L’édito de Abdo CHAKHTOURA

Maronites en perdition

20/05/2014

Non, Samir Geaga – aussi mûr serait-il devenu – ne sera pas président. Ni un autre maronite sunnite, quel qu'il soit, selon cette formule, cruelle et assez douteuse, il faut le dire, mais à la mode. Ainsi en a décidé le Hezbollah qui, ukase après ukase, impose des diktats probablement téléphonés de Téhéran, prenant en otage, c'est ce que ce parti sait faire de mieux, en politique bien sûr, une présidentielle embourbée dans le conflit sunnito-chiite qui dévaste la région.
Et les voilà bien attrapés, ces chrétiens affligés d'une bien courte vue, eux qui se frottaient déjà les mains à la vue de cette zizanie intermusulmane sanglante ; eux qui pensaient ainsi regagner une primauté galvaudée depuis les années 70. Et les voilà réduits à quêter les satisfecit en tout genre des deux frères ennemis.
Comment expliquer autrement la cour effrénée d'un Michel Aoun, pourtant intronisé depuis belle lurette maronite chiite pur jus par son allié hezbollahi, à son adversaire sunnite Saad Hariri, qu'hier encore il vouait à toutes les gémonies? Un Hariri Jr qui, à son tour, entretient par habileté, laisse-t-il dire, une folle espérance chez les partisans du général qui le voient déjà à Baabda, tout en distillant inquiétude et gros doutes dans l'esprit de son ami Geagea. Tellement que le chef des FL a pris l'avion jusqu'à Paris, via l'aéroport de Beyrouth malgré les menaces sécuritaires, pour se rassurer et connaître le fin mot de l'histoire. Il avait vu apparemment juste puisque son hôte a eu le culot de l'inviter à adouber son adversaire permanent le plus farouche. Pure manœuvre, mise en scène ou véritable revirement cynique ? On ne tardera sans doute pas à le savoir.
Curieuse agitation quand même. Ces deux fidèles ennemis dans la chrétienté ne savent-ils pas comme tout un chacun que le nom de l'élu ne sortira que du bazar sunnito-chiite en gestation entre Riyad et Téhéran ? Qu'ont-ils fait de leurs talents, ces deux-là, et leurs coreligionnaires avec eux, pour se taire et subir pareilles avanies ?
Voilà où en est le maronitisme politique ; voilà à quelles extrémités en sont réduits les meilleurs d'entre eux et les autres candidats potentiels, censés représenter leur communauté à la plus haute magistrature de l'État. À qui donc Michel Sleiman va-t-il pouvoir céder en toute quiétude une fonction à laquelle il a pu courageusement redonner un peu d'éclat la veille de son départ ?
Qu'en est-il également de Bkerké, et de sa gloire d'antan, vers lequel tous les yeux des Libanais, chrétiens et musulmans réunis, se tournaient, vers lequel toutes les oreilles se tendaient ? Ici et maintenant, le chef de l'Église maronite en personne, patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, n'est pas épargné. Il parraine des accords entre chefs maronites qui ne sont pas honorés ; donne des conseils, sollicités par ces mêmes chefs, qui ne sont pas respectés, et multiplie des mises en garde superbement ignorées.
Le comble ? Un Hezbollah – silence assourdissant à Rabieh – qui veut lui dicter sa conduite jusque dans les affaires paroissiales internes, en cherchant à l'empêcher d'aller en Terre Sainte – une outrecuidance qui en arrive même à choquer les anticléricaux dont je suis.
D'où vient un tel effondrement politico-religieux au sommet ? C'est simple : jusqu'en 1975, les chrétiens en général et les maronites en particulier détenaient un pouvoir pratiquement illimité, malheureusement démesuré. Depuis, en une quarantaine d'années seulement, ils ont perdu complètement la mise, le pouvoir aussi, et n'ont plus leur mot à dire de manière effective. Fourvoyés dans des guerres d'ego surdimensionnés, ces zaïms d'un autre âge ne se sont jamais fendus d'une seule autocritique collective, n'ont jamais tenu en urgence de vraies assises pour dresser le bilan de leur déconfiture et sauver l'essentiel, alors qu'un ouragan balaie toute la région, les menaçant dans leur existence même et celle de leur pays.
Faute de se ressaisir, de s'entendre sur des décisions historiques à la hauteur du moment et de reprendre leur destin en main, les hiérarchies chrétiennes, politiques et religieuses confondues, ont raté une occasion unique de redevenir des partenaires à part entière, de se retrouver, comme auparavant, aux premières lignes des révolutions en cours, au lieu de se ranger frileusement, comme des seconds couteaux, derrière des régimes honnis sous le couvert d'un fallacieux pacte des minorités.
Ils auraient réussi, faudrait-il le répéter, comme dans les années 50 avec la Renaissance arabe, aux côtés des musulmans modérés et des démocrates laïcs, à combattre la répression tyrannique, à contrer en même temps les dérives extrémistes et à sauver le Liban des menées obscurantistes qui le guettent. N'est-ce pas mieux que de pleurer leur âme et de se faire jeter, comme dans les pays alentour, sur les chemins de l'exode ?
Leur châtiment – et paradoxalement leur seul espoir – pour avoir aussi dramatiquement failli serait l'avènement d'un rêve, celui de tout républicain et de tout démocrate : un État citoyen et laïc où seuls le savoir et le mérite – et surtout pas l'appartenance communautaire ou la religion – accorderaient le droit et l'honneur de servir, à tous les niveaux, la République.
Si elle existe encore !

