La magnanerie de Maasser Beiteddine, désormais un lieu d’art et de paix.
Cela fait 5 ans que le Art Lounge, espace d'expositions et de performances installé dans une ancienne usine à Beyrouth (corniche du Fleuve) et codirigé par Nino Azzi et Hala Khattar, se déplace l'été à Maasser Beiteddine. Le duo y a repris et restauré une ancienne magnanerie nichée dans la montagne verdoyante du Chouf, dans le but d'en faire un « espace d'art, de paix, de contemplation et de réflexion », indique Nino Azzi.
Au cours des quatre étés précédents, en parallèle des travaux d'aménagements, des expositions thématiques y ont été présentées: un premier accrochage consacré à la femme puis, successivement, la photographie, la calligraphie contemporaine et la sculpture (avec les grandes œuvres d'Anachar Basbous). Cette fois, avec l'art asiatique à l'honneur, «qui est très généralement un art spirituel et un support de méditation», l'exposition, qui se tient jusqu'au 31 août, constitue la parfaite transition vers la destination finale du lieu.
En d'autres termes, elle introduit au projet de Maasser Beiteddine. Lequel est destiné à héberger non plus uniquement une galerie estivale, mais également des sessions de yoga, d'arts martiaux (tai-chi, tai ki do, etc.) ainsi que diverses autres activités pour les adeptes de spiritualité et les pratiquants de disciplines bouddhistes.
Esthétisme et spiritualité
Une exposition exotique donc, qui offre au visiteur une sorte d'initiation aux esthétismes et traditions religieuses asiatiques, à travers la collection du Lotus Loft (la branche d'art sacré du Art Lounge). Laquelle, constituée de peintures, sculptures, meubles et objets de culte, se retrouve dans ce lieu au calme et à la sérénité plus appropriés pour en apprécier pleinement les différentes facettes.
Outre les thangkas et mandalas, peintures sacrées traditionnelles tibétaines et népalaises qui figurent les différentes déités ainsi que des séquences de la vie de Bouddha, quelques pièces «rares» sont présentées. À l'instar des fameuses «chochoms» et «pegams», aujourd'hui quasiment en voie de disparition. Et qui sont de petites armoires très anciennes, des XVIIIe et XIXe siècles, en bois multicompartimenté pour y disposer les effigies bouddhistes. Également de très belles sculptures «tantriques» (de couples symbolisant les énergies féminines et masculines de la Création) en marbre de Birmanie, des statues khmers en bronze, différents objets rituels, comme les chapelets, les rouleaux de mantras et les roues de prières en provenance de tous les pays asiatiques (incluant le Japon, la Thaïlande, le Cambodge, l'Inde, le Népal et la Chine..) ainsi qu'une riche sélection de livres. L'ensemble recrée un univers de spiritualité, une sorte de «maison de la foi» universelle et cosmique à Beiteddine.
Et au final, la balade vaut le détour. Non seulement du point de vue artistique et culturel: la pléthore de pièces exposées de différents styles et provenances est aussi esthétique qu'intéressante à découvrir, mais également pour la (re)découverte d'un patrimoine spécifique à la montagne libanaise : ces magnaneries de soie à l'architecture typique qui étaient largement répandues dans les villages libanais au XIXe siècle.
* Aux flèches routières Barouk-Beiteddine, prendre la direction Beiteddine, puis la descente 100 mètres plus loin. Horaires d'ouverture : de mercredi à samedi, de 12h à 19h. Tél. 03/997676.

