John Gaudet enfoui dans des papyrus africains.
Qui dit papyrus dit spontanément support des textes les plus anciens qui soient. Et aussi sa disparition. En pleine époque du numérique, John Gaudet ne réfute pas la première association, mais certainement la seconde. Et il le prouve dans un ouvrage qu'il vient de publier sous le titre Le Papyrus, la plante qui a changé le monde et dans lequel il se fait l'avocat de la nécessité de sa survie actuelle pour le bien de l'environnement du continent africain. Il s'est fait une renommée par les recherches dans ce domaine (menées sous les auspices de la National Geographic Society), qu'il a effectuées au Soudan, au Kenya, en Éthiopie et en Ouganda.
À présent âgé de 80 ans et installé dans une des belles banlieues de la capitale fédérale, il veut mener à travers son nouvel ouvrage une campagne pour sauver les marais que l'on dessèche au Soudan, provoquant la disparition de la plante papyrus, un drame écologique, selon lui. Il consacre une bonne tranche se son livre (la deuxième partie) à cet autre saccage de la nature. Il explique longuement tous les services que ce feuillage et ses tiges peuvent rendre. D'abord, il constitue un excellent filtre, en retenant les impuretés de l'eau s'écoulant notamment dans les lacs africains et forme ainsi un barrage peu coûteux. Il peut également servir d'habitat à des millions d'oiseaux qui viennent y hiberner. Leur présence constitue une grande attraction pour les touristes, dont le passage est une bonne source de revenu pour les États du continent noir. L'auteur fait remarquer que même avec retard, l'on a commencé dans plusieurs secteurs la conservation des marais à papyrus.
Plus que du papier
Fort de son érudition et de ses travaux d'exploration sur le terrain, John Gaudet trace en détail, dans la première partie de son livre, l'historique du papyrus. Il fait notamment remarquer que bien avant l'avènement de l'écriture, la civilisation égyptienne n'aurait pas pu se développer sans les extraordinaires ressources de cette plante. Elle leur servait à construire leurs maisons et leurs bateaux, à confectionner cordes et paniers. Elle pouvait être en outre aussi bien carburant qu'aliment. Elle croissait avec une telle rapidité sur l'eau qu'on avait pu y bâtir de petits villages. Sans compter qu'il existait une technique pour tailler, à partir de ses tiges et ses rhizomes, des objets du quotidien. Et tout cela avant sa spectaculaire transformation en papier.
John Gaudet peut avoir une approche ludique de la science. Rappelant que dans le roman à succès Da Vinci Code, une carte recherchée par tous était enfermée dans un «cryptex» (ou cylindre) dont la fermeture tenait d'un code secret et cette carte était enroulée sur une fiole remplie de vinaigre. Si l'on tentait de casser le cylindre, on briserait également la fiole, le vinaigre se verserait sur la carte en papyrus et ferait disparaître ses tracés. Or l'écologiste Gaudet aime à faire cette expérience lui-même: dessiner une carte sur un papier papyrus, la tremper dans du vinaigre et la retirer intacte.
Pas du tout pour uniquement amuser les foules, mais en guise de prise de conscience d'un problème écologique, spécialement africain, dont il fait son cheval de bataille. À savoir que le papyrus, c'est plus que du papier.


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