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TITRE À CORRIGER : PERDITION DES MARRONS.. ITES ! ITES... OU : " E.T. " ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Recorrection ! Merci : ".... tant dans son intimité qu’en public, tant civil que militaire et sous lequel par temps chaud il ahane, est abusif...."

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MARRONS...ITES... OU E.T. ? L'EXTRA TERRESTRE ÉTANT À LA MODE DE L'ABRUTISSEMENT INNÉ !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

CORRECTION ! Merci : ".... cessons un peu de tirer" sur ce styyyle de "corbillard" ; yâ hassértéééh !".

Sabbagha Antoine

Choquante en effet est cette décadence des maronites surtout que depuis 1989 deux chefs de tribus s 'entretuent toujours pour devenir présidents .

VITESSE DE CROISIÈRE

Je suis entierement d'accord avec la conclusion ! un etat laique et l'abandon du confessionnalisme pernicieux . Sauf pour un suffrage universel pour l'election du president maronite for ever . Avant 75 , les chretiens etaient tout puissants et le spectacle qu'ils donnent aujourd'hui etait celui que donnaient les musulmans de l'epoque . Faut pas l'oublier , si les musulmans n'ont pas change en continuant a se donner en spectable , une branche de l'islam semble avoir pris conscience avant tous les autres . Ca se chamaille de partout sauf chez les chiites , et pourquoi cela , parce qu'on vient de loin , la barbarie israelienne au sud Liban a ete benefique en quelque sorte . Les chretiens ont toujours ete choyes et "attires" vers d'autres horizons , voila leur talon d'achille . L'Histoire s'ecrit avec le sang des martyrs , sinon il n'y a pas d'Histoire . Qu'on se le dise !

Gebran Eid

CHER ABDO, VOUS AVEZ DÉCRIT LE ROLE QU'IL JOUE LE PATRIARCHE. MERCI C'EST BIEN DÉCRIT. CE N'EST PAS ÉTONNANT, IL EST SORTI DE LA MÊME MOULE DE CES "FAUX CHEFS". IL EST INCAPABLE DE COLLABORER AVEC DES GENS DE VALEURS, COMME ISSAM KHALIFÉ PAR EXEMPLE.

George Sabat

Non, Monsieur Chakhtoura, le salut des Maronites, des chrétiens et des trois autres communautés principales ne viendra point, et ne peut pas venir de la laïcité dans le système politique. Tout au moins, de notre temps. Il ne peut venir que d'une compréhension exacte de la démocratie et d'une gouvernance responsable et transparente. Ce qui est en train de miner les relations inter- communautaires ce ne sont pas tellement leurs appartenances religieuses mais les conflits autour de la distribution des gains illicites entre elles, chaque communauté insistant pour avoir un plus large tranche du gâteau présent et a venir, plutôt qu'a travailler avec les autres pour en augmenter la taille commune.
Voila, exactement, ou nous en sommes reduits. La religion n'a presque rien à voir là-dedans. C'est uniquement une affaire de gros sous. Qui va empocher quoi et quand? Et vogue la galère, jusqu'a ce qu'elle coule sous le poids d'une dette créée par tous et que nul ne sait endiguer à présent. Pauvre Liban.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OU : DES ÉPAVES QU'EMPORTENT TOUS LES VENTS !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Le titre que s'est octroyé boSSfééér Amééér tant dans son intimité qu’en public, et sous lequel par temps chaud il ahane, est abusif. Mais comment s'en étonner d'un type qui, comme le dit excellemment Amîne ; lui qui s'y connaît tant en auto-émerveillement ; "a tout de suite eu un faible pour ses propres témérités et un si fort émerveillement d'être lui-même." ! A l'instar, e.g, d'un béssîîîl, le caporal suscite autant de sarcasmes chez CheBééék e.g que some engouements. Zahra le traite même de turlupin, mais c'est sans doute parce que cet ingérable tant le turlupine. Mini-gargantua Franc, lui, ne voit en lui qu’un simple bigaradier Aigri ; mais c'est maybe(h) parce qu'il est agacé d'avoir à un tel point son "charme?" si brutal subi ! Car, du BRUTAL, il en a à revendre. Mêlé d'arrogance et d'un fabuleux égotisme. Et ravageur, puisque non seulement L- Murr père et fils ; pas faciles, assurément, à embobeliner ; mais aussi Sékéééf, Sséhhnéééwéh et même le Râëéééh qui, lui, n'était pourtant pas de sa paroisse au départ ; avaient accepté de le "booster". De tolérer ses travers voire ses ridicules, et de faire avec lui d'un orange et étrange "courant d’air", un des rares phénomènes qui, en ces temps difficiles pour cette campagne crevassée, aurait dû sauver un tant soit peu ce, mahééék, maronitisme politique National-Social ; yâ wâïyléééh ! Mais bon, comme aurait dit à peu près le Batrak Primordial Sfééér, cessons un peu de "tirer" sur ce "styyyle" ; yâ hasséréééh !

Tabet Karim

Faut pas rêver....On ne mérite que ce que l'on a. C'est au peuple de choisir et de dicter et non pas l'inverse. Lorsqu'on choisit deliberement ces nullards qui nous gouvernent on ne peut blamer autrui. Si vraiment il y avait une volonté populaire de se debarrasser de ce carcan cancéreux , une revolution les aurait jetés dehors. Mais cette volonté n'existe pas. On blame le confessionalisme. On blame le sectarisme. On blame le communautarisme. N'empeche. A l'heure ou des populations ailleurs de par le monde se libèrent de leurs chaines, ici on s'empêtre encore plus dans des noeuds qui s'avèrent gordiens.
Les chrétiens du Liban sont une monnaie d'échange. Et ceci par notre faute et personne d'autre. Comme je l'ecrivais tout au debut , on ne mérite que ce qu'on a.

Yves Prevost

Tout-puissants quand ils étaient unis, les chrétiens du Liban ne sont plus rien, politiquement parlant, depuis que, par sa criminelle "guerre d'élimination" suivie de son alliance contre nature avec le prétendu "parti de Dieu" (!!!), Aoun les a divisés en "chrétiens sunnites" et "chrétiens chiites".

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SUNNITES ET CHIITES DÉCIDENT QUI SERAIT LE PRÉSIDENT CHRÉTIEN DU PAYS ! EST-CE QUE LES CHRÉTIENS POURRAIENT DÉCIDER QUI SERAIT LE PREMIER MINISTRE SUNNITE DU PAYS ? ET QUI SERAIT LE PRÉSIDENT CHIITE DE LA CHAMBRE DU PAYS ? OUI... SI LE CHEPTEL CHRÉTIEN SERAIT UNI ! LES RESPONSABLES SONT LES CHRÉTIENS (?) ACHETÉS ET VENDUS QUE CE SOIT ARABIQUEMENT, À L'EUROPÉENNE, ET SURTOUT PERSIQUEMENT !

Halim Abou Chacra

Un cri du coeur de M Chakhtoura sur la décadence des maronites. Dont je suis et dont j'ai honte, comme je le répète depuis un bon moment. Quels sont les facteurs primordiaux de cette décadence ? Il faudrait plus d'un congrès là-dessus, où chercheurs, politologues et sociologues de grande honnêteté puissent les indiquer. Mais, en toute humilité, je me permettrais de dire que c'est, avant tout, d'une décadence morale qu'il s'agit, et là il faut chercher ORGUEIL et EGOISME, les deux péchés qui font perdre toutes les valeurs.

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