Conciliabules animés, dans la bonne humeur, entre les députés Marwan Hamadé, Sethrida Geagea, Élie Keyrouz et Georges Adwan.
Cela était, évidemment, prévisible. La huitième séance parlementaire qui devait se tenir hier, place de l'Étoile, afin d'élire un nouveau président de la République n'a pu avoir lieu faute de quorum. Une nouvelle réunion a été fixée au 23 juillet.
Fait significatif : contrairement aux sept séances précédentes, le chef du législatif, Nabih Berry, ne s'est pas rendu hier au siège du Parlement, à l'instar d'ailleurs du Premier ministre Tammam Salam. Seuls 64 députés, représentant le 14 Mars, le bloc de Walid Joumblatt, celui de Nabih Berry et quelques indépendants, étaient présents dans l'hémicycle.
Du fait de l'absence de MM. Berry et Salam, l'activité parlementaire a été très réduite dans les couloirs du Parlement. Quelques réactions ont quand même été enregistrées au sujet de la dernière initiative du chef du Courant patriotique libre, le général Michel Aoun, qui a proposé lundi dernier, rappelle-t-on, l'élection du président de la République au suffrage universel suivant un système à deux tours : dans un premier temps, l'électorat chrétien serait appelé à faire son choix parmi les candidats maronites, et les deux premiers seraient ensuite départagés au second tour au cours d'un scrutin auquel participeraient tous les Libanais.
Cette proposition a été vivement critiquée par les députés chrétiens du 14 Mars qui ont souligné à l'unisson qu'une telle suggestion revient pratiquement à modifier profondément la nature du système politique en vigueur, ce qui implique un amendement de la Constitution. Or, une telle démarche, soulignent les parlementaires chrétiens du 14 Mars, n'est en aucun cas envisageable dans le contexte présent, d'abord parce que le Parlement est en session extraordinaire et ne peut donc amender la Constitution, ensuite parce qu'une modification aussi importante du système politique nécessite un vaste débat national qui ne saurait être mené actuellement dans une atmosphère saine du fait de la conjoncture explosive, de l'impact politique de l'arsenal militaire du Hezbollah et de la tension sécuritaire qui sévit dans le pays. Si bien que la députée de Becharré, Mme Sethrida Geagea, s'est interrogée sur les véritables raisons qui ont poussé le général Aoun à lancer une telle initiative. Selon Mme Geagea, le chef du CPL chercherait à entraîner l'élection présidentielle sur une voie totalement nouvelle qui serait susceptible de dénaturer cette échéance. Mme Geagea s'est demandé à ce propos si le général Aoun n'a pas avancé sa proposition parce qu'il n'a pas réussi à assurer son élection à la magistrature suprême.
Le ministre Waël Abou Faour (bloc Joumblatt) a lui aussi critiqué l'initiative du chef du CPL, la qualifiant de « fuite en avant » et affirmant que le timing d'une telle proposition n'est pas opportun.
Le député Tony Aboukhater, député de Zahlé et membre du bloc parlementaire des Forces libanaises, a déclaré pour sa part que « certains blocs parlementaires se comportent de manière irresponsable et font fi de la volonté populaire ». « Ces blocs, a souligné M. Aboukhater, proposent des solutions qu'il n'est pas possible de discuter dans les circonstances présentes qui sévissent dans la région. En ce qui nous concerne, nous avons proposé un programme clair, nous avons présenté un candidat et nous sommes présents au Parlement avec nos alliés du 14 Mars pour la tenue des séances parlementaires en vue de l'élection d'un président. » Et M. Aboukhater de se demander jusqu'à quand certaines factions politiques continueront à plonger le pays dans l'inconnu.
Même son de cloche au niveau du bloc des députés de Zahlé qui a souligné, dans un communiqué, que « le pays n'a pas besoin d'aventures qui l'entraînent dans l'inconnu ».
Enfin, le député Hadi Hobeiche (bloc du Futur) a rejeté l'initiative du général Aoun, soulignant qu'elle revient à transformer le système parlementaire en un système présidentiel.
Une nouvelle prorogation du mandat de la Chambre ?
En tout état de cause, les milieux politiques dignes de foi soulignent que dans le contexte présent, l'élection présidentielle semble exclue dans le courant de cet été et pourrait ne pas avoir lieu avant septembre prochain. Et d'ores et déjà, il serait question d'une nouvelle prorogation du mandat de la Chambre qui vient à expiration en octobre prochain. Les milieux en question affirment que le principe de la prorogation est d'ores et déjà acquis, mais le débat porte sur la durée, d'un ou de deux ans.
La situation présente sur la scène libanaise devrait être, en outre, au centre de concertations quadripartites qui pourraient avoir lieu dans les vingt-quatre heures à New York, en marge des travaux du Conseil de sécurité, entre les représentants des États-Unis, de la France, de la Russie et de l'Arabie saoudite. Parallèlement, un émissaire spécial du Vatican serait attendu sous peu à Beyrouth en vue d'entreprendre des concertations avec le patriarche maronite et certains responsables au sujet du dossier de la présidentielle.





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