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Liban

Hommage à Pierre Sadek et son art de « saisir » l’événement et l’homme

L'hommage rendu à Pierre Sadek, le père de la caricature politique libanaise, un an après son décès, a coïncidé avec sa date d'anniversaire. Tout était propice au lancement officiel de la fondation Pierre Sadek, dont il avait été informé de l'idée de son vivant. La mise en vente d'une compilation de 54 caricatures, annoncée par la même occasion, est une autre indication de sa vie qui perdure dans son art, l'art de manier le pinceau comme un journaliste manie sa plume, l'art de résumer, par un coup de pinceau, la force d'un événement. La précision, la rigueur et l'éthique de l'information épousent l'imagination de l'artiste et son humour acerbe et juste.

Chaque dessin est un concentré de chaque journée, de chaque polémique qu'a vécue le Liban : il est un élément et un reflet de la mémoire collective. Précieusement conservées, au jour le jour, cinquante ans durant, par son épouse Hanane, les 20 000 caricatures de Pierre Sadek sont des archives vivantes de l'histoire du pays.

« Si vous faites partie de ceux qui croient dans les institutions et le règne de la loi, dans la démocratie et non la théocratie dissimulée, alors Pierre Sadek est, comme il l'a été pour moi, votre meilleur ami », affirme Omar Sadek, à l'ouverture de la cérémonie.

Annonçant pour sa part la création de la fondation, Ghada Sadek Abella déclare, la gorge serrée par l'émotion : « Il y a un rocher sur lequel s'est appuyé Pierre Sadek, et son nom est Hanane. » Un vif émoi se saisit alors de Hanane. Elle contient des larmes pénétrantes, perceptibles par l'audience réunie autour de la tribune. Entourée par ses deux fils, Omar et Walid, elle écoute ensuite calmement les hommages successifs, profondément lyriques, rendus à Pierre Sadek par l'ancien bâtonnier Michel Lyan et l'ancien député Ziyad Baroud. Ensuite vient l'annonce, par le président du conseil municipal de Beyrouth, Bilal Hamad, qu'une rue d'Achrafieh portera désormais le nom de Pierre Sadek.

Entre les mots des intervenants, présentés par Omar Sadek, une bande vidéo a été projetée, animée par le fameux générique d'annonce de la caricature de Pierre Sadek à la fin du journal télévisé (à la LBC, puis à la Future TV). La musique accompagne un défilé de caricatures, où l'on revoit le croquis du Libanais folklorique qu'il a (ré)inventé, symbole de la résignation, à la fois sarcastique et avertie, d'un peuple patient. Les caricatures d'éminents hommes politiques libanais reviennent aussi, portrayant presque, sous les yeux des convives, l'histoire du pays. Les caricatures de Pierre Sadek paraissent stimuler la mémoire, aussi puissamment que les sens.

Animées par l'idée-force, finement extraite dans la toile des incidents quotidiens, chacune de ses caricatures continue, jusqu'à ce jour, de secouer l'observateur. « Pierre Sadek a saisi l'esprit de chaque période de l'histoire contemporaine libanaise, qui change et reste la même tout à la fois. Il a croqué chaque caractère de ceux qu'il a connus et qui ont fait l'histoire du Liban », déclare à L'OLJ la journaliste May Kahalé. « Sa caricature à la 24e page du quotidien an-Nahar était la une du journal, et cela veut tout dire », résume-t-elle, aux côtés de Wardé Zamel, toutes deux journalistes chevronnées de « l'école des anciens ». Celle-ci met l'accent sur l'avant-gardisme de Pierre Sadek. « L'une de ses toutes premières caricatures avait pour titre : "la troisième guerre – le terrorisme" », explique-t-elle.

Dans un pays comme le Liban, aux assises démocratiques et identitaires frêles, le passé reste d'actualité.
L'ouvrage de Pierre Sadek aura surtout eu le mérite d'entretenir l'énergie du changement, de la réflexion libre et de l'aptitude au rêve.

C'est ce legs que la fondation Pierre Sadek (pierresadek.com) entend pérenniser. Walid Sadek évoque ainsi à L'OLJ l'idée de faire don, à une librairie, des caricatures originales de son père.

Pour ce qui est de la compilation de ses caricatures, mise en vente en librairie, le choix des dessins devait servir à « défamiliariser Pierre », c'est-à-dire à puiser dans son travail « une problématique dans un cadre historique », un apprentissage au-delà des faits qu'il a décortiqués, au-delà du temps... juste le souffle du pays et de ses gens.


Pour mémoire
La plume de Pierre Sadek a pris son envol... (réservé aux abonnés)

Ghassan Tuéni, l'icône de la presse, de la politique et de la diplomatie arabes

L'hommage rendu à Pierre Sadek, le père de la caricature politique libanaise, un an après son décès, a coïncidé avec sa date d'anniversaire. Tout était propice au lancement officiel de la fondation Pierre Sadek, dont il avait été informé de l'idée de son vivant. La mise en vente d'une compilation de 54 caricatures, annoncée par la même occasion, est une autre indication de sa vie qui perdure dans son art, l'art de manier le pinceau comme un journaliste manie sa plume, l'art de résumer, par un coup de pinceau, la force d'un événement. La précision, la rigueur et l'éthique de l'information épousent l'imagination de l'artiste et son humour acerbe et juste.Chaque dessin est un concentré de chaque journée, de chaque polémique qu'a vécue le Liban : il est un élément et un reflet de la mémoire collective....
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