À Pékin, des officiers de police ainsi qu’un commando d’élite montrent leur capacité à maîtriser des attaques terroristes, des prises d’otages mais aussi de larges manifestations. China Out / AFP
Vingt-cinq ans après l'écrasement du printemps de Pékin, le monopole du Parti communiste chinois (PCC) sur le pouvoir est plus absolu que jamais, mais, mieux que les chars et les balles, l'argent du boom économique et l'énorme contrôle policier se chargent d'étouffer la contestation.
Ébranlé dans ses fondements par des manifestations dont la sanglante répression suscita un tollé international en 1989, le régime a, depuis, veillé à tuer dans l'œuf tout germe d'opposition en renforçant encore un appareil sécuritaire déjà imposant, mais aussi en favorisant un essor économique sans précédent. « Aujourd'hui, le gouvernement chinois, le Parti communiste chinois, a une meilleure technique de contrôle de l'agitation populaire qu'en 1989 », estime Wu'er Kaixi, l'ancien leader étudiant de Tiananmen devenu la « seconde personne la plus recherchée » par la police chinoise, avant de trouver refuge à Taïwan. « Ils ont conclu un pacte, du type : on vous donne la liberté économique, vous nous donnez votre coopération politique », dit-il. « Ils resserrent aussi leur emprise, leurs forces de police, les unités antiémeutes et ont ainsi un contrôle plus précis de la société. »
Mais ce contrat tacite entre le régime et la société n'a pas mis un terme pour autant à la contestation : au moins 180 000 manifestations ont été recensées en 2010, selon l'Académie chinoise des sciences sociales, les motifs allant des confiscations de terres à la pollution, en passant par le droit du travail ou la censure.
Et la colère populaire se propage aujourd'hui par la diffusion rapide des informations en ligne. « Le désir d'information des gens est énorme, estime Wu'er Kaixi. Ils repoussent aussi les limites tous azimuts. »
Carotte et bâton
Mais la règle du parti unique est rarement remise en cause, d'après David Goodman, professeur à l'Université de Sydney : « Certains disent "l'origine du problème c'est le Parti communiste, il doit s'en aller". Mais ça n'est pas la majorité, loin de là. » « Tant que le système n'est pas en difficulté économiquement (...), il n'y a pas de problème, pas de remise en cause », estime cet expert.
Ses succès économiques, le PCC les a doublés du déploiement d'une gigantesque force de « maintien de la stabilité », avec surveillance généralisée, censure d'Internet et emprisonnement des contestataires les plus bruyants. C'est avec cette méthode de la carotte et du bâton que les autorités ont géré les récentes manifestations massives de salariés d'une énorme usine de chaussures dans la province méridionale du Guangdong. Face aux dizaines de milliers d'ouvriers en grève pendant deux semaines, les autorités ont ordonné à l'usine de satisfaire les revendications, mais ont aussi arrêté les meneurs.
Aujourd'hui, le régime préfère éviter la violence, trop coûteuse pour son image. Mais l'option reste sur la table, estime Wang Dan, autre leader de Tiananmen – tête de liste des plus recherchés à l'époque, emprisonné deux fois avant d'être autorisé à s'installer aux États-Unis. « Quand un gouvernement utilise son armée contre son propre peuple, représente-t-il vraiment son peuple ? Sa légitimité prend forcément un coup terrible », a-t-il déclaré à Taïwan. « Je pense que si cela se produisait à nouveau, le gouvernement ne réprimerait pas immédiatement, il essaierait sûrement de gérer la situation pacifiquement dans un premier temps. » « Mais en cas d'échec, je pense qu'il est toujours tout à fait possible qu'il mobilise la troupe. »
Des méthodes moins brutales – renforcées par la menace en arrière-plan de recours à la force – ont suffi jusqu'à présent à contenir la contestation populaire. « Dans le fond, le parti dit aux gens : ne tentez pas trop votre chance et on n'utilisera peut-être pas la force », explique Steve Tsang, spécialiste de la politique chinoise à l'Université de Nottingham.
(Source : AFP)


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