contrairement à l'Arabie saoudite et au Qatar qui tentent de pousser la communauté internationale à le faire. Pendant ce temps, la Russie applique une stratégie intéressante en Syrie : le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'exprimant à New York en marge des réunions à l'Onu, a réaffirmé que le maintien de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient dépendait de la résolution de la crise syrienne, la « pierre angulaire » de la région. Une fois de plus, le chef de la diplomatie russe a fait référence au scénario libyen. En Syrie, dit Sergueï Lavrov, et contrairement à ce qu'ont fait les Occidentaux en Libye, il ne faut pas encourager l'opposition à l'extrémisme et à l'entêtement, mais défendre ses demandes à la table des négociations pour parvenir à une réconciliation nationale générale, faute de quoi, ce serait la guerre civile qui donnerait lieu à de graves conséquences, non seulement pour la Syrie mais aussi pour la région et le monde entier.
Selon David Rigoulet-Roze, « la Syrie est une zone sismique et les lignes de faille qui la traversent ont un prolongement dans toute la région. La Syrie est la caisse de résonance régionale et, sur le plan géopolitique, c'est une bombe atomique. C'est pour cela que tout le monde a très peur. » Dans le cas de la Syrie qui me semble un enjeu fondamental dans les relations internationales, la crise a permis la consolidation de nouveaux acteurs : des puissances régionales et internationales, afin de construire un ordre régional nouveau et de nouvelles relations internationales dans un monde multipolaire. Bien des changements ont eu lieu dans l'histoire des relations internationales. J'espère que la question de la démocratie au Moyen-Orient et la compréhension US des mécanismes régionaux permettront une nouvelle méthode d'analyse de la région.

Walid Ramez ARBID
Professeur de relations internationales à l'Université libanaise
Avocat à la cour

Le conflit syrien est aujourd'hui un des conflits les plus meurtriers de l'histoire du Moyen-Orient : avec plus de 160 000 morts, 2,6 millions de réfugiés et des pertes culturelles importantes. Par sa géographie, la Syrie occupe une place fondamentale au cœur de la région : elle est la pierre angulaire du Moyen-Orient. Face à des dynamiques internationales changeantes, peut-on dire que la crise syrienne entraîne une évolution des relations internationales entre les puissances ?Cette question nous ramène à la chute du mur de Berlin et à l'effondrement de l'Union soviétique.Avec la fin de la guerre froide, le monde est passé d'un système bipolaire à un système unilatéral dominé par l'Améirique, caractérisée par une mainmise sur les affaires et décisions de l'ensemble des questions internationales et en particulier...
commentaires (2)

UNE BOMBE CHIMIQUE PLUTÔT !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

14 h 17, le 17 juillet 2014

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Commentaires (2)

  • UNE BOMBE CHIMIQUE PLUTÔT !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 17, le 17 juillet 2014

  • "Face au retour de la Russie sur la scène mondiale en tant que grande puissance, l'influence américaine dans le Moyen-Orient est remise en question." ! Si c'était réellement le cas, comment se fait-il alors qu’Äasraël fait toujours à sa tête, que l'Est de l'Ukraine n'arrive pas à se détacher, que l'Iran est déjà dans les faits sous embargo et sous contrôle, que l'Arabie et les pays du Golfe arrivent malgré leurs faiblesses à lui tenir tête, que le Pakistan face à ce même Iran est déjà une puissance nucléaire, que même la Turquie anti-séparatisme kurde ; a priori ; travaille main dans la main avec le Kurdistan irakien allié, lui, de ces mêmes Äasraël et Amérique, que la Géorgie ; mis à part les petites Ossétie et Abkhazie toujours en faveur des russes ; l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan tous ex-républiques soviétiques soient tous pro-américains, que même l'Afghanistan est dans le giron effectif américain et que l'Irak et la Syrie sont en train d'être divisés en plusieurs entités confessionnelles selon les souhaits de l’État "juif" d’Äasraël suite à un post-Sykes-Picot américain pour un "nouveau Moyen-Orient" en train d'être concrétisé et que la Russie face donc à tous ces développement en faveur de l'Amérique n'arrive même pas à les contrer ; yâ hassértéééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 05, le 17 juillet 2014

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