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Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah

Quand la démocratie vacille, la République s’évanouit !

La démocratie est le respect de la souveraineté nationale exercée par le peuple (demokratia: de demos, peuple, et kratos, autorité), ou encore c'est le gouvernement du peuple par lui-même. Pour les philosophes du XVIIIe siècle, la démocratie a pour essence le droit du peuple de désigner et de contrôler le gouvernement de la nation. La démocratie est donc essentiellement l'autogouvernement de tout le peuple, le gouvernement direct étant impossible, l'élection périodique au suffrage universel de représentants qui acceptent le caractère transitoire de leur pouvoir et l'exercent selon les règles fixés par la Constitution est la traduction effective de la souveraineté populaire. Or l'élection n'a de sens que s'il y a plusieurs candidats entre qui choisir, c'est-à-dire plusieurs programmes, plusieurs partis. Le lien entre la démocratie et la pluralité des partis est dans la nature des choses. Le bon fonctionnement de la démocratie est ainsi inséparable du respect d'un certain nombre de libertés fondamentales, notamment des libertés de pensée, d'expression, de déplacement, d'association, de la diffusion de l'instruction et de la bonne organisation de l'information des citoyens. Si ces conditions ne sont pas remplies, il ne peut y avoir ni opinion publique, ni partis, ni véritable libre choix électoral.
Après ce bref aperçu académique et élémentaire relatif à la signification, le cadre et les modalités d'application de la démocratie en général, revenons à son utilisation tellement galvaudée sur notre scène politique, spécialement à l'occasion de l'actuelle échéance présidentielle. Force est de constater qu'elle a même perdu sa consistance et sa vérité, voire même qu'elle exprime une réalité contraire à son essence fondamentale.
Dans sa quête profonde d'anticiper les risques d'un vide constitutionnel, Bkerké a cru en toute bonne foi pouvoir, en réunissant il y a quelques mois les quatre piliers et représentants des principaux partis politiques chrétiens, endiguer les éventuels dangers de dérapage. L'objectif était d'obtenir leur aval définitif et inconditionnel pour garantir le déroulement en son terme de l'élection présidentielle. Il semblerait que tous les présents avaient accepté de s'y engager irrévocablement et sans réserves. Mais quand vint l'heure de vérité à l'Assemblée nationale, et malgré la décision prise, certains ont fait des choix différents et cherché ensuite à les justifier par des dérobades qu'ils ont qualifiées de démocratiques, ce qui allait aboutir immanquablement au vide constitutionnel.
La première leçon à tirer de ce « suicide collectif », que nous osons espérer remédiable encore à cette étape de l'échéance, est peut-être que la susdite réunion de Bkerké n'englobait pas alors tous les députés chrétiens et ne les a pas fait participer dans le choix, par voie de vote interne, d'un candidat de la communauté qui aurait pu le plus justement la représenter. Sans vouloir mettre en doute les vœux sincères du cardinal Raï de voir tous les chrétiens du Liban se prendre en main et solidairement assurer l'élection du seul président de République chrétien de la région, nous pensons que notre suggestion pourrait être un complément de l'action du patriarche et pourrait lui apporter sécurité, démocratie, efficacité et transparence. Les principes de la démocratie que le Liban de 1943 a toujours portés très haut auraient été obligatoirement plus respectés, ils auraient certainement évité que des pêcheurs en eau trouble continuent à saboter cette échéance au nom de la liberté politique d'« abstention démocratique », et permis enfin et surtout la libanisation de l'échéance et la christianisation de ce choix (telle que souhaitée d'ailleurs par les composantes politiques non chrétiennes de l'Assemblée nationale). La deuxième leçon à tirer, c'est qu'au-delà de tout ce qui précède et des manœuvres tristement politiciennes auxquelles continuent à se livrer les chrétiens de ce pays, et les profonds tiraillements entre le vide ou le chaos qui s'invitent à cette campagne, il faut agir rapidement pour sauver une composante nationale essentielle d'une descente inexorable aux enfers. Pour ce faire, il faudrait revenir au strict respect des principes démocratiques qui ont accompagnés et soutenus les fondements de notre sigha constitutionnelle, prendre acte que le choix à la tête de la République revient à un chrétien maronite et que cette responsabilité impose impérativement à cette communauté d'assumer son rôle en toute confiance et indépendance, nonobstant l'actuelle configuration politique interne et l'équilibre des forces tant sur l'échiquier national que régional. Il faut donc que tous cessent de se prévaloir de leurs alliances et arrêtent de se faire peur réciproquement, car cette attitude ne pourra qu'élargir le fossé entre eux et accentuera la déconfiture chrétienne. Elle profitera indubitablement à certaines autres composantes qui attendent avec patience et délectation la fin de cette République et la naissance d'une autre qui sera alors construite sur base d'une nouvelle Constituante, avec tout ce que cela pourrait éventuellement impliquer comme changements profonds de l'image de ce pays et de son entité historique. Il est donc temps que s'arrêtent ces joutes inutiles et cette politique du bord du précipice qui pourraient s'avérer fatales pour tous, et que la sagesse et la maturité prennent le dessus sur la mauvaise fois, la légèreté et l'inconscience. C'est pourquoi il serait souhaitable que, dans les meilleurs délais, les deux principaux candidats, annoncés et supposés, enterrent la hache de guerre et se rencontrent dans un premier temps sous l'autorité du patriarche, pour débattre des diverses alternatives et procédures à mettre en place pour trouver des candidatures possibles de substitution aux leurs et, dans un deuxième temps, appeler à une réunion, toujours à Bkerké, de tous les députés chrétiens pour adopter une décision définitive et commune.
C'est en comblant ainsi le vide constitutionnel que le peuple libanais se sentira soulagé, et que les chrétiens retrouveront une crédibilité nationale profondément atteinte et une sérénité indispensable à la reconstruction d'une communauté vulnérabilisée et largement marginalisée par bientôt cinquante ans de guerre, de tutelles et de déstabilisations permanentes.

