Alors qu'il est enfant, un concours lui permet de remporter une caméra. Ce lot, qui ne le quitte plus, va changer sa destinée. Ralf commence ses expériences: il filme régulièrement ce qui l'entoure et, au collège, il réalise sa première série de courts-métrages. Grand admirateur des films d'Alfred Hitchcock et de Peter Jackson, il entame un cursus de réalisation à l'Iesav (USJ). Passionné par l'animation autant que par le cinéma, Ralf souhaite maîtriser la technologie 3D. Autodidacte, il se jette à corps perdu dans l'apprentissage: cours et formations en ligne depuis 2005, lecture de bon nombre d'ouvrages spécialisés, d'innombrables heures d'expérimentation devant l'ordinateur. «La technique 3D nécessite un véritable savoir-faire, assez complexe, qui s'acquiert sur de longues années. Malheureusement, aucune école au Liban n'enseigne cette discipline. Vers la fin de mon adolescence, j'ai décidé de tout apprendre sans être encadré, et c'était le début d'un long cheminement », explique le jeune homme. L'apprentissage est difficile, la minutie et la créativité y sont fondamentales. En plus d'une habileté artistique développée, les « artistes 3D » doivent faire preuve de motivation, de rigueur, être patients et avoir une grande culture dans différents domaines. « J'ai fait des sacrifices pour pouvoir aller au bout de mes ambitions, avoue Ralf. Souvent, j'ai dû m'isoler pour travailler, mais c'est parce que j'adorais pouvoir créer, à partir de ma maison, une infinité de mondes.» Ses efforts vont finir par payer: avec les moyens limités dont il disposait, Ralf Karam allait concrétiser son rêve démesuré en réalisant Insanity Crescendo, le premier film au Liban et au Moyen-Orient à être tourné en relief (3D).
Pionnier sur la scène audiovisuelle libanaise
En 2011, Ralf présente son projet de fin d'études, unique en son genre, fruit d'un travail acharné étalé sur deux années. « Les équipements utilisés pour filmer et ensuite visionner en 3D le court-métrage ont été spécialement conçus et créés pour le film. Pour Insanity Crescendo, un grand travail de postproduction a été fait afin de pouvoir construire Beyrouth en 3D », confie le jeune homme.
Le réalisateur épate par son talent et, discret et travailleur, il poursuit son bonhomme de chemin en oscillant entre projets professionnels et apprentissages. En 2013, Ralf s'inscrit à la New York Film Academy pour parfaire son talent de scénariste, puis fonde sa société de postproduction baptisée BlackBirdfx. Ses studios sont les seuls, au Liban, à être dotés d'équipements pour la « Motion Capture », technique permettant de capter les mouvements d'un élément réel afin de les renvoyer dans un univers virtuel. Aujourd'hui, le jeune artiste 3D continue à parfaire ses connaissances techniques afin de pouvoir suivre le progrès tout en concevant et créant des animations et des effets visuels. « J'ai beaucoup de responsabilités, mais je me dis que j'ai la chance de pouvoir faire le travail qui me plaît », note Ralf Karam qui est fier de pouvoir continuer à évoluer dans le milieu qui le passionne. Dernièrement, il s'est rendu, pour la seconde fois, au Marché du film du Festival de Cannes afin de rencontrer une productrice allemande intéressée par son projet de long-métrage. Un jour, sans aucun doute, ce travailleur de l'ombre sera sous les feux de la rampe.
Site Web: www.blackbirdfx.net.
Carole AWIT


