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Culture - Design

Cyrille Najjar fait rimer écologie et nouvelles technologies

« Dans ma voiture, je peux transporter un salon entier, voire l'ameublement de toute une maison », affirme Cyrille Najjar, designer multicréatif, qui fait ici référence à sa collection de meubles en kit « One+One ».

Cyrille Najjar, un designer touche-à-tout qui suit une ligne directrice fondamentalement écologique. Photo Michel Sayegh

Découpés dans une même planche de bois compressé (il paraît que le terme exact est pressé ou plywood), des éléments à assembler, à imbriquer l'un dans l'autre à la manière d'un puzzle se transforment, en fonction du schéma directeur, en chaise, table, canapé, fauteuil, porte-chapeau, armoire... L'idée de ce mobilier en kit était au départ destinée aux réfugiés, indique Cyrille Najjar, son concepteur. Le succès aidant, elle a été détournée en version légèrement plus sophistiquée pour habitat urbain.
Une autre de ses conceptions pour réfugiés (c'est semble-t-il un leitmotiv chez lui !) devrait être produite à grande échelle au Liban. Il s'agit du «Solar Cell», unité mobile de panneaux photovoltaïques pouvant produire 7 ampères (et jusqu'à 40 en fonction des ajouts de plaques) d'une autonomie de 10 heures, qui a été sélectionné parmi les projets finalistes des Jeux de la francophonie de 2013 dans la catégorie «Innovation pour l'environnement». Et là, son détournement grand public serait plus que bienvenu dans un pays comme le nôtre qui souffre d'obscurité électrique chronique. Avis aux
investisseurs!
Énergies alternatives, matières premières recyclées, vous l'aurez deviné, dans son travail Cyrille Najjar suit fondamentalement une ligne directrice écologique. Mais cet architecte d'intérieur et designer est tout autant ultrarespectueux de l'environnement qu'ultraconnecté aux nouvelles technologies, qu'il intègre dans pas mal de ses créations. À l'instar de luminaires-enceintes à base de LED qu'il a développés pour une grande enseigne d'éclairage, d'un bracelet qui convertit les signaux corporels en musique, avec lequel il avait gagné le concours Yamaha en 2007, ou encore d'un violon électrique, une pièce unique réalisée pour un musicien libanais, à la forme futuriste et fuselée découpée dans un seul morceau de bois – «de palissandre, ce qui lui donne un indice sonore extrêmement élevé» – et connecté sans fil aux enceintes, grâce à des micros piézo-électriques. «Ce sont des cristaux qui convertissent les signaux acoustiques en signaux électriques naturellement», indique-t-il.
«Aujourd'hui, on ne peut plus concevoir un produit comme on le faisait avant. Si la question du design durable ne devrait, à mon avis, même plus être posée, notre génération ne peut plus également avec de plus en plus d'objets connectés dissocier le design d'un objet de sa technologie, de son circuit électronique...», explique ce jeune homme titulaire d'un double master en architecture d'intérieur de l'Alba puis en design industriel du Royal College of Art de Londres. Et qui a fondé, à son retour à Beyrouth en 2008, sa propre agence d'architecture intérieure et de design «White sur White». Un nom emprunté à la fameuse œuvre de Malevitch, fondatrice de l'abstraction («Carré blanc sur fond blanc»), et choisi comme le manifeste de son projet professionnel. En l'occurrence: «Repenser une nouvelle approche du design.»

Haro sur le fret et les emballages
«Sachant que le fret génère une empreinte carbone considérable et que l'empaquetage constitue environ 40% d'un produit et va directement à la poubelle, nous essayons toujours de concevoir des objets pouvant s'exporter avec le minimum d'encombrements, d'espace de transport, d'emballage et par conséquent d'impact négatif sur l'environnement», indique ce designer. Il a fait de la réflexion antipollution et antigaspillage des ressources l'une des valeurs phares de son entreprise, avec un parti pris d'esthétique minimaliste et une volonté d'offrir un produit pratique.
Ce dernier objectif a d'ailleurs amené Cyrille Najjar à privilégier la technique du pliage-dépliage et assemblage sans vis ni colle. «Cette technique permet de monter et démonter une centaine de fois les meubles et accessoires que nous faisons sans qu'ils soient endommagés», précise-t-il. C'est le cas de la collection «One+One» (qui avait été exposée dans le cadre de la Beirut Design Week), entièrement réalisée avec du bois pressé en provenance de forêts renouvelables. Ainsi que la gamme de petits objets créés pour la boutique du Musée national incluant des photophores, des marque-pages, des cale-livres en inox perforé et ciselé de motifs orientaux et à l'inspiration patrimoniale revisitée. Mais aussi de la magnifique collection de luminaires «Fractal Lights», réalisée en feuilles d'inox, d'aluminium ou même d'or, découpées et pliées (en fonction de savantes combinaisons mathématiques) et transpercées de motifs en moucharrabieh. Ou encore de cet impressionnant siège trône en lamelles de bois, inspiré des techniques d'assemblages, sans aucune vis, des drakkars vikings qu'il avait présentés (au concours de la Smogallery) avec succès, au Pavillon des arts décoratifs à Paris, il y a quelques mois.
Des pièces uniques ou en série limitée que ce designer véritablement touche-à-tout produit dans son propre atelier au Liban. À découvrir plus amplement sur le site.

 

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