Le Liban a de quoi être fier de sa tradition démocratique. Depuis notre indépendance en 1943, nous avons basé notre système politique parlementaire sur le suffrage universel. Sauf lorsque les conditions sécuritaires l'ont empêché, nous avons toujours, tant bien que mal, assuré cet exercice démocratique que sont les élections. Sans oublier que la femme libanaise a le droit de vote depuis 1952! Le Liban en est fier. Il ne rate pas une occasion de vanter la réussite de son modèle de coexistence, basé sur les quotas entre communautés. Mais il y a quelque chose qui ne va plus depuis un moment au pays du Cèdre. Alors qu'il était un exemple de démocratie dans le monde arabe, il est aujourd'hui loin d'être le bon élève dans cette catégorie. Le système politique est bloqué depuis des années par les intérêts personnels des uns et des autres, sans aucune avancée pour le citoyen ni volonté de changement.
Il est impératif de regarder les progrès politiques que font certains pays de notre environnement naturel et de cesser d'être centrés sur nous-mêmes comme si nous avions inventé la démocratie en Orient. Je pense notamment à la Tunisie, pionnière de ce qui a été appelé le printemps arabe.
J'ai eu l'occasion d'y accompagner Kelli Arena, ancienne journaliste américaine pour CNN et actuelle directrice générale du Global Center for Journalism and Democracy de la Sam Houston State University. Ce centre universitaire, basé au Texas, œuvre pour une meilleure communication entre journalistes et partis politiques partout dans le monde. Nous avons, en cinq jours, rencontré les principaux partis politiques tunisiens ainsi que les équipes de l'Assemblée nationale constituante, créée en 2011. Trois ans après la chute du régime de Ben Ali, les parties prenantes politiques ont encore beaucoup de choses à parcourir pour consolider leur fragile démocratie. Mais une chose est sûre : le peuple tunisien fait preuve d'une maturité frappante pour un pays fraîchement sorti de la dictature. Le chemin parcouru depuis l'immolation du jeune vendeur ambulant à Sidi Bouzid est impressionnant.
En l'espace de quelques années de démocratie, contre une soixantaine pour nous, ils ont réussi à rédiger une nouvelle Constitution, qui garantit des droits inédits à certaines catégories qui sont, chez nous, exclues du jeu politique : les jeunes et les femmes. Ils ont voté une nouvelle loi électorale qui a été acceptée par des partis aux intérêts diamétralement opposés, comme les islamistes d'Ennahda ou les laïcs de Nidaa Tounès. Chacune des parties prenantes essaie de développer une vraie plateforme de propositions sur l'ensemble des préoccupations des citoyens : économie, social, santé, éducation, transports, décentralisation..., et ne se focalise pas uniquement sur les grands enjeux de politique internationale. Ils réussissent à avoir des débats politiques extrêmement modernes, par exemple sur la dépénalisation de la consommation de cannabis, à travers l'abolition de la « loi 52 ». La société civile grouille de nouvelles associations, dont une réussit à rassembler 4 000 observateurs pour veiller au bon déroulement des élections. Bref, leur transition démocratique est jusqu'à présent un succès. Pourquoi ? Sans doute en raison du fort taux d'éducation et d'alphabétisation qui est quasiment comparable au nôtre.
Certes, me diriez-vous, la Tunisie ne se trouve pas dans le même tourbillon régional que nous. Malgré les troubles à la frontière avec la Libye ou les menaces terroristes – deux assassinats politiques ont eu lieu depuis la révolution, et la semaine dernière, des hommes armés ont tiré sur la maison du ministre de l'Intérieur, tuant quatre soldats –, ils ne se trouvent pas comme le Liban entre l'enclume syrienne et le marteau israélien. Sans oublier les intérêts des différentes autres puissantes, comme les États-Unis, l'Iran ou l'Arabie saoudite. C'est justement là, peut-être aussi, la clé du miracle tunisien : le pays est à l'abri des interventions étrangères.
Toutes les situations sont différentes et il faut se garder d'idéaliser nos voisins, mais se comparer à d'autres pays est souvent très enrichissant. Le Liban a tout à gagner à tirer les enseignements des rares expériences réussies, issues du printemps arabe. Alors que notre système institutionnel se trouve aujourd'hui bloqué de manière inacceptable, méditer par exemple le geste des islamistes de Ennahda serait le bienvenu : alors qu'ils étaient les grands vainqueurs des élections de 2011, ils ont accepté de rendre le pouvoir et d'adouber un gouvernement de technocrates afin de déverrouiller une crise politique avec les autres partis laïcs, née du meurtre de Chocri Belaïd. Teintée sans doute de tactique, cette approche est l'illustration même de la maturité du système politique tunisien. J'aimerais croire qu'il pourrait en être de même chez nous.
On dit que la Tunisie a été conquise et développée autrefois par les Phéniciens, venus de nos côtes. Aujourd'hui, c'est le chemin inverse qui doit être parcouru : il est temps que le vent d'espoir, qui vient cette fois de ce côté-ci de la Méditerranée, gagne notre pays et nous donne la force de nous ériger de nouveau en modèle de démocratie dans le monde arabe.
Ziad GEBRAN
Consultant en communication politique, basé à Paris
Nos lecteurs ont la parole - Ziad Gebran
Le vent de la démocratie souffle désormais à l’Ouest
OLJ / le 11 juin 2014 à 00h00


ET QUAND EST-CE QUE, CHER MONSIEUR, DEPUIS 1943, NOUS AVONS EU DES ÉLECTIONS DÉMOCRATIQUES NON PERTURBÉES PAR LES " LA GHALEB OU LA MAGHLOUB" ? NOUS VONS TOUJOURS EU LE CONSENSUEL... ET : IMPOSÉ, AVANT HIER PAR A, HIER PAR H ET AUJOURD'HUI PAR Z. ET DEMAIN, ME DEMANDEZ-VOUS ? AH ! DEMAIN... CE POURRAIT ÊTRE... OU CE SERA... A... ET L'ALPHABET RECOMMENCERA DE NOUVEAU...
15 h 43, le 11 juin 2014