Par un simple vol d'oiseaux, Hitchcock réussissait à susciter une frayeur inconnue. Un jet de douche et juste quelques gouttelettes qui ruissellent sur un visage en gros plan et l'estomac était soudain pris de spasmes, et le souffle coupé. Par un focus sur la face d'un enfant semblable à un ange (The Owmen), la caméra parvenait à faire croire que c'était le diable et à créer une sensation ambiguë aux frontières illimitées. Et à cause d'un plan de naïade nageant à la surface de l'eau alors qu'on devine (grâce à la sublime bande originale de John Williams ) l'horreur qui se prépare, des milliers de personnes ont longtemps hésité à nager en pleine mer.
La peur. Engendrée par les images. Sublimée par la superposition ou la juxtaposition de plans. Rehaussée par la musique. Redoublée, dédoublée, démultipliée à l'infini. Cette peur qui prend en étau, qui étreint le spectateur pour l'enfermer dans une bulle hermétique. Magie du cinématographe qui réussit à créer ce sentiment par ce qu'on appellera plus tard des effets spéciaux. Une peur pourtant virtuelle, impalpable, inexplicable.
Rien à voir avec cette peur que le Liban vit tous les jours, depuis plus d'une trentaine d'années. Une peur qui prend de multiples visages et qui se déguise pour violer le quotidien et se l'approprier. Une peur bien réelle cette fois.
Dieu, que les frissons de cinéma sont doux et agréables !


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