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Moyen Orient et Monde - Chine / Attentat D’Urumqi

La « politique du pire » pour les radicaux du Xinjiang ?

À Urumqi, où a eu lieu jeudi un attentat qui a fait plus d’une trentaine de morts, plus d’un millier de membres des forces de sécurité ont été déployés. Goh Chai Hin/AFP

L'attentat commis à Urumqi jeudi représente un nouveau tournant tactique des radicaux de la région chinoise du Xinjiang, qui semblent vouloir acculer l'État chinois à une répression accrue, selon des experts, alors que l'armée chinoise s'est livrée hier à une vaste démonstration de force, défilant par centaines et scandant des slogans.
Au moins 31 personnes sont mortes et plus de 90 ont été blessées dans cette attaque perpétrée sur un marché de rue d'Urumqi, métropole de l'ouest du pays. Des assaillants – des kamikazes, selon l'agence Chine nouvelle – ont foncé dans la foule à bord de deux véhicules en jetant des explosifs, avant qu'un des véhicules n'explose. Les autorités ont qualifié l'attentat de dernier « grave événement terroriste » à frapper le Xinjiang, cette région aux confins de l'Asie centrale dont les Ouïghours, musulmans turcophones, constituent la principale ethnie. Les affrontements meurtriers entre Han – Chinois « de souche » – et Ouïghours, qui s'estiment victimes d'une politique répressive de la part de Pékin, se sont multipliés ces dernières années – depuis les émeutes interethniques d'Urumqi qui avaient fait environ 200 morts en 2009.
Mais cette dernière attaque se distingue par son envergure, le nombre important des victimes et son modus operandi – le fait qu'elle ciblait délibérément des civils locaux –, estiment des experts. « Ces dernières années au Xinjiang, nous voyions des individus s'en prendre à des officiels chinois ou bien à la police », observe Michael Clarke, professeur à l'Université Griffith de Brisbane. Mais « à présent, il semble qu'une évolution s'opère vers des attaques beaucoup plus indiscriminées, sur le modèle des attentats terroristes classiques ». Jeudi, « il s'agissait d'un attentat de grande ampleur en plein centre de la capitale régionale », a-t-il souligné, notant que cela supposait « un tout autre niveau de sophistication » que la plupart des attaques précédentes dans la région et que le quartier choisi était principalement peuplé de Chinois hans. La plupart des victimes étaient des résidents âgés du voisinage, venus faire leurs courses à cette heure matinale.
De spectaculaires attaques avaient déjà été attribuées ces derniers mois à des « terroristes » ouïghours – dont une tuerie à l'arme blanche qui avait fait 29 morts et 143 blessés en mars dans une gare à Kunming, au sud de la Chine. Une attaque aux explosifs et à l'arme blanche devant la gare d'Urumqi fin avril avait par ailleurs fait trois morts, dont deux des assaillants, et 79 blessés. En octobre dernier, un attentat-suicide avait même été commis place Tiananmen à Pékin, symbole du pouvoir : trois Ouïghours venus du Xinjiang avaient précipité leur véhicule dans une foule de touristes devant la Cité interdite.
L'escalade pourrait donc suggérer « une politique du pire », estime Gardner Bovingdon, expert du Xinjiang à l'université américaine de l'Indiana : c'est-à-dire une tentative de provoquer sciemment une répression encore plus dure de la part des autorités, conduisant à une radicalisation d'un nombre accru de Ouïghours et permettant de grossir les rangs des activistes prêts à la violence. « Si ces gens-là sont dans une stratégie à long terme, tel peut être leur calcul », a expliqué M. Bovingdon, selon qui la méthode a déjà été employée par des Palestiniens, « avec un petit nombre de personnes prêtes à commettre des violences... dont les conséquences vont en retour affecter l'ensemble de la population ».

« Malaise profond »
Les autorités accusent volontiers le Parti islamiste du Turkestan (TIP) et le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) – des groupuscules radicaux et séparatistes – d'inspirer et même d'orchestrer ces violences au Xinjiang depuis les pays frontaliers de l'Asie centrale – ce dont doute cependant une majorité d'experts. Au contraire, frustrations et violences sont avant tout nourries par « un grand malaise au plus profond de la société ouïghoure », qui se dit victime d'une répression de sa culture et de sa religion, et exclue de l'essor économique de la région, a expliqué M. Clarke.
Le quotidien officiel Global Times, connu pour son ton nationaliste, a lui-même admis hier que « des erreurs politiques (...) avaient en partie contribué à la situation actuelle ». Michael Clarke évoque aussi le cas d'Ilham Tohti, un éminent économiste ouïghour interpellé en janvier et accusé de séparatisme, une charge qui lui fait encourir une longue réclusion, voire la peine capitale. « Il n'a jamais appelé à l'indépendance du Xinjiang, rappelle M. Clarke. « Si une voix modérée telle que la sienne se fait réprimer, alors on voit se développer (dans la population) l'impression qu'il n'y a aucun moyen possible d'exprimer légalement ses récriminations. »

(Source : AFP)

L'attentat commis à Urumqi jeudi représente un nouveau tournant tactique des radicaux de la région chinoise du Xinjiang, qui semblent vouloir acculer l'État chinois à une répression accrue, selon des experts, alors que l'armée chinoise s'est livrée hier à une vaste démonstration de force, défilant par centaines et scandant des slogans.Au moins 31 personnes sont mortes et plus de 90 ont été blessées dans cette attaque perpétrée sur un marché de rue d'Urumqi, métropole de l'ouest du pays. Des assaillants – des kamikazes, selon l'agence Chine nouvelle – ont foncé dans la foule à bord de deux véhicules en jetant des explosifs, avant qu'un des véhicules n'explose. Les autorités ont qualifié l'attentat de dernier « grave événement terroriste » à frapper le Xinjiang, cette région aux confins de l'Asie...
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