 

La démocratie est le respect de la souveraineté nationale exercée par le peuple (demokratia: de demos, peuple, et kratos, autorité), ou encore c'est le gouvernement du peuple par lui-même. Pour les philosophes du XVIIIe siècle, la démocratie a pour essence le droit du peuple de désigner et de contrôler le gouvernement de la nation. La démocratie est donc essentiellement l'autogouvernement de tout le peuple, le gouvernement direct étant impossible, l'élection périodique au suffrage universel de représentants qui acceptent le caractère transitoire de leur pouvoir et l'exercent selon les règles fixés par la Constitution est la traduction effective de la souveraineté populaire. Or l'élection n'a de sens que s'il y a plusieurs candidats entre qui choisir, c'est-à-dire plusieurs programmes, plusieurs partis. Le lien entre...
commentaires (2)

DÉMOCRATIE ET RÉPUBLIQUE : PARTICIPATION ET DIALOGUE... DU CHARABIA POUR NOS ABRUTIS PANURGES. LES UNS CAR ILS BOYCOTTENT ET LES AUTRES CAR ILS NE DIALOGUENT PAS ! OU : LES DEUX PARALLÈLES QUI NE SE RENCONTRENT MÊME PAS AUX PÔLES...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

18 h 07, le 19 juin 2014

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Commentaires (2)

  • DÉMOCRATIE ET RÉPUBLIQUE : PARTICIPATION ET DIALOGUE... DU CHARABIA POUR NOS ABRUTIS PANURGES. LES UNS CAR ILS BOYCOTTENT ET LES AUTRES CAR ILS NE DIALOGUENT PAS ! OU : LES DEUX PARALLÈLES QUI NE SE RENCONTRENT MÊME PAS AUX PÔLES...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    18 h 07, le 19 juin 2014

  • J'ai bien apprécié votre description de la démocratie (demos et kratos) et de son bon fonctionnement lie a la diffusion de l'information. A ce sujet je serais curieux de savoir comment décrire le fait qu'un ancien ministre, un directeur général en exercice, et un parlementaire influent évadent, tous trois, de répondre aux messages d'un citoyen recommandant des mesures spécifiques pour permettre aux Autorités de résoudre le conflit Syndicat/Autorités au sujet de l'échelle salariale. Si les citoyens n'ont pas voix au chapitre, pouvons-nous dire que le système démocratique est en vigueur au Liban?

    George Sabat

    14 h 18, le 19 juin 2014

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