La bouillonnante sexagénaire Angélique Litzenburger, la « Party Girl », et son fils Samuel Theis, acteur et réalisateur. Loïc Venance/AFP
À Cannes, il n'y a pas que des stars mondiales. Angélique, Ibrahim, Layla ou Karidja, tous des acteurs non professionnels, ont crevé littéralement les écrans cannois, un choix fait par les cinéastes pour plus de cohérence et de justesse avec le sujet.
Pour incarner l'héroïne de Party Girl, qui a ouvert la section « Un certain regard » du festival, les trois jeunes réalisateurs Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis n'ont pas imaginé un seul instant choisir une actrice professionnelle, fût-t-elle éventuellement Catherine Deneuve. « Il était hors de question que quiconque interprète le personnage d'Angélique car on se serait trahis », résume Marie Amachoukeli. « Les autres ne peuvent pas jouer ce rôle, ils ne savent pas mon histoire », renchérit la bouillonnante sexagénaire Angélique Litzenburger, mère de Samuel Theis, un des réalisateurs, qui signe un premier film détonnant.
Et quelle histoire ! Angélique a passé 35 ans de sa vie comme entraîneuse dans les bars de nuit de villes sans âme entre la France et la Belgique. Un projet de mariage avec un habitué la fait se rapprocher de ses enfants, qui jouent également leur propre rôle à l'écran. Au-delà de cette histoire singulière, il était tout aussi important que « la classe sociale racontée dans le film soit représentée par les gens qui la font et non pas par des acteurs », raconte Samuel Theis.
Recourir à des amateurs n'est pas nouveau dans le cinéma, mais il prend parfois des chemins encore plus émouvants. Le Mauritanien Abderrahmane Sissako a, lui, pris certains de ses acteurs dans le camp de réfugiés Mbera pour Maliens en Mauritanie. Parmi eux, la petite Toya et le petit berger Issan, deux des héros de Timbuktu, qui a ouvert la compétition cannoise. « Le pêcheur du film est un vrai pêcheur parce que je n'arrivais pas à trouver un acteur adéquat », dit le cinéaste.
Le casting de Bande de filles de Céline Sciamma, présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, s'est fait, lui, dans la rue, ou des centres commerciaux à Paris et en banlieue. « Ce n'était pas délibéré, mais je voulais qu'elles soient jeunes, qu'elles aient l'âge du rôle. Cette exigence de jeunesse a fait qu'on avait plus de chance de tomber sur des débutantes », raconte la cinéaste. L'héroïne Marieme (Karidja Touré) a 16 ans et vit sous la coupe d'un grand frère qui la terrorise, de codes lui interdisant d'aimer un jeune garçon et d'une école qui ne l'écoute pas. Sa rencontre avec une bande de filles va changer sa vie.
Au-delà de l'énergie que dégagent ces filles, la cinéaste parle de « la construction de l'identité féminine avec la pression, les assignations que vivent ces jeunes filles ». Outre un « parti pris esthétique », Céline Sciamma a saisi, dit-elle, une « opportunité de représenter des filles noires au cinéma en France » alors qu'elles en sont absentes. « Donc, c'est un geste politique », dit-elle. Mission réussie : Karidja Touré est lumineuse en ado mal dans sa peau.
Inceste et viol au programme
De son côté, la réalisatrice israélienne Keren Yedaya a frappé un grand coup au festival avec son film sur l'inceste, Loin de mon père, sélectionné dans la catégorie « Un certain regard ». Tami et Moshe n'ont pas une relation de couple très saine : il est brutal, il la trompe. Elle est boulimique et se taillade les bras en l'attendant à la maison. En plus, ils sont père et fille. La caméra ne quitte guère le petit appartement de Tel-Aviv où vit le couple. Jolie rondelette d'une vingtaine d'années, Tami (Maayan Turgeman) ne travaille pas et y attend Moshe (Grad Tzahi), la cinquantaine encore verte, qui compte sur elle pour le servir, à la cuisine et au lit. On ne sait pas depuis quand dure cette relation, ni où est passée la mère, mais le couple est bien installé.
Aujourd'hui, la quête d'honorabilité de Dominique Strauss-Kahn va subir un nouveau revers à Cannes avec la projection du très attendu Welcome to New York, un film d'Abel Ferrara librement inspiré du scandale du Sofitel en 2011, avec Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset. Le film ne fait partie d'aucune sélection du festival, mais il n'est pas question pour les producteurs de laisser passer l'exposition médiatique que représente le rassemblement de plus de 4 000 journalistes au même endroit. C'est donc dans deux salles de cinéma cannoises, ce soir à 21h00 heure locale, que Welcome to New York fera sa première mondiale. Et tous les médias intriguent pour obtenir un sésame aux projections.
« La chambre bleue »
Julien et sa maîtresse Esther s'enlacent, nus après l'amour, à l'abri des regards dans un hôtel d'une petite ville de province française. « Si je devenais libre, tu te rendrais libre aussi ? » demande l'amante. L'homme marié ne semble pas se douter de la portée de cette question, prémonitoire d'un drame passionnel... Arrêté par la police, interrogé par un juge d'instruction, Julien (Mathieu Amalric) cherche ses mots et son oxygène. Il tente de fouiller dans ses souvenirs, ceux d'avant la tragédie qui a débuté avec la mort du mari d'Esther, incarnée par Stéphanie Cléau, la compagne d'Amalric à la ville.
Avec La chambre bleue, adapté d'un roman de Georges Simenon (1964), l'acteur-réalisateur français Amalric signe son cinquième long-métrage, sélectionné dans la section « Un certain regard ». Tout au long du film, les indices sont révélés au compte-gouttes au spectateur, qui ignore tout du drame jusqu'au dernier moment. L'intrigue progresse au fil des flash-backs, où apparaissent les scènes d'amour entre Julien et Esther, leur jeu de séduction-répulsion. Les personnages principaux, froids, au regard souvent figé, comme absent, évoluent au gré de prises de vue léchées, stylisées. Des insectes s'invitent régulièrement dans des moments a priori parfaits (promenade en famille, corps lascifs après l'amour...), comme pour symboliser le fruit pourri, la mort qui rôde. L'ambiance est hypnotique, lourde, tendue, jusqu'au dénouement qui tombe comme un couperet.
(Source : AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine